• AUCHAN ON THE BEACH

    Le temps des vacances est toujours un moment propice pour se plonger dans les pages d’un livre, et, de préférence pour moi, de romans ou récits plus légers. Cette année,  ce sont, entre autre, quelques heures avec Annie Ernaux que j’ai pu passer au travers de « Regarde les lumières mon amour », sorti en mars 2014 aux éditions du Seuil, dans la collection « Raconter la vie ». 

    Regarde les lumières mon amour

    Il ne s’agit pas d’un roman en fait, mais d’une sorte de surprenant journal de bord racontant une année de passages réguliers dans un lieu bien précis : le supermarché AUCHAN du centre commercial des 3 Fontaines à Cergy-Pontoise dans le Val d’Oise.

    Auchan Centre commercial des trois fontaines

    Curieuse sensation d’accompagner une inconnue dans un lieu comme celui-là, qui plus est quand vous le connaissez, vous aussi, parfaitement bien et l’avez pratiqué pendant tant d’années, et même, comme l’auteure, avez connu cet endroit avant même qu’il ne voit le jour. Les pages deviennent alors images, odeurs, bruits familiers. Surtout quand tout cela est dépeint avec tant de qualités. Si la grande surface est pour le commun des mortels un lieu de passage pour accomplir la corvée des courses, remplir le caddie et, par la même occasion, les frigidaires et autres placards de la maison, elle devient pour Annie Ernaux un « grand rendez-vous humain », la scène d’un véritable spectacle. Avec son regard différent, c’est le nôtre qui s’ouvre aussi pour observer des scènes du quotidien, des gestes que l’on connaît, des situations déjà vues et y contempler autre chose… réfléchir autrement. Auchan devient alors, sans le savoir, l’espace d’une étude sociologique qui se veut, on le comprend, sans véritables prétentions mais qui pourtant amorce une réflexion profonde, jamais trop pesante et pleine de délicatesse.

    Oui délicat est sans doute l’adjectif qui convient bien. Mais cela ne veut pour autant pas dire que Annie Ernaux manie une sorte de langue de bois bien-pensante ou s’amuse seulement à jeter quelques couleurs vives ça et là… Non, le ton est extrêmement juste et parfois même acide ou en tout cas net et précis. C’est ainsi que régulièrement des chiffres, des éléments d’actualité ou d’économie viennent s’apposer à son regard tendre sur les personnages, héros inconnus de ces rayons et de ces caisses.

    Et justement, si l’espace scénique, la grande surface, se retrouve étudiée par Annie Ernaux, analysée dans son fonctionnement, ses stratégies, et par là-même toute une frange de la société et des fonctionnements économiques contemporains, ce n’est pas tant Auchan qui est le cœur de ce journal mais surtout l’humain, le client, le visiteur, le passeur… Il est blanc, jaune, noir (et Annie assume les couleurs !)… Il ou elle (plus souvent elle finalement dans ces grandes surfaces) est parfois arabe… Solitaire ou en famille… Désargenté ou bourgeois… C’est l’hétéroclisme de la société banlieusarde qui se retrouve ensemble dans un espace commun, se dévoilant les uns aux autres, livrant ses secrets et sa vie intime sur un tapis roulant de caisse… S’ignorant ou parfois essayant de lier contact… C’est la vie qui est là et jaillit à chaque instant, à chaque page de ce petit livre magnifique à déguster comme un mets délicieux que l’on aurait acheté, par exemple, au supermarché du centre commercial d’à-côté…

    lire à la plage

     

     

    Pour aller plus loin : raconterlavie.fr/collection/regarde-les-lumieres-mon-amour 


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