• « Juste la fin du monde », la dernière réalisation du petit génie cinéaste canadien Xavier Dolan, sort demain sur les écrans français, couronné du Grand Prix du Jury mais aussi de celui du Jury œcuménique remis tous les deux lors du dernier Festival de Cannes.  

    JUSTE LA FIN DU MONDE AFFICHE

    Si la première récompense a suscité quelques critiques de journalistes accrédités, la seconde a d’avantage surpris. Ce fut, en tout premier lieu, l’environnement immédiat du Jury œcuménique, mais ensuite le public présent lors de la cérémonie de remise du prix, l’équipe du Festival dont Thierry Frémaux s’est fait l’écho et enfin l’intéressé lui même, Xavier Dolan exprimant son grand étonnement mais surtout son immense joie pleine d’émotions. Il est vrai que « Juste la fin du monde » n’est pas dans le schéma habituel des prix œcuméniques, et l’espérance n’est pas un élément visible du long métrage… mais… un autre regard peut être porté sur cette histoire familiale douloureuse ouvrant alors à des perspectives très intéressantes. En tout cas, une chose est certaine, « Juste la fin du monde » est encore un excellent film de Xavier Dolan, qui s’est entouré pour l’occasion d’un cinq majeur remarquable au travers de Vincent Cassel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Marion Cotillard et Gaspard Ulliel. 

    JUSTE LA FIN DU MONDE REPAS

    L’histoire : Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancœurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

    Adaptée de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce, écrite en 1990, cinq ans avant que l’auteur ne succombe aux effets du sida, cette histoire nous plonge au cœur d'une famille en folie, totalement dysfonctionnelle, où l’excès devient la norme. Une outrance qui passe d’abord par les mots, le volume sonore même ou, à l’inverse parfois, un silence brutal et, lui aussi, tout autant étourdissant. Il y a aussi les attitudes, les regards… Et on voit se dévoiler bien vite derrière tout ça les blessures, les cicatrices toujours à vif malgré le temps qui passe ou plutôt à cause du temps qui passe… 

    Les acteurs, souvent dans un sur-jeu évident et clairement voulu, font des prouesses. Ils captivent le regard, nous font entrer dans leur folie, nous font parfois sourire mais aussi nous font serrer les dents tant la violence verbale peut parfois être intense. Face à Martine (Nathalie Baye), la mère hystérique et peinturlurée, Antoine (Vincent Cassel), le frère amer, brutal, grossier et Suzanne (Lea Seydoux), la sœur paumée à tout niveau et camée par dessus tout, Catherine (Marion Cotillard), l’épouse d’Antoine demeure extrêmement émouvante. Pleine de tendresse et en rupture visible avec les excès de part et d’autre, elle s’englue dans une impossibilité à exprimer ce qui semble bouillonner au fond d’elle et accepte son rôle de souffre-douleur. Et puis il y a Louis (Gaspard Ulliel), l’enfant prodigue, l’homosexuel sophistiqué et brillant, au regard d’une douceur frappante, qui devient une sorte d’observateur aimé et malmené… mais hélas silencieux alors que pourtant il est venu dire... bloqué par ce qu'il confesse à un moment : "J'ai peur d'eux !". 

    JUSTE LA FIN DU MONDE  JUSTE LA FIN DU MONDE  JUSTE LA FIN DU MONDE

    Car finalement c’est le « non-dit » qui est l’ombre planante et constante. Que ce soit dans le passé, le présent ou le futur, l’incommunicabilité l’emporte et détruit tout sur son passage. Xavier Dolan désigne ainsi là clairement l’ennemi qui ronge les relations et la famille en particulier. Toutes ces choses qu’il ne faut pas verbaliser mais qui empêchent d’aimer. Car finalement, on se demande où est l’amour ? Y en a-t-il d'ailleurs dans tout ce capharnaüm grotesque ? Peut-être, quand même, le voit-on apparaître dans les quelques éclairs de lumière subtils et éphémères qui se manifestent parfois, telle qu'une scène improbable faite de souvenirs des dimanches en famille et d'une chorégraphie sur le tube d'Ozone "Dragostea Din Tei", ou une étreinte mère-fils qui vient après cette affirmation de Martine à Louis « Je ne te comprends pas, mais je t’aime… et ça personne ne pourra me l’enlever » ou apparaît alors un autre visage de la mère. Comprendre et plus encore, connaître... un mot qui revient comme un leit-motiv régulier tout au long de l'histoire dans la bouche des uns et des autres. Car finalement qui se connaît dans cette famille, et qu'est ce connaître l'autre ?

    Et puis, il faut le préciser, Juste la fin du monde est un véritable huis clos, au sens propre et figuré. Bien-sûr il y a cette sublime scène de voiture où les deux frères s'échappent de la maison pour "prendre l'air" et pour pouvoir parler. Mais c'est pour mieux s'enfermer encore dans un autre espace clos et étouffant et dans une impossibilité de communiquer. D'ailleurs Antoine le crie à son frère tout en conduisant : "Les gens qui disent rien, on pense qu'ils aiment écouter. Moi j'aime pas parler. J'aime pas écouter... J'veux qu'on m'foutte la paix !". Cet enfermement qui va jusqu'au bout, jusqu'à la fin... jusqu'à la dernière scène où, dans une magnifique métaphore, l'oiseau cherche à s'échapper lui aussi... mais...

    JUSTE LA FIN DU MONDE

    Et tout ça est réalisé par un Xavier Dolan qui confirme à chaque film sa dimension artistique énormissime. Il y a un talent fou qui s’exprime dans sa façon de filmer, suivre les acteurs aux plus près, jouant avec les mises au point, les angles de vue… et utiliser une lumière qui colle parfaitement à l’histoire de ce huis clos terrifiant. Et la musique enfin, du maître Gabriel Yared (dont je suis archi fan faut il le préciser ?) et de quelques morceaux aux accents de clip, vient, telle une pierre précieuse, habiller, voire déshabiller l’histoire. Il y a du rythme, des cassures, de la rapidité et en même temps une certaine lenteur désinvolte. Paradoxal me direz-vous ?... Oui évidemment. À l’image de Xavier Dolan sans doute et de son œuvre d’une beauté rare mais pas toujours suffisamment comprise.

     


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  • Le nouveau film de François Ozon nous fait remonter dans le temps. 1919, l'après guerre immédiat avec ses tensions, ses douleurs, ses absences... C'est précisément une absence qui est au cœur de cette histoire. L'absence de celui qui donne titre au film, Frantz, ce jeune allemand mort à un combat qu'il n'a pas voulu. Une absence qui va même jusque dans la tombe, là où pourtant tout commence. 

    FRANTZ affiche    FRANTZ sur la tombe

    Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville. 

    C'est au travers d'un élégant noir et blanc où la couleur vient s'immiscer régulièrement comme un souffle fragile, comme une flamme vacillante mais lumineuse à la fois, que le réalisateur François Ozon nous entraine dans un drame historique. Il nous plonge dans  les traumas de la Première Guerre (et nous laisse d'ailleurs comprendre pourquoit ce ne fut que la première...), par le biais d'une valse amoureuse contrariée qui soulève pourtant des questions d'humanité profonde. Culpabilité, pardon, mensonge, deuil, patriotisme, déni et amour... voilà tant de sujets qui viennent se heurter les uns aux autres tout au long de l'histoire. Un film qui ressemble aux chemins de la vie... se posant doucement puis accélérant le rythme nous donnant de croire ceci ou cela, naïvement... puis nous déroute, nous rentraîne ailleurs... et nous déroute encore, pour reprendre la voie d'un chemin de fer qui nous ramène au port.

    FRANTZ, Anna dans le train

    La caméra d'Ozon choisit de filmer tout cela avec une infinie tendresse qui se pose en particulier sur l'actrice allemande Paula Beer, l'immense et magnifique révélation de Frantz. Comment ne pas s’attendrir quand, par exemple, une larme coule sur le doux visage d’Anna (Paula), alors qu’elle se trouve derrière les barreaux d’un confessionnal, qui devient pourtant le lieu de l’absolution et d’une certaine guérison ? À ses côtés, Pierre Niney est d'une justesse remarquable, sans excès, plutôt même dans une retenue qui façonne son rôle. On touche à une forme de perfection de l'image qui émeut et rend admiratif comme devant un chef d'œuvre du Louvre. Comme face à cette toile de Manet, "le suicidé" devant laquelle on peut se frayer un chemin pour apercevoir ou encore s'assoir sur un canapé et regarder. En parlant de toiles, d'œuvres d'art, c'est une analogie facile que je réalise puisque l'art est sans doute l'une des composante essentielle de ce long métrage. La peinture, mais aussi la poésie et celle de Verlaine en particulier, sans oublier la musique. La bande originale n'accompagne pas seulement les images mais elle devient partie prenante de l'histoire. Elle est un fil conducteur implacable prenant tour à tour le son d'un violon, d'un orchestre symphonique, d'un chant lyrique, d'un piano, d'un hymne national, et même d'une musique folklorique germanique...  

    Frantz est un film qui fait du bien à l'âme, et qui fait du bien tout court !... Alors merci M. Ozon.

    FRANTZ, musique  FRANTZ, le suicidé

     


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  • Le 4 mai, sortie d'un nouveau blockbuster, made in Hollywood, surfant sur le récit biblique (après Noé, Son of God, Exodus... et bientôt Ben Hur). Autant vous l’avouer, une certaine interrogation personnelle sur l'intérêt même d’une telle production a été ma première réaction. Il nous est en effet proposé généralement soit une approche mystico-naive qui n’est pas inintéressante mais qui a du mal à me captiver, soit une histoire totalement décalée par rapport aux textes sensés l’inspirer, et il faut alors espérer que le côté artistique joue au moins en sa faveur. Et puis, ajoutons le genre « péplum » qui n'est pas forcément ma "tasse de thé" et vous comprendrez mes réticences. Mais soit, faisons abstraction de tout ça et allons voir…

    Clavius, un puissant tribun militaire romain, et son aide de camp Lucius sont chargés de résoudre le mystère entourant ce qui est arrivé à un Hébreu nommé Yeshua après sa crucifixion. S’ils veulent empêcher une insurrection à Jérusalem, ils doivent à tout prix mettre fin aux rumeurs assurant qu’un Messie est revenu d’entre les morts.

    Affiche LA RÉSURRECTION DU CHRIST

    Le pitch est assez simple et à première vue le côté décalé du texte risque d’être au rendez-vous. Mais finalement, juste en partie. Et c’est là la première réussite des deux scénaristes Kevin Reynolds et Paul Aiello. On assiste à une sorte de chassé-croisé entre une approche hors évangile et des ancrages bibliques très textuels. Si la toile de fond du film reste évidemment la résurrection, le cœur de l'histoire bat au travers de celui de Clavius. Un chef de guerre fatigué qui se retrouve à devoir retrouver le corps du crucifié. Un adorateur de Mars loin de croire en un Dieu unique et encore moins aux miracles. 

    Clavius

    C'est donc son regard qui nous porte avec ses convictions malmenées, ses doutes et son changement. Enquête, infiltration... Pour entrer dans une expérience jusqu'à aboutir à une foi qui naît, la foi de l'athée transformé ! Une histoire hors de l'Histoire mais ancrée dans des histoires, des instants bibliques. On a bien sûr une partie de la crucifixion, on retrouve ensuite Jésus retrouvant les onze dans une maison, la seconde pêche miraculeuse et la restauration de Pierre ou l’ascension finale... Globalement donc, une proximité textuelle assez forte qui réjouira le croyant cinéphile et ne gâchera rien pour les autres car l’histoire est extrêmement bien ficelée. Notons d’ailleurs une jolie réalisation soignée sans excès, sans emphase, privilégiant les personnages dans leurs vérités. Un Jésus sympathique et simple, loin des caricatures habituelles.

    Jésus et Clavius

    Et finalement, le gros point fort est peut-être celui d'aboutir à une vraie appropriation de l'expérience de la résurrection, avec une proclamation finale extrêmement bien vue. Elle risquera inévitablement de déclencher quelques crise urticantes chez certains allergiques à toute approche évangélisatrice, mais elle me semble néanmoins correspondre on ne peut mieux à la façon dont nous est restitué le scénario dans son approche si particulière. Un léger bémol enfin (quand même) sur une certaine emphase que l’on peut éventuellement remarquée : Celle concernant le linceul ou autre suaire (pas encore de Turin) qui peut déranger ou faire sourire. Mais bon, après un film comme celui-là, comment ne pas leurs pardonner.

    Une résurrection du Christ qui peut donc provoquer des effets étonnants… même celui, par exemple, de m’avoir réconcilié avec un film biblique !

     

    POUR INFO :

    Je vous donne rendez-vous à la radio sur France Culture pour le service protestant, le jeudi 5 mai à 9h30. Sera évoqué ce film dans mon intervention...

    Et à la TV, le 29 mai sur France 2, dans un sujet de l'émission "Mag Bible", où j'évoquerai aussi ce film, en parlant aussi du "Jésus" distribué par Agapé.

     

     
     

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  • Mercredi 20 avril sort sur les écrans « Le fils de Joseph », le nouveau Eugène Green dans la tradition de son approche cinématographique unique en son genre. Comme le titre le sous entend, c’est la paternité qui est au cœur de l’histoire, en y mêlant humour, gravité et spiritualité. 

    Affiche le fils de Joseph 

    Vincent, un adolescent de quinze ans, a été élevé avec amour par sa mère, Marie. Celle-ci a toujours refusé de lui révéler le nom de son père. Vincent découvre qu’il s’agit d’un éditeur parisien égoïste et cynique, Oscar Pormenor. Le jeune homme met au point un projet violent de vengeance, mais, alors qu’il renonce à cet acte, sa rencontre avec Joseph, le frère d’Oscar, un homme un peu marginal, va changer sa vie, ainsi que celle de sa mère. 

    Revenons tout d’abord sur le cinéma d’Eugène Green que j’évoquais dans le chapeau de cet article. Un réalisateur qui vient du théâtre baroque et dont il a gardé, entre autre, une approche du dialogue particulière où toutes les liaisons sont effectuées sans exception, ne laissant ainsi place à aucune muette. Un phrasé donc très étonnant, déroutant même quand on n’y est pas habitué mais qui, en même temps, donne un vrai style, provoque une écoute différente et, parfois même, déclenche le sourire. Il y a donc le son mais aussi le visuel qui est unique chez Eugène Green. La façon d’utiliser la caméra lui est également propre, choisissant de la placer généralement en face à face avec l’acteur qui parle. Le spectateur se positionne ainsi dans les yeux de l’acteur à qui l’on s’adresse. Il entre avec intensité dans le dialogue concrètement et n’est pas simple observateur. Enfin, le jeu des acteurs est aussi marqué de l’empreinte du réalisateur. Peu d’émotions dans le verbiage. Une certaine neutralité l’emporte pour donner paradoxalement plus de force aux mots et laisser faire… « Le fils de Joseph » ne fait pas exception à la règle Green et c’est tant mieux.  

    Eugène Green face à Vincent

    Eugène Green dans le rôle d'un réceptionniste, face à Vincent

    Qui est mon père ? Se demande Vincent. C’est l’histoire de sa vie… une absence, des non-dits malgré l’amour et l’attention de sa mère. Et comme face à tout secret, il y a un jour la découverte avec ses conséquences. Un père que l’on ne veut pas, que l’on n’aurait peut-être finalement préféré ne pas connaître… mais qui sans le vouloir va offrir au fils un autre père. Derrière les faits, une interrogation sur ce qui établit la paternité, sur ce qui nous permet d’être famille et de construire un avenir. 

    Eugène Green nous livre alors une métaphore remarquable pour appuyer le questionnement de Vincent, s’appuyant sur plusieurs scènes bibliques. Cinq tableaux pourraient-on dire, où chapitres partant de l’Ancien Testament pour finir avec la famille de Jésus. C’est la reproduction photographique du tableau du Caravage qui décore sa chambre qui sera le point de départ : « Le sacrifice d’Abraham ».

    Puis passage par « le veau d’or ». Argumentaire satyrique et caricatural extrêmement efficace et drôle pour découvrir le père biologique englué dans l’univers de l’édition où l’argent serait roi, mais aussi où l’hypocrisie, l’amour de soi et l’apparence règnent en maître.

    « Le Sacrifice d’Isaac » permet d’avancer dans l’histoire alors que Vincent met à exécution son plan qui consiste à sacrifier son père dans une sorte de renversement du récit originel. Son bras est aussi retenu donnant ainsi une sentence de grâce sur le géniteur.

    Vincent rencontrera alors Joseph dans la quatrième partie intitulée « le charpentier ». Ce Joseph qui deviendra père adoptif au travers de la rencontre, de l’expérience, des sentiments conduisant à une relation filiale non fondée sur le sang.

    Et si vous avez fait attention au pitch du film, la mère de Vincent s’appelle justement Marie. Alors comment ne devaient-ils pas se rencontrer ? Joseph, Marie… et Vincent qui deviennent famille mais qui, également, sont conduit à fuir. S’échapper de la capitale pour une aventure en Normandie pleine de péripéties burlesques mais comme toujours symboliques et constructives. Un épisode qui ne pouvait s’appeler autrement que « la fuite en Egypte ».

    La chambre de Vincent et Marie  Oscar Pormenor  Vincent et Joseph

    Marie Vincent et Joseph

    Un vrai coup de foudre personnel que ce fils de Joseph. Un film différent qui apporte de la fraicheur tout en abordant avec beaucoup de profondeur des thématiques existentielles essentielles. Osez le dépaysement, dépassez les préjugés… et découvrez un autre cinéma vraiment intéressant.


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  • Le printemps du cinéma 2016 m’aura permis de découvrir une petite pépite venue du nord. Lettres à Jacob est une merveille du genre qui allie la simplicité ultime à une profondeur d’âme immense. Lumineux !

    affiche lettres au père jacob

    Condamnée à perpétuité pour meurtre, Leila est mystérieusement libérée après seulement douze ans. Envoyée auprès d’un vieux pasteur luthérien aveugle et isolé pour être sa nouvelle assistante, elle devra répondre à l’abondant courrier qu’il reçoit chaque jour.

    Avec Lettres à Jacob, le réalisateur finlandais Klaus Härö, nous prouve qu’au cinéma il est possible de faire parfois une œuvre d’art bouleversante avec presque rien. Une histoire simple, trois personnages loin des normes esthétiques habituelles, un décor hyper minimaliste, juste 75 minutes… des ingrédients qui pourraient vous donner envie de choisir l’autre salle… l’autre film… ou même encore de rester chez soi un dimanche après-midi de mars. Et pourtant !

    lecture des lettres au père jacob

    Une force spirituelle étonnante émane de chaque instant qui s’écoule lentement. Dans cet exercice d’apprivoisement mutuel remplit de silences, de regards et d’aveuglement, se tisse une réflexion profonde sur des questions fondamentales de l’humain : les apparences, le poids du passé, la culpabilité, le pardon, l’espérance et la désespérance, la fragilité de la vie, la solitude et bien sûr la foi. On se sent porté par un souffle, une respiration. Sans doute celle véhiculée par les innombrables prières de pasteur Jacob pour toutes celles et ceux qui se confient à lui, tant concernant le plus grave comme ce qui pourrait sembler le plus insignifiant. Il y a d’ailleurs là une leçon qui nous est donnée : Tout est important et tout compte pour l’homme de Dieu et vraisemblablement pour Dieu lui-même. Et c’est là qu’apparaît précisément la puissance de ce qui est à la fois la colonne vertébrale, mais aussi la sève vivifiante. Je parle là de la grâce. Une grâce divine qui se transmet par la faiblesse de l’homme qui doute et pourtant croit. Une grâce contagieuse qui touche même l’incrédule qui voudrait fuir. Une grâce offerte même à celle qui n’en voulait pas !

    Si Lettre à Jacob se construit dans la modestie (pourrait-on dire une forme d’austérité protestante ?) il n’en demeure pas moins que le film est magnifiquement mis en lumière par le réalisateur qui nous offre une superbe photographie souvent en clair obscur et fait de quelques rugueux mais lumineux paysage finlandais. La réalisation est simple mais soignée avec des cadrages précis et efficaces. Enfin la justesse des trois acteurs apporte une authenticité redoutable qui renforce l’effet émotionnel de ce récit initiatique.

    Dans l'église

    Inondé par la grâce surabondante qui se déverse, on ressort enfin de la salle obscure éclairé de l’intérieur et avec une profonde envie de dire à tous : Ne vous en privez pas… c’est gravement bon !


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