• Des pépites qui passent parfois trop ou totalement inaperçues… il en existe plein au cinéma. Que Paterson, le dernier Jim Jarmusch n’en soit pas un de plus, par pitié ! Car, dans cette fin d’année, si vous voulez vous faire juste du bien tout simplement, c’est bien ce film qu’il faut aller voir ! 

    PATERSON

    Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allen Ginsberg, aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…

    En parlant avec un ami cinéphile il y a juste quelques jours, nous nous disions qu’il est assez amusant d’entendre dire d’un film qu’il est poétique. En général, ce qualificatif sous entend que la personne s’est un peu ennuyée, peut être même endormie, ou alors n’a rien compris à l’histoire. Alors n’allez surtout pas croire cela de Paterson… car il s’agit bien d’un film poétique… d’une poésie intense, envoutante et omniprésente jusqu’à imprégner l’écran au sens propre comme au sens figuré. Tout parle de poésie… Elle se dit, elle s’écrit, elle se voit, elle se vit… et Jarmusch nous emporte donc poétiquement à la rencontre de Paterson et son univers fait de presque rien et de peu de monde. Il y a tout de même quelques personnages qui gravitent autours et sa compagne, la tendre et très fofolle Laura et enfin surtout l’autre star du film… Marvin le bouledogue anglais facétieux et têtu.

    PATERSON Adam Driver

    PATERSON et LAURA dans la cuisine  PATERSON Marvin

    Jim Jarmusch nous offre une fois encore le fruit d’un talent immense qui va jusqu’à la composition de la musique qui colle à merveille à l’image. Et il y a aussi celui qui incarne Paterson. Le troublant et ténébreux Adam Driver qui est un peu la main qui pénètre délicatement un gant fait pour lui… pour la première fois… comme une seconde peau qui vient s’ajuster au contours de ses doigts (note : Je viens juste aussi de voir « American Pastoral »… on en reparle la semaine prochaine… et quand vous l’aurez vu, vous comprendrez mieux cette question de mains, de gants…).

    Donc pas d’hésitation, Paterson est beau, est bon. Une dégustation obligée en cette période de fêtes ! Juste un grand dommage… qu’il soit reparti du Festival de Cannes dernier (comme beaucoup d’autres méritant) sans la moindre récompense. Mais c’est souvent le cas de la poésie finalement… et bien tant pis… moi j’aime j’aime j’aime !


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  • Sans aucun doute, « Premier Contact » de Denis Villeneuve restera l’un des grands films de cette année. Le réalisateur canadien ouvre là une nouvelle page à la SF en mêlant avec un immense talent à une histoire d’OVNI et d‘Aliens une approche philosophique, presque spirituelle et, en tout cas, profondément humaine. 

    PREMIER CONTACT

    Lorsque 12 mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions. Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

    humains

    Pendant le défilement du générique final, ma première impression est le sentiment d’avoir pris une vraie claque qui ne fait, je vous rassure, pas souffrir mais au contraire réveille et même laisse un sentiment de bien-être profond. Ce genre d’émotion que l’on peut ressentir face à une « beauté » pure et touchante. Oui il y a du beau dans ce que nous livre là le canadien Denis Villeneuve avec cette histoire qui pourtant, sur le papier, ressemble plus à un blockbuster hollywoodien blindé de ficelles bien habituelles qu’à une œuvre artistique esthétique et réfléchie. Des mots qui peuvent sembler forts mais qui correspondent étonnamment au résultat final. Car si Villeneuve traite un sujet de SF assez banal, avec cette histoire d’invasion extraterrestre où le mystère plane sur les intentions profondes des visiteurs, il sait nous emmener bien plus loin, avec subtilité, et nous conduire à réfléchir sur le sens de la vie, du langage, de la communication et surtout du temps.

    Il serait évidemment désobligeant d’en dire trop sur le déroulement du scénario et risquer de dévoiler ce qui doit se découvrir précisément en son temps. Donc je ne m’aventurerai que très peu dans une analyse plus approfondie. Juste, peut-être, souligner là qu’une intéressante réflexion spirituelle pourrait prolonger la séance pour se pencher sur la notion d’omniscience du divin, en reprenant plusieurs éléments et dialogues de « Premier Contact ». Mais enfin, plus généralement, j'aimerai exprimer mon admiration pour la façon dont le langage prend ici corps et sens. Un esthétisme des courbes et de l’image apparaît brillamment chez ces troublants heptapodes, pourtant eux même loin des critères de beauté traditionnels, lanceurs d’une sorte d'encre qui devient calligraphie vivante, telle une danse des mots, des formes. La langue qui, comme l’évoque le physicien Ian Donnelly à la linguiste Louise Banks, quand on s’en pénètre pleinement, a cette capacité troublante soi-disant de changer notre façon de voir le monde, jusqu’à rêver au travers d'elle… rêve ou réalité ?… comme ces signes tout en rondeur qui se dessinent mais aussi s’évaporent…

    VILLENEUVE, ÇA CLAQUE !

    La photo est léchée avec une évidente influence Malickienne dans une sorte de poésie visuelle métaphorique qui, si elle agacera ou troublera la compréhension d’un certain nombre de spectateurs (comme celui qui, sur le rang derrière moi, avait le bizarre sentiment d'avoir été arnaqué et de ne pas avoir compris grand chose ?!), a pour ma part augmenté mon plaisir déjà pleinement acquis. Mais la musique, de son côté, n’est pas en reste non plus et devient même un écrin, voir une seconde peau à l’œuvre de Villeneuve, composée par son fidèle acolyte, l’islandais Johann Johannsson. La BO presque intégralement électronique (à quelques notes de piano près) apporte un climat dès les premières images et jusqu’aux tout derniers mots du générique. Elle se fond même jusque dans les grognements des aliens devenant ainsi une sorte d’autre langage à découvrir, à interpréter. Interpréter est d’ailleurs un défi constant, avec ses risques d’erreurs, de confusions… de « kangourous… qui ne savent pas ».   

    Allez, arrêtons-nous là. Car mieux encore que toute autre chose, aller voir « Premier contact » est ce que je ne peux que vous encourager à faire très vite… oui très vite vraiment, car le temps passe… ou est passé… qu’en savons-nous ?

     

     


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  • Être artiste… une affirmation qui se transforme en questionnement philosophique qui pourrait, je vous l’accorde, devenir assez vite rébarbatif, en particulier pour tous ceux qui ne se sentent pas concernés ! Pourtant, la sortie du film « POLINA, danser sa vie » m’encourage a oser gribouiller quelques lignes sur le sujet (mais très humblement et simplement je vous rassure), tant l’approche est intéressante, propice et belle.

     

    « POLINA, danser sa vie » nous plonge dans la Russie des années 90. Ce film raconte l’histoire de Polina, une jeune danseuse classique prometteuse, portée par la rigueur et l'exigence du professeur Bojinski. Alors qu'elle s'apprête à intégrer le prestigieux ballet du Bolchoï, elle assiste à un spectacle de danse contemporaine qui la bouleverse profondément. C'est un choc artistique qui fait vaciller tout ce en quoi elle croyait. Elle décide de tout quitter et rejoint Aix-en-Provence pour travailler avec la talentueuse chorégraphe Liria Elsaj et tenter de trouver sa propre voie.

    Affiche Polina

    C’est tout d’abord une émouvante histoire racontée dans ce long-métrage d’Angelin Preljocaj et de Valérie Müller, à partir du roman graphique de Bastien Vivès, succès de librairie de l’année 2011. C’est aussi une excellente interprétation proposée par les différents acteurs et actrices faite de justesse, de nuances, d’esthétisme et de force expressive des regards et des corps - mention toute particulière à l’actrice principale, la danseuse Anastasia Shevtsova dotée d’un magnétisme étonnant et d’une véritable grâce, mais aussi la magnifique Juliette Binoche qui assure vraiment sous les traits d’une chorégraphe contemporaine incisive ou encore Aleksei Guskov dans le rôle sévère et pourtant aimant du professeur Bojinski. C’est encore une bande originale composée par le collectif 79D qui participe à l’effet captivant de Polina et qui accompagne chaque instant, chaque moment de danse, et plus globalement toute la quête intérieure de la jeune artiste en devenir. C’est enfin une réalisation extrêmement soignée mêlant élans poétiques et, en même temps, un certain classicisme qui permet de suivre le cheminement de Polina naturellement, mais aussi de se laisser toucher par les magnifiques moments de danse qui sont finalement plus ou moins permanents. Un film qui danse encore et toujours pendant les cours bien évidemment ou pendant les spectacles mais aussi le soir dans bars d’Anvers, comme à la maison au son de vieux chants russes traditionnels. La nature ouvre également à la danse dans la forêt enneigée comme la nuit, après une journée d’entraînement, entre les barres d’immeubles. La réalisatrice Valérie Müller explique à ce propos : « Il y a cette idée que tout nourrit le parcours du personnage, y compris l’architecture dans laquelle elle grandit, y compris la nature. C’est pour cela, pour pouvoir inscrire les mouvements de la danse dans les décors, que nous avons choisi de travailler en scope. Pour les scènes de répétition, on filmait différemment : plus serré, à l’épaule. Pour le duo final encore autrement, avec une grue. »

    polina danse en famille   Polina barre

    En suivant le parcours de Polina fait de doutes, de désirs, d’échecs et de victoires, de rencontres diverses qui deviendront des poteaux indicateurs subtils mais indispensables, fait encore d’une histoire qui précède, de racines, d’une culture et d’inconscient… c’est toute une réflexion qui devient propice sur le sens de l’art et la nature de l’artiste. Si l’apprentissage est une base, un exercice quasi perpétuel, l’artiste doit puiser aussi au-delà. Le sens de son œuvre doit être pétri de son expérience, de son regard et plus simplement de sa vie. Car il n’y a pas d’art sans incarnation, sans comprendre que je ne crée véritablement, non dans une restitution désincarnée mais seulement dans une appropriation de mon histoire, dans une authenticité manifeste qui peut commencer à s’exprimer lorsque mes yeux s’ouvrent pleinement sur le monde autours de moi, lorsque je deviens suffisamment éponge pour absorber les moindres signes de vie qui m’entourent et qui me font finalement être moi même. Polina l’expérimente poussée par sa passion et ses désirs, mais aussi au gré des difficultés et des embuches sur son chemin. Étapes sans doutes aussi nécessaires pour forger l’artiste qui se cache au plus profond de soi, laisser le blues briser la carapace, le mouvement se libérer et ne plus être juste un pas mais le pas qui s’ancre dans la terre, qui, même dans la tendresse et la douceur, prend une forme quasi agressive car volontaire et assumée.

    Car finalement, si Polina croyait qu’elle devait abandonner le classique, lui semblant faire d’elle une simple exécutante, si il lui semblait nécessaire de s’émanciper de ses parents, de son professeur et même du Bolchoï qui l’avait accepté, elle apprendra que le véritable problème n’est pas là, mais dans l’émancipation d’elle même pour se libérer pleinement, lâcher prise et accepter un parcours intérieur qui la conduira à être et danser sa vie.

    Polina chorégraphie

    Un apprentissage que chaque véritable artiste doit être amené à considérer et à vivre. Quelque soit sa forme d’expression… danse, musique, peinture, théâtre, écriture… un chemin initiatique nécessaire pour s’assouplir (à l’image du travail demandé sur le tout jeune corps de Polina) et finalement devenir plus ferme dans l’énergie et la vérité donnée aux gestes, aux notes, aux traits, aux attitudes ou aux mots.

    Un film à voir si on aime la vie… car l’art c’est finalement beaucoup ça !

     


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  • Si j’ai choisi de mettre au pluriel le titre de cet article, c’est que ce mercredi 23 novembre 2016 sont sortis en même temps deux films très différents sur ce sujet, hélas, toujours d’actualité. D’un côté, « La chute des hommes » de Cheyenne-Marie Carron fait de radicalisation djihadiste, et de l’autre « Le disciple » du cinéaste russe Kirill Serebrennikov qui évoque un fondamentalisme orthodoxe au pays de Poutine. 

    affiche chute des hommes

    Après « L'Apôtre » qui évoquait la conversion d'un jeune musulman au catholicisme et « Patries » traitant du racisme anti-Blancs en banlieue parisienne, Cheyenne-Marie Carron, continue d’aborder des sujets d’actualité sensibles loin des grands studios et des subventions possibles, pleinement indépendante et autoproduite. Le résultat, c’est cette histoire qui raconte l’enlèvement par un groupe djihadiste d’une jeune française partie pour un voyage d’étude dans un pays du Moyen-Orient qui n’est pas cité. D’ailleurs l’intérêt n’est pas là, ni dans la réalité des lieux où est tourné le film. Comme je vous le disais, Cheyenne-Marie réalise avec des moyens plus que minimes et elle privilégie ainsi une approche artistique tranchée faite d’évocations franches, d’un minimalisme laissant place au sens et aux émotions.

    La grande et belle idée de « La chute des hommes » se situe sans doute dans le choix de travailler en un seul film ce qui est devenu l’un des grands classiques de bons nombres de séries en vogue : raconter une même histoire du point de vue de plusieurs protagonistes, trois en l’occurrence ici. Tout d’abord Lucie, la jolie et naïve étudiante qui vit d’amour et de frais parfums, qui se retrouve plongée dans l’enfer de cet enlèvement et d’une folie meurtrière. Puis c’est avec Younes, chauffeur de Taxi sans le sou qui deviendra malheureusement le « livreur » de l’offrande blondinette aux ravisseurs islamistes, que se comprennent autrement les tragiques évènements. Pour finir, enfin (le film dure 2h20 quand même), avec Abou, l’un de ces djihadistes ravisseurs, lui aussi originaire de France, comme Lucie, et avec lui une dernière compréhension de ce récit troublant et effrayant d’obscurantisme, qui conduit à cette Chute.

    Lucie   Younes

    Abou

    Un sujet actuel, difficile mais auquel Cheyenne-Marie apporte une vraie démarche artistique, humaine et chrétienne. Loin des grosses productions qui peuvent certainement nous détendre, « La chute des hommes » est néanmoins un film à voir pour réfléchir et être interpellé. Une démarche pleinement assumée par la réalisatrice tout juste quadra qui confie dans une interview : « Je m’efforce de traiter des sujets qui nous concernent avec honnêteté, vérité, humanité. Je suis un metteur en scène catholique, je regarde le monde avec un regard de chrétienne. J’estime qu’il n’y a pas de sujets réservés ou, au contraire, interdits aux chrétiens. Le monde nous est ouvert. » Et justement, à propos de sa foi chrétienne, il est à noté ce verset de l’Évangile de Jean au chapitre 3, verset 8 qui accompagne l’affiche et l’introduction du film : « Le vent souffle où il veut ». Les raisons de ce choix, Cheyenne-Marie me les a confiées avec ces mots : « Le vent souffle où il veut signifie pour moi, au travers de cette "Chute des Hommes", que la grâce touche qui Elle veut, et il la désire. Mon jeune Djihadiste, verra son destin changé, il renoncera au combat armé, car il entend dans son cœur et son âme, la présence de la Sainte Vierge. Il récite d'ailleurs à la fin le « je vous salue Marie », après avoir été sauvé, et ayant gagné une seconde chance. Lucie, elle, n'aura pas cette chance. Elle sera tuée. »

    Le disciple

    Des versets bibliques, il y en a à la pelle et même jusqu’à une certaine overdose dans l’autre film du jour « Le disciple ». Overdose est peut-être d’ailleurs le mot qui convient pour exprimer le ressenti qu’impose le personnage principal Veniamin, un adolescent pris d’une crise mystique outrancière où seuls les versets bibliques (pris bien sûr littéralement et hors contexte) dictent ses choix et ses positionnements face aux autres, son école, la société et même sa mère… mais le conduisant aussi paradoxalement dans les bras de nombreux péchés comme la haine, l’orgueil ou plus encore, le meurtre.

    « Le disciple » a été présenté à Cannes 2016 dans la sélection Un Certain Regard et il a obtenu le Prix François Chalais, « récompensant un film qui traduit au mieux la réalité de notre monde ». Il est l’adaptation d’une pièce de théâtre intitulée « Martyr », du dramaturge allemand Marius von Mayenburg (pièce que j’avais eu le plaisir de voir et de critiquer http://artspiin.eklablog.com/martyr-a105934418). Le film finalement, tout en gardant la même base d’histoire, propose une approche très différente, moins artistique et contemporaine mais sans doute plus réaliste et agressive. L’obscurantisme religieux de l’adolescent est omniprésent et même à force agaçant (le mot est faible). Il prêche une morale extrême, absurde et violente. Et à cet excès voulu vient s’ajouter une certaine hypocrisie et complaisance de la communauté adulte… mère, système éducatif, prêtre. Seule contre tous, finalement, Elena, une professeure de biologie et psychologue va avoir le courage de s’opposer à lui, cherchant à lui faire comprendre sa folie, mais elle sera empêchée d’exercer pleinement son métier. 

    Le disciple piscine

    Il faut reconnaître que « Le disciple » est un film fort bien réussi et très adroit avec de magnifiques plans-séquence notamment et une belle restitution de l’ambiance sociétale d’une certaine Russie. Car si la religion est clairement visée, c’est aussi toute une toute une critique socio-politique qui l’accompagne. Tragédie d’un peuple russe agonisant entre les changements de régimes politiques et de croyances, conduisant à des pertes de repères et de cadres pouvant produire ce genre de mécanismes fanatiques divers. Kirill Serebrennikov nous démontre là qu’un illuminé se réclamant d’une idéologie totalitaire, quelle qu’elle soit, peut devenir un véritable détonateur agissant sur la société. Une parabole tristement universelle mais un appel aussi sans doute à réfléchir à nos convictions et notre foi pour ne pas tomber dans ce genre de comportements qui parfois pourtant peuvent se cacher subtilement aussi chez nous.


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  • Cet automne 2016 marque le grand retour de Mel Gibson derrière la caméra, avec « Tu ne tueras point » (Hacksaw ridge). Attendu au tournant pour de multiples raisons, le réalisateur choisit de raconter l’histoire vraie de Desmond Doss, premier objecteur de conscience à avoir reçu la médaille d’honneur, soit la plus haute distinction militaire des Etats-Unis.

    affiche tu ne tueras point

    Précisons qu’il s’agit d’une histoire vraie, le biopic de DESMOND DOSS, le premier objecteur de conscience à recevoir la Médaille d’honneur, la plus haute distinction militaire des Etats- Unis. Il s’est vu remettre cette médaille des mains du Président Harry Truman en octobre 1945, avec un éloge soulignant « son extraordinaire bravoure et sa détermination à toute épreuve face au danger ».

    Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer. Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sureté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés.

    Disons-le tout de suite, pour moi ce film est bouleversant, d’une force incroyable tant par l’histoire racontée, les émotions présentes que par la force d’immersion que déploie Gibson pour nous donner d’entrer au cœur du combat bien réel et plus intérieur du héro de l’histoire. Précisément sur ce dernier point, Mel Gibson ne faillit pas à sa règle d’hyper réalisme (parfois sans doute trop poussé jusqu’à l’overdose). Mais là, cette façon de faire prend sens plus particulièrement. Au-delà de la mise en scène léchée et captivante, les scènes de guerre sont à couper le souffle. La réalité de l’horreur du combat, de la mort est là tout autour de nous, le spectateur se trouvant au cœur de la bataille. Pour ces séquences, le producteur Bill Mechanic assure que Mel Gibson a fait preuve d’une vision et d’une créativité́ remarquables. « Mel a vraiment l’œil pour ce genre d’action, il va droit à l’essentiel. » dit-il. Il déclare par ailleurs : « L’objectif était de montrer aux spectateurs que cet endroit était le pire de l’enfer, tel que l’ont vécu ces hommes. » Pour aboutir à ce résultat, Mel Gibson use de mouvements de caméra et de ralentis parfaitement maîtrisés.

    desmond doss   desmond doss

    Mais avant d’en arriver là dans le film il y a deux autres périodes qui précèdent, car la construction du récit est aussi un élément fort de « Tu ne tueras point ». Trois parties distinctes, comme trois actes d’une pièce de théâtre. On commence avec Desmond Doss dans sa sphère familiale et amicale pour le retrouver ensuite dans sa formation militaire pour aboutir finalement au combat. Durant ces deux premiers temps, on apprend à connaître Desmond. On le voit évoluer, grandir, aimer, puis choisir, subir et tenir ferme. On comprend petit à petit ce qui sous-tend ses convictions faites d’une foi sincère en Dieu mais faites aussi de blessures intimes, profondes. L’utilisation de flashbacks qui parsèment le déroulement de l’histoire sont aussi une belle façon d’entrer dans la psychologie de Desmond. Le  film s’ouvre d’ailleurs avec cet accident où Desmond a failli tuer son frère, comme une revisite de l’histoire de Caïn et Abel. Ce qui m’amène à évoquer également les nombreuses métaphores bibliques. Celle particulièrement du Sauveur qu’incarne Desmond dans sa capacité à se donner pour les autres, un par un… comme un rappel que le salut est offert individuellement… Desmond Doss fait une prière qui revient comme un refrain dans le long processus qu’il entame à porter secours, seul sur la colline, à ceux qui y sont blessés. Il dit : « Par pitié, Seigneur, aide-moi à en sauver un de plus. Un de plus. ». Une vraie figure Christique étonnante. On appréciera pour augmenter cet effet, les plans en contre-plongée qui se chargent de donner un relief vertigineux au calvaire du protagoniste. Desmond partira au feu, tel le bon berger, à la recherche de chacune des brebis perdues, dont il pansera les blessures une par une, pour les ramener à l’abri. Chacun de ses gestes prend quasiment alors une dimension prophétique. On trouve aussi une sorte de remake de la parabole du fils prodigue mais avec une inversion des rôles. Si c’est l’enfant qui part, le retour passe ici par le père qui le rejoint pour le soutenir, le défendre et permettre à son projet de se réaliser. Une scène très forte dans un tribunal militaire qui se conclut par ces mots de Desmond à Dorothy, sa fiancée : « Quand tu rentreras, dis-lui que je l’aime ».

    Desmond et Dorothy   Dorothy et Desmond

    En fait, les thématiques sont multiples et ce film peut aussi être vu comme un véritable outil de réflexion et de débat. À noter d’ailleurs, que la société de distribution SAJE propose un dossier pédagogique pour aider à la réalisation d’un ciné-débat, agrémenté par plusieurs annexes extrêmement riches, allant d’un témoignage d’objecteur de conscience à des apports éthiques et théologiques de grandes qualités. http://www.sajedistribution.com/film/tu-ne-tueras-point.html 

    « Tu ne tueras point » se termine enfin avec des images d’archives, Mel Gibson ayant eu la politesse et l’intelligence de rendre hommage au vrai Desmond Doss, à sa trajectoire qui, certainement, vous laissera abasourdi en fin de séance, et à plusieurs des protagonistes de l’histoire. Riche intention qui parachève ce petit bijou de cinéma qui restera sans aucun doute comme l’un des plus beaux films de cette fin d’année… beau et bon !

     


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