• Au cinéma, il y a des retours qui souvent font un peu de peine. Le nième numéro d’un premier film qui avait bien marché… ou, parfois plus pathétique encore, la tentative de retour sous les feux de la rampe d’un acteur qui a connu jadis son heure de gloire, mais qui hélas aujourd’hui ne fait plus recette. En matière de musique on assiste aussi parfois à ce même effet… pas très cool. Alors rassurez-vous, c’est précisément d’un exemple contraire dont j’aimerai vous parler. Celui de Thierry Ostrini qui nous fait le bonheur de revenir tranquillement avec un album de 7 titres.

    jaquette ostrini

    Pour beaucoup, Thierry demeure l’ex-EXOlyricist (et EXOchanteur). Un artiste qui a influencé considérablement la louange contemporaine francophone pendant dix années aux côtés de Chris & Laura Christensen. Ensuite, en solo, il nous a fait apercevoir quelques autres facettes de sa personnalité en 2005 avec Lo-pop. Puis plus rien ou presque… jusqu’à aujourd’hui donc et cet album « TextUre ». Un mot qui rime avec « OuvertUre ». Ce qui n’est précisément pas un hasard. Oser l’ouverture… tout un programme, qui convient terriblement à Thierry et ses chansons. Un album qui s’écoute facilement, qui apporte une vraie fraicheur et qui est abordable par tous. Tiens, justement en plus, ce « par tous » ou « pour tous » correspond aussi au projet soutenu par la vente de ce CD. L’album "textUre" est en effet le fruit d'une collaboration entre l'association "Entraide Le Relais" et Thierry Ostrini, qui parraine le projet de la résidence intergénérationnelle "Le Parc" à Mundolsheim. Conjuguer les talents pour promouvoir le vivre ensemble... Mais revenons aux chansons. Si Thierry reste dans un univers sonore assez habituel, bien que l’apport de quelques couleurs lounge-électro élargi le spectre musical, il y a une puissante confirmation que son énorme talent se trouve dans l’écriture des textes. Une facilité pour jouer avec les mots. Donner un sens profond aux choses tout en surfant sur une certaine légèreté verbale pas désagréable et qui n’effraie pas, ne bouscule pas ou juste ce qu’il faut pour réfléchir…

    De quoi parle-t-il ? Où veux-t-il m’emmener ?... Car oui, avec Thierry un album est toujours une progression, un chemin qui prend là un virage pour nous ouvrir à de nouveaux horizons où une éclosion de petits tableaux de la vie courante se présentent alors à nous.

    En tout cas, TextUre marque le retour d'un artiste qui fait du bien, dans tous les sens du terme... du bien artistiquement et, tout autant, humainement.

    flyer ostrini recto   flyer ostrini verso

     


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  • Deux artistes protestants exposent leurs œuvres à Paris à partir du 4 novembre. Leurs vernissages respectifs se déroulaient en parallèle la veille au soir, au Pavé d’Orsay pour Jérémie Corbeau et à l’Institut Protestant de Théologie pour Philippe François.

    Expo par-delà les lignes  expo Luther en automne

    Commençons par Jérémie Corbeau qui présente son travail photographique jusqu’au 15 novembre dans la magnifique galerie « Le pavé d’Orsay » au 48 rue de Lille. L’exposition « Par-delà les lignes », c’est en fait deux axes de propositions ayant en commun le noir et blanc, conduisant d’abord sur un jeu de perception, de croisements de plans, pour ensuite dévoiler d’autres photographies  de ces monstres de béton, de ces géants des villes apprivoisés par le regard et l’objectif de Jérémie. Une démarche à la fois esthétique, philosophique et spirituelle qui conduit à un bousculement de nos repères sans l'utilisation pourtant du moindre trucage. 

    Jérémie Corbeau

    Si la photographie a longtemps été un simple loisir pour ce jeune orléanais, également administrateur des Groupes Bibliques Universitaires de France, son application et sa passion lui ont permis d’être reconnu plus largement, notamment grâce à une série intitulée « Perception » que le Musée des Beaux-Arts de sa ville a présentée en 2014. « Par-delà les lignes » prolonge précisément cette expérience.

    Ce questionnement sur notre observation de l’environnement est une vraie colonne vertébrale de son travail. Jérémie Corbeau dit à ce sujet : « Le but de cette exposition est d’ouvrir la réflexion sur le sens que nous donnons aux images que nous percevons. Celles qui nous environnent mais aussi celle que nous avons de nous-mêmes. Le processus de perception ne se limite pas à la réception d’une image, il implique également une interprétation. Puisque notre place dans le monde dépend de la compréhension que nous en avons, n’est-il pas vital de s’interroger sur notre propre subjectivité ? ».

    Une galerie esthétiquement sobre et raffinée qui accueille une exposition trouvant là un écrin particulièrement adapté. De quoi, se pauser quelques instant… observer… réfléchir… se laisser à la fois porter et questionner. Et, qui plus est, la possibilité de rencontrer celui qui a immortalisé ces instants et ces lieux, car Jérémie se fait aussi l’hôte des passants entrant dans le Pavé pendant toute la durée de l’exposition. 

    expo Par-delà les lignes   expo Par-delà les lignes  expo Par-delà les lignes

    Après ce premier vernissage, et quelques stations de métro plus loin, arrivée au 83 boulevard Arago dans le 14ème arrondissement, dans le hall de la Faculté de théologie protestante de Paris. Pendant un mois, jusqu’au 30 novembre précisément, le pasteur luthérien alsacien Philippe François, également docteur en théologie, propose une exposition d’art conceptuel , composée de peintures (réalisées par son père Bernard François) et de photographies (en collaboration avec Elisabeth Schlenk) mêlant images, fragments de textes ou autres symboles. 

    Philippe François

    Sous le nom générique de « Luther en automne », cet ensemble de tableaux donne à l’art de regarder le protestantisme, avec poésie, humour et bienveillance… ce que le protestantisme n’a pas toujours su faire, reconnaissons-le vis à vis de l’image. Un heureux changement de perspective qui colle parfaitement à la peau et à l’ADN de Philippe François. Ici, paradoxalement peut-être pour le novice en art contemporain, tout a du sens. Chaque œuvre est le fruit d’une réflexion « humorhistoricospirituelle » (un néologisme dont je veux bien revendiquer l’origine J). D’ailleurs une synthèse est proposée en guise de sous-titrage des tableaux. On peut donc soit simplement déguster du regard et interpréter à sa guise ou choisir de chercher à comprendre ce qui a bien pu passer par la tête de l’artiste pour arriver à ce résultat.

    Philippe François se divise au travers de deux expos en même temps, à Paris et en Alsace (jusqu’au 21 janvier à Waldersbach) avant de nous donner rendez-vous pour une expo taille XXL (peut être à l’image de son Blue Jean Clavin Klein) à l’occasion de Protestants en fête 2017 à Strasbourg du 27 au 29 octobre. On a hâte de pouvoir en découvrir un peu plus… mais en attendant, si vous passez par Paris ou Waldersbach, ne manquez par l’occasion d’oser « l’expérience Philippe François ». Perso, j’ai kiffé ! J

    Expo Luther en Automne  Expo Luther en Automne  Expo Luther en Automne

    Expo Luther en Automne

     


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  • Jusqu’au 2 janvier, le Centre Pompidou à Paris propose une exceptionnelle rétrospective consacrée au peintre belge René Magritte, réunissant une centaine de ses chefs-d’œuvre et intitulée « Magritte, la trahison des images ».

    L’exposition propose une approche à ce jour inédite de l’œuvre de l’artiste belge René Magritte. Rassemblant les œuvres emblématiques, comme d’autres peu connues de l’artiste, provenant des plus importantes collections publiques et privées, l’exposition offre une lecture renouvelée de l’une des figures magistrales de l’art moderne.

    Magritte Pompidou

    René Magritte souvent qualifié de peintre surréaliste est sans doute un artiste un peu à part. Cette rétrospective magistrale parisienne nous permet d’entrer dans le mystère du personnage. Le titre même de l’exposition permet de percevoir une forme de technique particulière du peintre visant à questionner le passant. Chaque tableau interroge et devient une forme d’énigme à déchiffrer avec en même temps une efficacité redoutable pour produire un impact saisissant. Des œuvres qui ainsi s’adressent à tous à tel point que beaucoup d’entre elles ont été reproduites en posters. Et on les retrouve aussi bien dans des salles d’attente de médecins, des chambres d’ados que dans des salles à manger de bien des générations. "C'est un artiste à la fois très grand public et très conceptuel, sophistiqué", fait remarquer Didier Ottinger, commissaire de l'exposition.

    Magritte s’adresse donc à l’esprit tout en provoquant des émotions. Il adopte donc une langue simple et visuelle. Il fusionne langage et image, ce qui, pour beaucoup, pourrait être une forme d’injure à un art majeur… laissant ce genre de procédés à un niveau inférieur que serait la communication, ou la publicité. Pas étonnant d’ailleurs que Magritte ait été tant « pillé » dans la pub. Sorte de « peintre de la matière grise », il réconcilie l’œil et l’esprit, les mots et les choses. En cela, bien qu’il soit généralement qualifié de surréaliste, il s’oppose pourtant à eux. 

    beaubourg Magritte

    Aller à Beaubourg, rencontrer l’œuvre de Magritte, peut ressembler à un travail éducatif. Nombre de ses œuvres illustrent les difficultés de la communication, sa diversité et ses richesses. Une façon alors de nous initier à la compréhension de l’image, à la lecture de l’invisible et du visible. Et tout cela est extrêmement contemporain, actuel, dans une société où cette capacité d’analyse devient tellement indispensable. Dans la vie quotidienne, nous n’avons que rarement conscience du niveau de regard que nous portons sur ce que nous vivons, ou voyons. Et Magritte interpelle précisément sur cette question fondamentale. En même temps, il n'explique rien totalement, il peint tout simplement mais en nous devançant, en étant, en quelque sorte, porteur d’un art prophétique.

    Au final, les images sont-elles donc d’affreuses traîtresses, comme le suggère le titre de l’exposition ? Oui et non, bien entendu, et rien n’est résolu. Soyons clair, malgré tout, Magritte n’a finalement pas résolu les contradictions et c’est tant mieux. Iconophiles contre iconoclastes - un problème très protestant par ailleurs - il livre une « machine à pensée fumante » et une peinture diablement dialectique, que l’on regarde toujours avec beaucoup d’intérêt et d’admiration.

    Et à propos de fumée, comment ne pas évoquer la fameuse pipe de Magritte qui ne l’est pas… mais quand même un peu… et qui revient d’ailleurs comme une sorte d’objet fétiche pour le peintre. Si l’on devait donner une définition à sa pipe, on pourrait la comparer à la raison. Elle génère de la fumée mais pas seulement. Elle produit aussi de la lumière et elle est l’outil du bon sens, tellement à l’image de l’apport de Magritte à la culture contemporaine.

    NOM D'UNE PIPE

    Une exposition à voir et qui peut devenir un intéressant et utile prélude pour une autre exposition originale, sur laquelle je reviendrai prochainement ici, « Luther en Automne » à visiter entre le 3 et le 30 novembre à l’IPT, 83 boulevard Arago à Paris.


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  • Clap de fin pour Monsieur Cinéma... mais comme certains films, il restera dans la mémoire collective de la culture française.

    C’est ainsi que je saluais le départ de Pierre Tchernia, samedi 8 octobre au matin, en apprenant tristement la nouvelle. Un homme qui a accompagné ma petite vie, en particulier le temps de mon enfance et de ma jeunesse, à la fois comme homme de télévision (toute nouvelle encore) mais aussi comme l’un de ceux qui m’a appris à aimer le cinéma. 

    PIERRE TCHERNIA - CLAP DE FIN

    Pierre Tcherniakowski, de son vrai nom, né le 29 janvier 1928 à Paris, a grandi à Levallois-Perret. Son père, ingénieur, est un immigré ukrainien. Sa mère est couturière. Il avait participé, à l'ORTF, à la création du premier journal télévisé en 1949 qu'il avait ensuite quitté en 1955 pour devenir animateur d'émissions de variétés (La clé des champs, La boîte à sel). Il collabore à Cinq colonnes à la Une, présente La Piste aux étoiles à partir de 1965, L'Ami public numéro 1 (consacré à l'univers de Walt Disney), SVP Disney, qui a marqué le jour de Noël de 1964 à 1978. Il lance aussi en 1966 un jeu télévisé consacré au cinéma, Monsieur Cinéma, qui teste les connaissances de candidats sur le 7ème art, et devient une émission culte. Avec cette émission et celles qui lui succèdent (Jeudi cinéma, mardi cinéma…), il transmettra pendant 20 ans son amour du cinéma et finira par incarner le grand écran sur le petit. Il y gagne le surnom de Monsieur Cinéma, alors que ce terme désignait en fait le gagnant du jeu. Journaliste, animateur, Pierre Tchernia était aussi réalisateur. Il a mis en scène cinq œuvres de Marcel Aymé (dont Le Passe-muraille et Héloïse) pour la télévision, et réalisé Le Viager, Bonjour l'angoisse, La gueule de l’autre. Mais il passe aussi de l’autre coté de la caméra et devient acteur dans une vingtaine de films. Il a participé à l'adaptation de plusieurs albums d'Astérix en animation, prêtant sa voix à la narration de plusieurs films de la série. Il a également participé avec Goscinny et Morris à la réalisation, au scénario et aux dialogues du long-métrage Lucky Luke : Daisy Town. On le retrouve à la télévision, aux côtés d'Arthur, pour l'émission Les Enfants de la télé de sa création, le 17 septembre 1994 sur France 2 jusqu'en juin 2006 sur TF1, l'émission se poursuivant sans lui depuis lors. Le 18 mai 2008, il fait sa dernière apparition télévisée, en tant qu'invité dans l'émission de France 2 Vivement dimanche présentée par Michel Drucker. 

    MONSIEUR CINÉMA  PIERRE TCHERNIA ET SON PUBLIC  PIERRE TCHERNIA & MICHELINE DAX

    Je voudrai profiter de ces quelques lignes pour souligner un autre aspect reconnu de tous ceux qui l’ont fréquenté. Pierre Tchernia était un homme gentil, simple et, comme l’évoquait Bruno Masure dans un tweet ce même samedi, quelqu’un qui ne se prenait pas au sérieux. Je disais « un » et non « quelques » car il me semble que tout cela forme un tout, forgeant une vraie personnalité authentique tant à l’écran que dans la vrai vie. Un homme d’une grande culture, qui rassemblait… Il faisait un peu partie de chaque famille, quelques soit leurs milieux d’origine, en étant aussi surnommé parfois, utilisant encore un titre de l’une de ses émissions, l’ami public n°1, avec sa mine bienveillante comme d’ailleurs ses amis Goscinny et Uderzo savaient le caricaturer dans plusieurs albums d’Astérix. Et un ami… punaise… ça fait du bien !

    Ce savoir faire pour unir plutôt que diviser on l’a vu évidemment en premier lieu apparaitre dans un combat entre petit et grand écran que lui ne souhaitait pas et au contraire a su vaincre. Le grand trouvait sa place dans le petit et même plus encore, y trouvait de nouvelles lettres de noblesse. La télévision tend à nous donner aujourd’hui d’autres modèles de journalistes et animateurs. La bêtise l’emporte sur la culture et l’agressivité sur la bienveillance. Comme si d’ailleurs la culture était forcément rasoir et la bienveillance rimait nécessairement avec mollesse, hypocrisie et soumission. Ce qui « buzz » se situe d’avantage dans les clashs, affrontements et dénonciations (quoique les chats ont encore la faveur et restent les vrais héros de la toile J). Il y a sans doute un juste milieu dans tout ça. D’ailleurs, là aussi, Pierre ne divisait pas non plus les générations d’animateurs et c’est ainsi que les plus jeunes d'entre nous ont pu profiter de sa présence avec Arthur. Celui qui commença sa carrière en se présentant comme « le plus cons des animateurs de la bande fm » a beaucoup appris à ses côtés. Il disait d’ailleurs que pour Magic Tchernia, comme il l’avait baptisé, « c'était un plaisir de faire de la télévision, et pas un métier ». 

    PIERRE TCHERNIA & ARTHUR

    Une choses est claire, des figures comme celle de Pierre Tchernia manquent cruellement sans faire preuve de nostalgie absurde ou de « c’étaitmieuxavantisme ». Enfin manquent… lui restera quoiqu’il en soit dans les mémoires, les archives, déclenchant sourires et souvenirs façon « madeleine de Proust ».


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  • À l'occasion de la sortie du nouveau livre de Jonathan Hanley "Quand Dieu fait route avec nous", je vous propose cet entretien avec lui pour aller un peu plus loin.

    JONATHAN HANLEY

    Jonathan Hanley habite près de Dinan en Bretagne. Après avoir œuvré au Pakistan parmi les réfugiés afghans, il a travaillé avec les Groupes Bibliques Universitaires puis exercé en tant que pasteur en Provence. Il a poursuivi pendant une quinzaine d’années un engagement auprès des malades du Sida avec l’association Signe de Vie-Sida. Il anime le comité de sélection des Éditions-LLB (Ligue pour la Lecture de la Bible) et contribue régulièrement à plusieurs périodiques, dont Le Christianisme Aujourd’hui. Écrivain et traducteur apprécié, il est l’auteur de la série Un pasteur dans la poche ainsi que des livres Une église rayonnante, Vers une foi sereine et La maison de la grâce publiés aux Éditions Farel.

     

    - Qu’est-ce qui vous a motivé à entrer dans l’écriture de ce nouveau livre ?

    Depuis que mon premier livre a été publié en 2003, je suis toujours en train d’en écrire. Dans l’écriture, je trouve un outil qui me permet de mettre un peu d’ordre dans mes interrogations, mes découvertes et mes réflexions. J’ai la chance d’avoir un éditeur qui est content de me publier. J’ai toujours été interpelé par la tension entre le désir de sédentarité et l’attrait du voyage. Mon livre précédent traitait de la sédentarité et de l’habitation (La Maison de la grâce, Farel, 2008). Alors celui-ci traite du voyage et de la route.

     

    - Un livre qui parle de la route, du cheminement personnel… mais vous utilisez parfois le terme pèlerinage. Ce n’est pas forcément un terme fréquent dans le langage évangélique. Comment l’abordez-vous personnellement ?

    Je pense que si le terme pèlerinage n’est pas fréquent dans le langage évangélique, c’est par réaction contre l’idée qu’il serait méritoire ou pourrait participer à notre salut. Mais le pèlerinage compris simplement comme un voyage de découverte spirituelle devient une belle invitation de la part de Dieu. La Bible est remplie de tels voyages où l’être humain approfondit sa connaissance de Dieu en cheminant avec lui. Abraham, Moïse, les prophètes, les disciples de Jésus, Paul… si souvent en route !

    De plus, j’aime explorer certaines formes de piété qui ne sont pas habituelles dans ma tradition évangélique. Nul n’est tenu à sa tradition du moment que la relation avec le Christ est posée.

     

    - Autre mot prégnant dans votre écriture (et pas seulement dans cet ouvrage) c’est « grâce ». Que représente-elle concrètement pour vous ?

    La grâce m’interpelle depuis que j’ai commencé à en percevoir la richesse. Elle est cet aspect de l’amour de Dieu qui ne peut pas être mérité ou gagné. Je suis tellement imparfait, et plein de questionnements. Je suis heureux de me savoir aimé par Dieu tel que je suis. C’est ça la grâce.

     

    - Évoquer la route me fait penser à un autre livre qui a marqué la fameuse "beat-génération". Le roman autobiographique de Jack Kerouac « Sur la route » avec chez lui aussi de la spiritualité, une grande place aux arts, la musique, la littérature, sa propre histoire au cœur de cette route, etc. On en est évidemment loin avec « Quand Dieu fait route avec nous », du moins dans la finalité. Mais que vous inspire cette évocation ? Serait-ce une forme de réponse à Kerouac ?

    Pas spécialement une réponse à Kerouac, mais c’est bien ma petite réponse à tous les auteurs et artistes qui élargissent mes horizons par leur créativité (et Kerouac en fait effectivement partie). Les gens comme lui m’interrogent, m’empêchent de me satisfaire de réponses superficielles, et me poussent à écrire.

     

    - Justement à propos de culture… les arts semblent profondément inspirer votre réflexion et j’oserai dire, influencer votre route. Beaucoup d’artistes séculiers notamment. Qu’auriez-vous à en dire ?

    Ils sont si nombreux à parler du cheminement, d’une intranquillité de l’âme. Même s’ils ne le savent pas, c’est Dieu qu’ils cherchent. Lorsque j’ai lu Ernest Hemingway, j’ai appris qu’il avait été élevé dans une tradition chrétienne, mais sans grâce. J’avais l’impression qu’il posait les bonnes questions, mais n’avait pas les bonnes réponses. Tout le temps, je cherche à assembler les bonnes questions de l’art et de la littérature avec les bonnes réponses que je trouve dans l’Évangile. En Europe, l’œuvre de gens comme Bashung évoque chez moi ce même sentiment, ou Michael Haneke, Agnès Varda, ou même Coluche. Au fil des années, j’ai eu le privilège de m’entretenir en profondeur avec de nombreux créateurs et artistes, notamment dans le milieu du rock. Parfois des personnes très anti-chrétiennes. J’ai souvent constaté qu’elles n’avaient jamais vraiment eu l’occasion de s’entretenir avec un chrétien ou une chrétienne disciple de Jésus. C’est triste.

     

    - Des routes très différentes les unes des autres à vivre individuellement, mais un seul chemin vers Dieu bibliquement… Comment rejoindre l’un et l’autre ?

    Il me semble retrouver la même tension dans le fait que tout être humain porte l’image divine. Nous sommes tous créés à l’image de Dieu, pourtant nous sommes si différents les uns des autres ! Un seul chemin d’accès à Dieu – Jésus. Mais tellement de cheminements différents avec lui ! Ce qui répare l’image divine faussée par le mal, c’est quand une personne laisse Dieu accomplir son œuvre du salut dans sa vie. De même, ce qui donne du sens à notre voyage, c’est de faire la route avec le Christ.

     

    Quand Dieu fait route avec nous

    "Quand Dieu fait route avec nous"

    Le cheminement spirituel est une réponse aux aspirations de l’âme humaine. Au fond de nous, l’appel au voyage de la foi ne cessera pas tant que nous ne saurons pas l’entendre et réagir. Nous nous tournons souvent vers Dieu pour lui demander la réponse à nos questions, le soulagement d’une peine ou la satisfaction d’un besoin. Mais il nous surprend parfois, car au lieu de nous donner ce que nous réclamons, il nous invite à prendre la route avec lui.

    C’est ainsi que le nouveau livre de Jonathan Hanley nous est présenté. Publié aux éditions Farel, avec une jolie recommandation de l’auteur Philip Yancey, Quand Dieu fait route avec nous se construit dans une analyse spirituelle et en même temps très humaine autours de la notion du cheminement, de l’itinéraire voire même du pèlerinage où le facteur grâce est sans cesse opérant. Jonathan puise dans son expérience personnelle et sa riche culture. Littérature diverse, art pictural ou musique contemporaine deviennent supports, argumentations ou repères sur le chemin. On prend un vrai plaisir à le lire mais, qui plus est, on se retrouve aussi à réfléchir sur soi, sur Dieu, et sur le mouvement nécessaire pour que notre foi vive et se développe par grâce… et tout ça fait beaucoup de bien !

    Auteur : Jonathan Hanley

    Éditeur : Farel

    Pages : 208

    Tarif : 15 €

     


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