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    Aujourd’hui, c’est d’un livre dont je vous parle, enfin d’une véritable somme de 516 pages à classer sans nul doute dans le rayon encyclopédie. Un travail considérable donc, réalisé par Bruno de Seguins Pazzis, qui se penche ici sur la relation entre christianisme et cinéma, et qui évidemment ne pouvait me laisser insensible.

    quand le christianisme fait son cinéma

    Alors sans attendre davantage, un grand bravo à Bruno de Seguins Pazzis, car il fallait le faire ! Quand le christianisme fait son cinéma est un ouvrage référence où l’auteur, ne revendiquant humblement aucune exhaustivité, trace un tableau exceptionnel des relations entre le septième art et les religions chrétiennes avec une emphase certaine vis-à-vis du catholicisme. De Jérusalem au Vatican, en passant par Jésus, Marie, les saints, les anges, les figures de l’Église, le diable, l’enfer ou encore le paradis, c’est plus de 1 200 films qui sont ici répertoriés et commentés. Chacun des chapitres, 13 au total, correspond à un thème particulier avec analyse des films, depuis les origines du cinéma jusqu’à 2017, commentaires, anecdotes et à la fin de chaque chapitre, une liste chronologique des films ayant trait au thème concerné avec le nom du réalisateur, l’année de sa sortie et le pays d’origine.

    liste films

    Vous l’aurez compris, l’intérêt fondamental de cet ouvrage est l’abondance de l’information qu’il fournit et qui passionnera sans aucun doute les cinéphiles et tous ceux plus particulièrement qui s’intéresse aux relations entre culture et spiritualité. Le classement proposé n’est pas forcément original mais en tout cas bien pratique pour une recherche particulière. Mais précisons aussi que l’auteur approfondit la question sur ses deux derniers chapitres, en élargissant son sujet à « La métaphore chrétienne au cinéma» puis posant la question « Quel avenir pour un cinéma chrétien ? », interrogation on ne peut plus d’actualité dans cette période de profusion de sortie de films à thématiques spirituelles et parfois ouvertement identifiés comme « cinéma chrétien ».

    Dans l’avant dernier chapitre donc, Bruno de Seguins Pazzis analyse un certain nombre d’œuvres cinématographiques pour observer des références chrétiennes, lire au de-delà des apparences telle ou telle autre perspective faisant écho à la foi, interrogeant le spectateur croyant. Comme le précise l’auteur, cette question de la métaphore chrétienne au cinéma justifierai à elle seule un livre entier du même acabit. Alors ce ne sont donc que quelques exemples plutôt évidents qui sont proposés mais qui ouvrent malgré tout, en particulier pour le lecteur qui n’a pas cette habitude, à la possibilité de poser un autre regard sur les films. Alors c’est par exemple un western de John Ford, Le fils du désert de 1948, présenté comme une parabole sur la rédemption et le sacrifice. C’est aussi, plus près de nous, Le fils de Joseph d’Eugène Green en 2015, métaphore de la Sainte famille servant à mener à une réflexion fondamentale évangélique, provocatrice et à contre-courant à l’égard de notre société post-moderne. Ou bien encore les adaptation cinéma de Narnia, L’Odysée de Pi d’Ang Lee ou le Leviathan d’Andreï Zviaguintsev pour n’en citer que quelques-uns.

    Et puis enfin, il y a ce dernier chapitre sur l’avenir d’un cinéma chrétien dans lequel l’auteur promeut des productions clairement porteuses de valeurs, évoquant un langage cinématographique religieux ou plus précisément chrétien et en s’appuyant sur cinq films plus spécifiquement :Cristeros de Dean Wright en 2012, Sophie Scholl de Marc Rothemund en 2005 que l’auteur qualifie de film incandescent et bouleversant, Marie Heurtin de Jean-Pierre Améris en 2014, L’Apôtre de Cheyenne Carron toujours en 2014 et La Ligne rouge de Terrence Malick en 1998. Ces exemples illustrent pour Bruno de Seguins Pazzis, et je le cite, qu’ « il est possible par des moyens très différents, dans des styles également très divers, de réaliser des films au contenu profond, délicat et riche de sens, pour parler finalement des vertus qui doivent guider l’homme dans ses rapports avec le monde, son prochain et Dieu, les vertus théologales de Foi, d’Espérance et de Charité ».

    métaphore cinéma christianisme   cinéma chrétien

    Vous l’avez compris, cet ouvrage est remarquable par son ampleur et le travail fournit. Je soulignerai néanmoins un aspect qui peut être parfois dérangeant et qui est, semble-t-il, un parti pris assumé de l’auteur. Bruno de Seguins Pazzis ne se contente pas d’être descriptif, il donne toujours son opinion sur le film qu’il commente… Soit, mais avec une certaine radicalité, et un avis souvent très tranché pouvant paraitre excessif. Rapidement, on comprend notamment qu’il supporte difficilement l’humour, l’approche comédie voir un peu provocante sur les questions de foi et de religion. Ce qui personnellement me déçoit, je dois l’avouer. Et de même, le fait de s’éloigner des textes et ouvrir à l’imaginaire, en ce qui concerne les adaptations cinématographiques de personnages bibliques, n’est franchement pas sa tasse de thé. Il est intéressant d’entendre ses raisons, mais plus difficilement acceptable d’en faire un jugement qualitatif. Enfin, dernier bémol personnel, sur les convictions catholiques qui prennent le pas parfois sur une approche chrétienne plus étendue et qui aurait rendu cette immense restitution encore plus intéressante. Mais rien n’est parfait en ce bas monde… et le résultat néanmoins est plus que satisfaisant et mérite clairement de dépenser quelque 29 euros quand on aime le cinéma et que les questions spirituelles aussi nous taraudent.

    « Quand le christianisme fait son cinéma » Bruno de Seguins Pazzis aux éditions du Cerf, 29 €

    À retrouver notamment au catalogue de la Librairie 7ici.

    https://librairie-7ici.com/13062-quand-le-christianisme-fait-son-cinema.html

    https://librairie-7ici.com/blog/quand-le-christianisme-fait-son-cinema-n311

     

     LE CERF7 ICI

     


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  • À l’occasion des conférences de Carême 2018 diffusées sur France Culture, le pasteur Laurent Schlumberger a proposé un travail autour de la question de la mobilité, maître-mot de notre monde globalisé comme l’exprime l’auteur en ouverture de ses interventions. Les Éditions Olivetan prolonge ces moments de radio en publiant le texte, agrémenté de quelques ajustements minimaux, mais privilégiant les tournures orales liées au mode de transmission initiale. Au final, un livre d’une centaine de pages, qui se lit extrêmement facilement et en tout temps qui offre une belle analyse et ouvre à une réflexion pertinente et universelle.

     

    DU ZAPPING À LA RENCONTRE

     

    Nous sommes, et nous devons être, de plus en plus mobiles dans l’espace, le temps, les cultures et jusque dans nos modes de vie et nos représentations. Les mobilités marquent toujours plus profondément nos vies personnelles et collectives. Porteuses de promesses, elles suscitent aussi des détresses : précarité, épuisement, perte de repère et de sens… La Bible nous parle en chacune de ses pages de déplacements de toutes natures. Elle est une invitation permanente à sortir de soi et à se mettre en route. Plus encore, elle présente un Dieu qui, contrairement aux images que nous nous faisons de lui, est toujours en mouvement, toujours à notre recherche, toujours désireux de nous rencontrer. Tel est son seul mobile. Et si la Bible nous aidait à passer du zapping anxiogène à la vraie rencontre, salutaire ?

     

    Il y a une vraie progression intelligente et logique dans le processus d’avancement que propose ici Laurent Schlumberger. Car si la mobilité est le cœur du sujet, elle se retrouve aussi dans le mode d’écriture de l’auteur. Nous sommes comme accompagnés avec bienveillance, pris par la main dans la réflexion, parfois légèrement bousculés… pour nous conduire finalement vers un objectif existentiel fondamental qui peut se résumer à cette question : « Vivre, pour qui ? » conduisant elle-même à considérer la rencontre comme une finalité joyeuse et nécessaire. 

    Il est aussi intéressant de noter que dans son approche de la mobilité, Laurent Schlumberger ne se contente pas d’évoquer le changement de lieu. Une déclinaison s’opère sur le même principe dans toutes les sphères de l’humain dessinant un large spectre des aspects de nos mobilités. Dans l’espace bien évidement, mais aussi dans le temps, dans la culture et plus globalement dans l’existence avec, à chaque fois, un impact réel sur notre façon de vivre et notre manière de regarder l’autre. Une sensation d’accélération peut nous apparaitre dans notre époque présente mais Laurent Schlumberger jongle avec les périodes de l’histoire, montrant ainsi que ces enjeux dépassent largement cette contemporanéité qui nous marque forcément davantage. Il puise d’ailleurs abondamment dans l’histoire biblique des exemples et des enseignements marquants sur la nature même de Dieu et sur ce que cela peut impliquer pour nous.

    Laurent Schlumberger 

    Enfin, si ces conférences ont été réfléchies dans cette période de Carême, comme un chemin vers Pâques, un cheminement tranquille offrant la possibilité d’une transformation, d’une métamorphose, nous orientant aussi vers l’invitation à la rencontre, la lecture de ce livre peut aussi s’adapter à merveille à la période estivale, me semble-t-il. Moments souvent marqués par une forme de rupture, notamment dans nos plannings surchargés, ouvrant ainsi la porte à une autre forme de mobilité personnelle qu’elle soit intérieure ou pleinement vécue dans le voyage et le changement simple de paradigme du quotidien. 

     

    « Du zapping à la rencontre »

    Mobilités contemporaines et mobile de Dieu

    Laurent Schlumberger – Éditions Olivetan

     


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  • Avec Jacques Higelin, c’est l’un de nos plus grands artistes qui vient de partir, ce vendredi 7 avril. Un poète, un chanteur, un artiste de la plume et du verbe… un influenceur discret mais engagé.

    Jacques Higelin 

    Je me souviens des jours heureux et je pleure disait Verlaine… Personnellement je préfère me souvenir en cultivant une forme de joie et garder la mémoire comme un moyen d’avancer toujours et encore. C’est donc ainsi que je garderai l’image du grand Jacques, car oui ce prénom peut être grand pour plusieurs et se partager ainsi avec bonheur. 

     

    Je me souviens donc… et là très précisément même, d'une émission radio le soir que j'écoutais sur ma chaine hifi que j'avais installé dans ma chambre d'ado juste à côté de mon lit (et là écoutant au casque car il était tard et les parents dormaient dans la chambre à côté !)... Émission où Jean-Louis Foulquier recevait Higelin et Deraime (je ne sais plus par contre si c'était la même ou 2 émissions différentes). Mais en tout cas, ces 2 artistes au micro de Foulquier m'ont donné une envie folle de ne pas faire de la musique juste comme ça... mais de la faire vivre avec d'autres musiciens et de la partager avec du public. Ce type de réflexion est revenu souvent sur les réseaux sociaux de la part d’amis artistes célèbres ou non, démontrant par là cette puissante influence qui se dégageait de sa personne et de son travail.

    Jean-Louis a pris de l'avance... Bill est toujours là et continue de me faire kiffer... mais Jacques est maintenant lui aussi parti, décédé ce vendredi matin à Paris, a annoncé sa famille, âgé de 77 ans. Le musicien, l'un des pionniers du rock français, avait depuis quelques temps semble-t-il une santé fragile et ainsi dû, cet été 2017, annuler des concerts. 

     

    Si l’artiste et son œuvre sont là dans nos cœurs, dans nos tripes, il ne faudra pas non plus oublier que ses mots prenaient aussi forme dans ses actes. Car si Higelin évoque dans beaucoup de ses chansons la société, les sans-papiers ou les difficultés économiques, il n’hésitait pas non plus à pousser de coups de gueule quand il le fallait et surtout aussi à s’impliquer par coups de cœur. Soutien inconditionnel des défavorisés et plus précisément des mal-logés, Higelin a ainsi régulièrement donné de son temps en s’engageant pour des associations soutenant des causes humanitaires.

     

    Un grain de poussière chantait-il, tombé du ciel, et qui maintenant s’est envolé et à la tête en l’air. Alors... champagne malgré tout, c’est ce qu’il aurait sans doute aimé !

     


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  • Martin Luther King, pasteur baptiste afro-américain né à Atlanta en 1929, a dédié sa vie à la lutte contre le racisme, la ségrégation, la pauvreté. Grâce à son combat non-violent contre toute forme d’injustice, les consciences ont commencé à s’éveiller et des lois essentielles pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis ont été votées. Prix Nobel de la Paix en 1964, il a été assassiné quatre ans plus tard, le 4 avril 1968, il y a cinquante ans aujourd’hui. Il avait trente-neuf ans. 

     

    CHANSONS POUR LE KING

    À cette occasion, je vous propose de jeter un rapide regard (non exhaustif) sur quelques chansons qui ont abordé la question en lien, soit directement avec l’homme et son parcours, soit avec les principales thématiques portées par cet apôtre de la non-violence mais néanmoins militant et acteur d’un changement profond de société mais hélas toujours encore en devenir.

     

    Au-delà du drame humain que représente la traite négrière, la rencontre de deux cultures, africaine et européenne, sur le continent américain, va provoquer la naissance d’une forme d’expression qui va façonner « l’Épopée des musiques noires ». Si les Negro-Spirituals et le Gospel ont accompagné la cruelle destinée des Noirs aux États-Unis, une autre émanation de cette tragédie quotidienne a vu le jour à la fin du XIXème siècle, c’est le Blues. Il n’était pas rare que les ouailles des Églises baptistes viennent s’encanailler dans les « Juke Joints », ces bicoques délabrées où des musiciens amateurs déversaient leur frustration et leur colère dans des ritournelles sombres et désabusées. Le Blues fut et reste la bande son du désespoir, la matrice de toutes les musiques afro-américaines. L’esclavage, tragédie humaine effroyable, a finalement provoqué la naissance d’une multitude d’engagements artistiques qui ont porté le discours de Martin Luther King jusqu’à Washington.

     

    Les chants propulsent alors dans l’espace public, comme au plus profond des individus, des paroles propageant la non-violence prêchée auparavant. We Shall Overcome, l’hymne principal du Mouvement pour les droits civiques combine un vieil hymne baptiste, I’ll be allright, au texte d'un vieux gospel de Charles Albert Tindley, I'll Overcome Someday. Popularisé durant les années 40 dans les syndicats mêlant ouvriers noirs et blancs, il se retrouve durant le Mouvement au cœur des manifestations proclamant, envers et contre tout, à temps et contretemps, l’espérance des manifestants. We Shall Overcomea été enregistré entre autre par Mahalia JacksonPete Seeger, Joan Baez, Frank Hamilton, Joe Glazer, Bruce Springsteen, Peter, Paul and Mary, les Mountain Men, Bob Dylan, Roger Watersdes Pink Floyd... Régulièrement encore, des adaptations sortent, souvent en lien avec des combats politiques ou sociaux.

     

     

    En 1964, on croit en l’évolution de la société américaine vers une véritable égalité raciale. L’un des chanteurs afro-américains les plus populaires de sa génération, Sam Cooke, chante alors A change is gonna come (ces choses qui vont changer) avec un véritable enthousiasme. Le morceau devient emblématique de la lutte pour les droits civiques, mais Cooke n’aura pas le temps de profiter pleinement de son succès puisqu’il est assassiné dans des circonstances encore très floues le 11 décembre 1964.

     

     

    Les textes reprennent souvent les grandes lignes du discours politique afin d’inciter les membres de la communauté noire à entrer en résistance. Par certaines caractéristiques linguistiques comme par leur mode de transmission, ils contribuent à diffuser le message du discours militant auprès des masses. Au nombre des artefacts utilisés, il est des images relativement explicites comme celle de l’oiseau en cage chantée par Nina Simone dans I Wish I Knew How It Would Feel To Be Free (J’aimerais savoir quelle impression cela fait d’être libre) en 1967.

     

     

    L’artiste ne se contente pas d’interpeller son public par des propos introducteurs, ses paroles n’ont pas seulement valeur d’exemple, elles sont également des messages directs d’un noir à un autre noir :

    Prenons l’exemple de Is It Because I’m Blackde Syl Johnson en 1968 : Y’see if you have white light brown skin and high yellow, you’re still black, so we got to stick together now (Que tu aies une peau marron clair et des cheveux décolorés, tu es toujours un noir, c’est pourquoi nous devons nous serrer les coudes) 

     

     

    Avec James Brown, en premier lieu, cette apostrophe, qui utilise, bien entendu le you – fort pratique en anglais en raison de l’ambigüité entre le singulier et le pluriel – est renforcée par l’utilisation progressive de l’impératif, appel direct à une implication dans l’action de la communauté : Get Up, Get Involved, Get Into It (Lève-toi, implique-toi, entre dans (le mouvement), James Brown, 1968), Say It Loud, I’m Black And I’m Proud (J. Brown, 1968). De même, l’ambigüité quant à la personne – singulier ou pluriel – dans l’utilisation de l’impératif contribue à la création d’un esprit communautaire. Mais surtout, la soul utilise la première personne du pluriel, mettant ainsi en avant l’idée de communauté :

    We Are Rolling On(1968), 

    We’re A Winner(1967), 

    We got talent we can use (Nous avons des talents que nous pouvons utiliser, I Don’t Want Nobody To Give Me Nothing) J. Brown. (1969).

     

    Plus globalement, à travers les années, la sphère musicale a été nourrie avec des chansons inspirées par Martin Luther King ou lui rendant hommage. En voici encore quelques une en ce jour symbolique.

     

    Le 28 août 1963, le pasteur noir a réussi à réunir plus de 250.000 personnes devant le Lincoln Memorial, à Washington D.C., durant la Marche sur Washington pour l'emploi et la liberté. C’est là qu’il prononce le fameux discours I have a dreamBob Dylan, le chanteur folk américain interprète ce jour-là son titre Blowin' in the wind avant que le pasteur prenne place. Un hymne qui prend tout son sens à cet instant précis : "How many roads must a man walk down / Before you call him a man ?" (Combien de routes un homme doit-il parcourir avant d'être appelé un homme ?)

     

     

    Stevie Wonder a composé en 1981 le titre Happy Birthday dans le cadre d'une campagne qui avait pour but de rendre hommage a Luther King en faisant de son jour d'anniversaire un jour férié national.

     

    U2 et son célèbre leader Bono ont également rendu hommage au pasteur. Avec leur titre Pride (In The Name Of Love) issu de leur album The Unforgettable Fire, paru en 1984,  le groupe de rock irlandais entonne "Early morning, April 4/Shot rings out in the Memphis sky/Free at last, they took your life/They could not take your pride", des paroles qui ne laissent aucun doute sur la personne visée. En effet, Martin Luther King a été assassiné le 4 avril 1968 à Memphis.

     

    La jeune génération n'oublie pas non plus… Le talentueux Will.I.Am s'est associé au rappeur  Common sur le titre I Have A Dream qui sample le fameux discours. Ce titre apparait sur la bande originale du film Freedom writers.

    De nombreux autres artistes ont rendu hommage à ce personnage historique. Ben Harper a composé le titre Like A King qui fait un parallèle entre Luther King et Rodney King. Enfin, Queen, le groupe de glam rock britannique a signé son titre One Vision où Freddie Mercury chante "Look what they've done to my dream" (Regarde ce qu'ils ont fait à mon rêve) à travers un solo de guitare endiablé.

     

     

    Cette intérêt pour Martin Luther King et tout ce qui accompagne l'homme a touché des groupes et des univers musicaux très divers. Prenons l'exemple ici du groupe de rap métal californien Rage against the Machine. Groupe connu pour ses nombreuses revendications et son appui à différents mouvements de revendication sociaux et musicaux, il signe en 1992 le titre Wake up, sur son premier album. Cette chanson est une ode à Martin Luther King, Cassius Clay et Malcolm X. Certaines paroles font clairement référence à l'assassinat de Luther King (I think I heard a shot) ainsi qu'à un discours qu'il avait prononcé (how long, not long cause what you reap is what you sow cité à la fin de la chanson), selon lequel il donnerait le pouvoir à ceux qui ne l'ont pas (he turned the power to the have nots). 

     

     

     

     

     

    La chanson française a aussi apporté sa pierre à l’édifice. Quelques évocations de MLK et de son message sont ainsi clairement interprétées par plusieurs artistes. 

    Le 29 mars, invité spécial d’Harry Belafonte, Hugues Aufray chante en présence de Martin Luther King, Les crayons de couleurs au cours d’un gala donné au Palais des Sports, au profit de la lutte contre le racisme. Pour la première fois la chanson se met au service d’une cause humanitaire.

     

     

    Peu de temps après son assassinat, Jacqueline Dulac lui rend hommage en 1970

     

     

    En 1998, un collectif de rappeurs français sort 30 ans après Martin Luther King, une chanson extraite de la compilation "Generation Exile ", lancée par une association protégeant les droits de l’homme et regroupant des artistes de styles et d’horizons très divers. Cette chanson intitulée est un superbe hommage de 14’54’’

     

     

    Sur son album Frontières, en 2010, la chanson Angela de Yannick Noah rend hommage à Angela Davis. Il fait référence à de nombreux faits de 1968 et de 2008. Dans le clip de ce morceau, on voit notamment des extraits de Martin Luther King ou encore des extraits des discours de Angela Davis.

     

     

    J’évoquerai aussi le rappeur chrétien Lyonnais Lorenzo MPC qui, à sa façon, dans son titre Une seule race, une seule couleur s’appuie sur le discours I have a dream de Martin Luther King pour porter des valeurs chrétiennes de fraternité.

     

     

    Pour finir sur l’aspect musical, comment ne pas évoquer Glory, le titre de John Legend avec la participation (à nouveau) du rappeur Common, chanson phare de la Bande Originale du film SELMA, qui lui valut de recevoir 8 récompenses dont le must… l'Oscar de la meilleure chanson originale en 2015.

     

     


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  • Bill Deraime, l’un des vieux briscards du blues français, qui en est devenu un symbole, célèbre ses cinquante ans de carrière avec un exceptionnel vingtième album studio mêlant passé et avenir. 

    NOUVEL HORIZON

    Nouvel Horizon est un disque choral qui reprend en duo plusieurs de ses titres mythiques (Babylone, Le bord de la route, Un dernier blues, plus la peine de frimer...) avec sa bande d'amis dans laquelle on retrouve Kad Merad, Florent Pagny, Bernard Lavilliers, Jean Jacques Milteau, TRYO, Sanseverino, Fratoun (chanteur des Guetteurs), Yves Jamait, Joniece Jamison. Mais Bill ne regarde pas uniquement dans le rétroviseur. Il sait encore se projeter en avant en donnant de nouvelles et très jolies couleurs à ces anciens titres, en en proposant de nouveaux inédits démontrant que l’inspiration est toujours parfaitement au rendez-vous… mais aussi en indiquant une dimension spirituelle encore plus vaste et fondamentale.

    Car oui, Bill Deraime n’est pas un artiste comme tous les autres. Peut-on d’ailleurs être un vrai bluesman et ressembler aux autres ? Bill ne sépare pas en tout cas toute cette dimension spirituelle et humaine de ses mots et de sa musique.  J’ajouterai même de sa vie tout simplement. Pas de faux semblants ou de discours fabriqués mais de l’authentique avec des fêlures, de la joie, de l’humour, des doutes, des interrogations et de la foi et de l’espérance. 

    Nouvel Horizon, le titre de l’album, l’indique d’ailleurs parfaitement en reprenant les mots de la première chanson, tout simplement admirable tant dans ses qualités artistiques propres que dans le message dévoilé qui résume l’esprit Deraime et celui de cet album : 

    « Allez-vous m’aider à chanter ma chanson / Jusqu’à la fin chanter un chant d’libération / Pour imaginer un nouvel horizon »

     Ou encore dans son dernier couplet :

    « Assez parlé, divisé, dominé, / C’est l’esprit seul qui nous rassemble / Assez jugé, classé, assassiné, / Pensons plutôt l’avenir meilleur pour vivre ensemble. / N’ayons plus peur à chaque matin sa peine / Demain déjà luit dans la nuit d’aujourd’hui / Qui sème le vent de la tendresse humaine / Moissonne les champs dorés de l’infini. »

    BILL DERAIME

    Pour revenir sur l’aspect artistique, Nouvel Horizon nous ballade dans les rythmique et l’univers de l’artiste : Blues évidemment, mais reggae, ballades, boogie, et ambiance Nouvelle-Orléans (avec même une pointe de culture amérindienne). Comme toujours, car c’est une constante chez Bill, on retrouve autour de lui une équipe musicale remarquable. Alors ça tourne, ça groove et ça offre une toile quasi parfaite pour que la voix grailleuse du barbu blanchâtre aux 70 balais vienne se poser pour distiller ses textes qui font tellement sens aujourd’hui encore. Et puis il y a tous ces duos plutôt vraiment sympas et bien vus comme celui avec Kad Mérad sur la reprise d’Otis Redding. Vrais coups de cœurs perso aussi pour L’enfer avec Lavilliers (titre qui lui colle avec une justesse étonnante) ou pour la revisite de Babylone avec Tryo. Concernant L’enfer, Bill Deraime explique que cette chanson est dédiée au collectif Les Morts de la Rue. Florentine, son épouse, et lui appartiennent à ce collectif qui se charge des enterrements des gens qui meurent dans la rue, pour leur éviter la fosse commune. Pour qu’ils soient enterrés dignement, avec une petite cérémonie. La phrase clé du titre, c’est « Et l’homme créa l’enfer » précise-t-il. C’est une chanson reptilienne, qui convie à un voyage intérieur. 

    Les inédits sont aussi bienvenus et par exemple ce Raymond. Bien différent de celui de Carla, ce Raymond là, c’est Ray Charles, bien sûr, mais c’est aussi l’histoire d’un mec qui part sur les routes du blues, là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique. C’est une chanson blues funky, au sourire en coin, dédiée à son ami Chris Lancry.

    Et pour finir, je reprendrai simplement les propos élogieux du magazine RollingStone d’une grande justesse : Cet opus nous fait passer du rire aux larmes, de l’espoir à la fin éternelle, de la grandeur de l’homme à sa fragile humanité. Bill Deraime donne une grande leçon de blues, et vise juste.

    Enfin, sachez que Bill débutera ensuite une tournée anniversaire… et même si l’album est un vrai régal… Bill sur scène c’est tout simplement vrai et merveilleux !

     

     

     


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