• Dans quelques heures, le palmarès du Festival de Cannes sera annoncé et clôturera cette belle quinzaine de cinéma. Alors, on le sait, ici les pronostiques sont souvent balayés et même les rumeurs font long feu… Mais soyons fou, je me lance… et vous propose mon pronostique ou plutôt palmarès personnel qui n’engage que moi et qui, de toute façon, n’influencera rien ni qui que ce soit. J

    FESTIVAL CANNES 2018

    Palme d’or : CAPHARNAÜM de Nadine LABAKI

    Grand prix : ZIMNA WOJNA (COLD WAR) de Pawel PAWLIKOWSKI

    Prix de la mise en scène : LETO (L’ÉTÉ) de Kirill SEREBRENNIKOV

    Prix d'interprétation masculine : Marcello FONTE dans DOGMAN

    Prix d'interprétation féminine : Samal YESLYAMOVA dans AYKA

    Prix du jury : BLACKKKLANSMAN de Spike LEE

    Prix du scénario : MANBIKI KAZOKU (UNE AFFAIRE DE FAMILLE) de Hirokazu KORE-EDA

    Caméra d’or (1er film) : A.B SHAWKY pour YOMEDDINE

     

    Voilà, c’est fini… enfin pour MON Palmarès, mais pour celui qui restera… c’est une autre histoire !


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  • Dernier jour de projection pour le Jury œcuménique en ce vendredi, avec encore trois films en compétition. Rien n’est donc encore joué pour le palmarès… C’est d’ailleurs demain, samedi matin, que le Jury se retrouvera une dernière fois pour échanger à nouveau autour des vingt et un films de la sélection officielle et finalement faire son choix. Rendez-vous ensuite à 16h00 précise pour la cérémonie de remise du prix du Jury œcuménique, conjointement avec celui du Jury de la presse internationale (FIPRESCI), dans le salon des ambassadeurs au cœur du Palais des Festivals.

    LE JURY ŒCUMÉNIQUE... UN REGARD DIFFÉRENT

     
    Avant cette dernière délibération et l’annonce du prix, nous aimerions ici rappeler certaines spécificités dans les critères de choix du prix.
     
    Le Jury œcuménique propose, en effet, un regard particulier sur les films. Il distingue des œuvres de qualité artistique qui sont des témoignages sur ce que le cinéma peut révéler de la profondeur de l’homme et de la complexité du monde. Il attire aussi l’attention sur des œuvres aux qualités humaines qui touchent à la dimension spirituelle de notre existence, telles que justice, dignité de tout être humain, respect de l’environnement, paix, solidarité, réconciliation... Dans ses choix, le Jury œcuménique montre une grande ouverture aux diversités culturelles, sociales ou religieuses.
     
    Très précisément, les critères du Jury œcuménique peuvent être énoncés ainsi :
     
    1.Grande qualité artistique 
    Le Jury tient compte du talent artistique, de la maîtrise technique du réalisateur et de son équipe. Les questions abordées et la narration doivent être exprimées à travers une création adaptée, convaincante et originale.
    2.Message de l’Évangile
    Le Jury encourage les films qui expriment des qualités humaines positives, sensibilisent aux dimensions spirituelles de la vie, illustrent les valeurs de l’Evangile ou interpellent nos choix et nos sociétés.
    3.Responsabilité chrétienne
    Le jury accorde une attention particulière aux sujets qui relèvent de la responsabilité chrétienne, il récompense les films aux valeurs telles que
    - respect de la dignité́ humaine et des droits de l’homme
    - solidarité́ avec les minorités, les opprimés
    - soutien aux processus de libération, justice, paix, réconciliation
    - sauvegarde de la création et de l’environnement
    4.Dimension universelle
    Le Jury prime des films qui ont un impact universel, sont le reflet d’une culture particulière et permettent au public de connaître et respecter les images et la langue de cette culture.
    5.Défis et espérances
    Le jury choisit des films qui pourront être utilisés dans des ciné-clubs et groupes de discussion en vue de mieux comprendre et partager les défis et les espérances du monde contemporain.

    LE JURY ŒCUMÉNIQUE... UN REGARD DIFFÉRENT

     
    Depuis 1974, le Jury œcuménique a attribué 46 prix et 56 mentions spéciales. Rappelons ici les cinq derniers prix :

    2017 Hikari (Vers la Lumière/Radiance) de Naomi Kawase
    2016 Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan
    2015 Mia Madre de Nanni Moretti
    2014 Timbuktu d’Abderrahmane Sissako
    2013 Le Passé (The Past) d’Asghar Farhadi


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  • Il peut arriver parfois à Cannes, où le soir, en éteignant la lumière, on se dise : « bof, c’était moyen aujourd’hui ». Rien n’est absolument parfait. Le cinéma est en plus subjectif… tout ça s’entant très bien. Mais d’autre fois aussi, comme ce soir, on a le sentiment d’être K.O. debout par un enchainement de films qui vous bouleversent, vous marque au plus profond des tripes. DOGMAN, WHITNEY et CAPHARNAÜM m’ont fait cet effet. Et sans tarder, j’aimerai vous en dire quelques mots, quitte à revenir plus en détail sur l’un ou l’autre, un autre jour.

    La journée s’est ouverte au Grand Théâtre Lumière pour la presse avec la projection de DOGMAN de l’italien Matteo Garrone, à qui l’on doit déjà pas mal de choses très intéressantes. Je pense, par exemple, à Gomorra, Reality ou Tale of Tales.

    dogman

    Dogman, c’est l’histoire de Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, dans une banlieue déshéritée. Il voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer sa vengeance... 

    Matteo Garrone nous propose ici un drame radicalement sombre et désespérant. C’est une pure tragédie mais qui s’illumine au travers du personnage principal interprété par Marcello Fonte, un rôle qui pourrait tout à fait lui valoir le prix d’interprétation masculine. Un homme bon et bienveillant, qui s’arrange gentiment avec certaines lois mais qui demeure tendre et affectif. Face à lui une brute épaisse, cocaïnomane de surcroit, va lui livrer une véritable guerre psychologique et ultraviolente jusqu’à un dénouement terrible tant concrètement que psychologiquement.

    Un grand bravo à Matteo Garrone pour une superbe photographie et surtout une construction du scénario remarquable.

    Dès la fin de Dogman, direction la petite salle Bazin dans le Palais pour découvrir WHITNEY, le documentaire hors compétition de deux heures sur la vie de Whitney Houston réalisé par le britannique Kevin Macdonald. Un cinéaste habitué du genre qui a d’ailleurs reçu l’Oscar du meilleur documentaire en 2000 pour "Un jour en septembre", sur la prise d'otages aux JO de Munich en 1972.

    whitney

    Le documentaire WHITNEY est un portrait intime de la chanteuse et de sa famille, qui va au-delà des unes de journaux à scandales et qui porte un regard nouveau sur son destin. Utilisant des archives inédites, des démos exclusives, des performances rares et des interviews originales avec ceux qui la connaissaient le mieux, le réalisateur Kevin Macdonald se penche le mystère qui se cachait derrière ‘La Voix’ qui a enchanté des millions de personnes alors qu’elle-même ne parvenait pas à faire la paix avec son passé.

    "Le diable a essayé de m'attraper plusieurs fois. Mais il n'a pas réussi" raconte Whitney Houston sans savoir à l'époque qu'elle finirait par sombrer. Une vie d’ailleurs ou Dieu et diable semblent se confronter constamment.

    Coup de chapeau à Kevin Macdonald pour la confiance qu’il a su mettre en place avec l’entourage de l’artiste afin d’arriver à de véritables confessions qui permettent notamment d'expliquer les problèmes d'addiction dont souffrait Whitney. On apprend ainsi, et ce pour la première fois, qu’elle avait été agressée sexuellement dans son enfance par sa cousine, la chanteuse soul Dee Dee Warwick.

    Un superbe documentaire qui joue entre la carte biopic et le sujet d’investigation. Un montage de grande qualité qui nous permet de retrouver toute la beauté physique et vocale de cette immense star mais capable aussi de nous tirer quelques larmes tant l’histoire tourne vite au drame.

    Enfin, ce soir, au théâtre Debussy, ce fut l’énorme claque émotionnelle avec CAPHARNAÜM, le nouveau long métrage de Nadine Labaki qui pourrait tout à fait devenir la deuxième réalisatrice a recevoir la palme d’or après Jane Campion et sa Leçon de piano. Bouleversant ! Le mot résume mon impression à la sortie de la projection. 

    capharnaum

    Capharnaüm raconte le périple de Zain, 12 ans, qui décide d’intenter un procès à ses parents pour l’avoir mis au monde alors qu’ils n’étaient pas capables de l’élever convenablement, ne serait-ce qu’en lui donnant de l’amour. Le combat de cet enfant maltraité, dont les parents n’ont pas été à la hauteur de leur rôle, résonne en quelque sorte comme le cri de tous les négligés par notre système, une plainte universelle à travers des yeux candides...

    Un film construit autour premièrement de la question de l’enfance maltraitée, allant jusqu’à poser la question on ne peut plus pertinente : « pourquoi donner la vie quand on n’est pas en mesure de l’assumer ? ». Mais Capharnaüm évoque aussi les migrants par le biais du personnage de Mayssoun et les sans papiers au sens profond de l’expression. Car Zain n’a véritablement aucun papier depuis sa naissance… il n’existe pas au sens légal du terme induisant par la même un certain nombre de conséquences psychologiques et relationnelles.

    Un film réalisé admirablement par Nadine Labaki. Il faut noter que tous les acteurs sont des gens dont la vie réelle ressemble à celle du  film. Il en ressort un sentiment d’authenticité assez rare et la performance du jeune Zain Al Rafeea dans le rôle de Zain est purement exceptionnelle. Capharnaüm est un film dont on ne ressort pas indemne mais qui, malgré la teneur on ne peut plus triste et douloureuse, fait aussi le choix du pari de l’espérance finale.


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  • Avec En guerre, c’est le grand retour du duo Brizé-Lindon en compétition à Cannes après la reconnaissance de 2015 de La loi du marché. C’est aussi la quatrième fois que le réalisateur travaille avec le comédien. Une complicité extrêmement forte qui transparaît à l’écran. 

     

    EN GUERRE AFFICHE

    Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porteparole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

     

    Avec ce nouveau film, Stéphane Brizé pousse les limites de La loi du marché un peu plus loin. Techniques plus ou moins similaires avec un engagement dans la proximité de ses personnages, une immersion totale qui confère à son œuvre une dimension documentaire clairement voulue mais une accentuation du propos, tant dans la question politico-sociale que dans sa proposition cinématographique. Une tension constante, sans véritable pause, si ce n’est les cassures brutes qui enfonce le clou un peu plus. Il faut dire que le montage de Brizé nous saisit, nous serre à la gorge avec un découpage sans concession, à l’image précisément du récit qui se déroule devant nos yeux. Et tout cela porté régulièrement par une musique forte et rock qui colle à merveille au scénario.

     

    EN GUERRE LINDON

    Et puis il y a Vincent Lindon… Monsieur Lindon qui irradie l’écran et l’histoire d'un charisme inouï. Coup de chapeau à Stéphane Brizé d’avoir d’ailleurs fait ce choix audacieux de fixer, d’une certaine manière, sa caméra sur Vincent qui rapidement disparaît derrière les traits de Laurent Amédéo, ce délégué syndical à la fois tendre et plein de rage. L’acteur est là constamment… il porte le film, incarne le combat et trouve parfaitement sa place au milieu de tous ses acteurs amateurs tellement authentiques. Son visage est un livre ouvert. Sa prestation est puissamment habitée et tellement cohérente. 

     

    Enfin, n'oublions pas le fond de l'histoire. Avec un questionnement fort quand à la question de l'unité dans le combat. Terrible "morale" finalement mais tellement ancrée dans la réalité... un pot de terre qui se fissure et se brise face à un pot de fer qui s'use, subit la pression mais tient bon... et le sacrifice qui alors ouvre une certaine voie. Mais faut-il en arriver là ? 

     

    Présenté à Cannes en compétition et donc dans l’attente du palmarès, le film est depuis aujourd’hui dans les salles de cinéma en France. Ne le manquez-pas !


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  • Jeune professionnel des médias et festivalier cannois régulier aux côtés du Jury Œcuménique, il est diplômé de l’Essec en 2013 où il fut président du ciné-club. Dans ce cadre, il organise des cycles de projections thématiques en partenariat avec d’autres associations cergypontaines, et distribue en festivals le catalogue de courts-métrages produits par le ciné-club. En 2016, il est juré SIGNIS au festival Lumières d’Afrique de Besançon, puis au FilmFestival Cottbus en 2017.

    PORTRAIT PIERRE-AUGUSTE HENRY

     

    Comment abordez-vous ce Jury œcuménique à Cannes ? Quelles sont vos envies, espérances ?

    Tellement heureux de rencontrer les autres membres du Jury. C’est une chance formidable de vivre un Festival de cette façon. La sélection est nettement renouvelée, et je m’attends donc à beaucoup de découvertes et de surprises. J’espère que nous aurons un large corpus de films à considérer, afin que nos discussions soient les plus enrichissantes possibles.

    Comment le cinéma est entré dans votre vie ?

    Je suis né à Cannes et ai passé mes 20 premières années ici avant d’aller étudier puis travailler à Paris. Mes parents étaient déjà engagés autour du Jury Œcuménique et j’avais la chance de voir quelques films chaque année, principalement au Certain Regard. La cinéphilie m’est venue comme ça. D’ailleurs, un des premiers films « cannois » dont j’ai encore un vif souvenir est un docu-fiction kazakh, Tulpan, et dont le réalisateur est réinvité 10 ans plus tard - cette fois en Compétition.

    Quels sont les 3 films majeurs pour vous personnellement ?

    2001 : L’Odyssée de l’espace reste, pour moi, le plus grand film de cinéma. Celui qui réunit toutes les potentialités du support au service d’une énigme fondamentale, pour un voyage total qui est propre à chaque spectateur. La projection de la pellicule originelle de 1968, restaurée en 70mm, est l’événement majeur du festival cette année.

    J’ajouterai deux autres films qui n’ont que le grand écran pour corps. D’abord, Tropical Malady, un chef d’œuvre aussi singulier que toute la filmographie d’Apichatpong Weerasethakul, et qui donne au cinéma une fonction hypnothérapeutique. Puis, Les Moissons du Ciel, qui est une leçon de dramaturgie et de photographie, précurseur de tout le southern gothic américain contemporain, et qui a infusé bien au-delà du genre et des frontières.

    PIERRE-AUGUSTE HENRY

    De même, avez-vous un(e) réalisateur(rice) « coup de cœur »

    Beaucoup et de cinémas très différents ! Kelly Reichardt, Harmony Korine, Whit Stillman, James Gray, Miguel Gomes… mais Paul Thomas Anderson avant tout !

    Qu’est-ce que, pour vous, un bon film ?

    Il y a une multitude de façons, pour un film, d’établir une relation avec son public, et c’est tout autant de définitions d’un « bon film ». L’exigence d’écriture et la rigueur de réalisation me semblent être des éléments essentiels, que l’on choisisse de s’adresser au ventre, au cœur ou à la tête.

    De quelle façon abordez-vous la question « spirituelle » ou « chrétienne » dans votre rapport au cinéma ?

    Je pense que la recherche de transcendance est intrinsèque au 7ème art, cela fait même partie de ce qui définit le Cinéma. C’est bien sûr visible dans les charpentes narratives en fonction de l’histoire contée, mais surtout dans la façon dont la caméra va filmer sur telle ou telle scène (la super-symétrie Kubrickienne, la caméra-stylo Malickienne). La question spirituelle vient donc assez naturellement, il me semble, lorsque l’on est face aux images. Pour ma part, j’y suis culturellement rattaché par la chrétienté, mais la question est universelle. 


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