• Il est des connexions parfois surprenantes, inattendues. Celle personnelle avec ce livre et son auteur par une virtualité "tweetesque" qui devient réelle lorsque le livre arrive dans la boite aux lettres, qui en rejoint une autre, celle que connaît Duane, le héros de ces pages, avec un passé sombre et douloureux. Des vagues enchaînées qui deviennent ensorcelantes et interpellantes à la fois.

    LES VAGUES ENCHAÎNÉES

    Duane Pulvar est un jeune Créole parisien du quartier d’Alésia, endroit agréable, vert et ensoleillé en cette saison d’été. Prospère, il est propriétaire d’un magasin de jeux vidéos qui fait recette. Il a une femme charmante et a deux adorables enfants. Une vie paisible. Mais un jour tout bascule... Des démons du passé surgissent dans ses cauchemars. Son cousin Rémy doit alors le questionner et l’entendre longuement conter l’horreur d’un épisode de l’histoire de l’humanité. Même si l’ancêtre de Duane veille sur lui et sa famille, les vies des hommes noirs, blancs, métis d’une époque révolue sont fauchés par une lame d’acier et la haine d’Aromos le cruel marin espagnol. Le bruit de l’esclavage résonne tel un grognement du mal, tourbillonnant dans la tête de Duane, seul, entre sa réalité où il a tout détruit et cette effroyable porte temporelle. Ce passage vers l’horreur, se refermera-t-il ?

    Ce deuxième roman de Rémy Pulvar se laisse dévorer au rythme de la marée au montant, comme une vague qui avance et ne semble pouvoir s'arrêter. Comment refermer ces pages sans aller au bout du récit et en connaître plus. C'est sans doute l'une des grandes forces qui transpire de l'écriture de Rémy, celle de nous captiver à la fois par le rythme, les mots mais aussi le fond qui porte le tout. Une histoire qui nous plonge dans l'horreur la plus grande de l'humanité... celle de l'esclavage, d'une négation de l'autre, de celui qui est pourtant comme moi mais qui me paraît autre. La bassesse la plus élevée du cœur humain finalement qui a marquée l'histoire mais qui, hélas, continue d'être, sous diverses formes, une réalité trop grande de notre monde actuel (30 millions de victimes estimées aujourd'hui). Un présent qui fait écho à un passé... et qui peut-être sans doute ainsi entendue aussi dans ce roman qui devient alors parabole.

    Si l'histoire est inévitablement éprouvante, une vraie force d'amour transpire aussi de l'écriture de Rémy Pulvar. Un amour qui prend vie et forme en particulier dans les descriptions de la relation entre Duane et Edwige, sa compagne. De la violence de l'expérience surnaturelle que subit Duane on retombe inlassablement dans la douceur des regards, des gestes, du souffle des étreintes du couple mais aussi la tendresse d'une famille, d'un père avec ses enfants. C'est la complicité d'un père et de son fils qui devient force... une histoire de transmission donc également, d'héritage... de ceux que l'on bâtit mais aussi des autres que l'on porte en soi, sans même parfois le savoir.

    Merci Rémy pour ce moment entre deux mondes... quand à vous qui me lisez, laissez-vous donc tenter par l'aventure, laissez-vous entraînées par ces vagues enchaînées, ensorcelantes, dangereuses mais bouleversantes.

     

    Informations bibliographiques

     

     


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  • Ce qu’on appelle depuis tant de temps les dix commandements sont à vrai dire dix paroles simples, amoureuses et lisibles, qui sèment aujourd’hui encore possiblement pour chacune de nos vies du sens, de l’amplitude, de l’émerveillement. Ces dix paroles ne sont pas de l’ordre de la morale, de l’avoir ou du devoir ni même de l’interdit ou d’une forme de loi : le fondement des ces dix paroles, c’est l’être, et le langage de l’être comme une forme d’éthique qui consiste à regarder le monde, à le connaitre, à le construire. Comment pouvons-nous être plus, comment pouvons-nous être meilleurs, comment pouvons-nous être pleinement humains ? Les dix paroles fondent une dynamique de vie et de désir en chaque être humain, la joie d’être et de pouvoir enfin dire j’existe, dire je suis.

    Ce sont les mots qui introduisent 10 paroles un album composé, réalisé et interprété par l’artiste belge Vincent Smetana, appelé aussi à devenir une série vidéo homonyme que l’on a hâte de découvrir.

    10 PAROLES Jaquette CD

    Smetana nous a toujours gâté par une créativité débordante et très diverse. Auteur, musicien, chanteur, beau parleur… mais aussi photographe, réalisateur, acteur, formateur… les mots s’emballent avec lui tant pour parler de lui que pour s’échapper de sa bouche et surtout de son cœur. Car, même si cela n’est évidemment pas le plus visible au premier regard, le cœur est primordial avec Vincent. Un cœur pour dire d’abord son amour des mots, du verbe, de la parole ou des paroles en l’occurrence cette fois-ci… Chacune de ses œuvres dévoile aussi un peu de son hyper sensibilité et cet album y participe allègrement. Une sensibilité qui se communique, qui touche, qui interpelle aussi. Car comment ne pas être interpellé soi-même par ces 10 paroles si bien illuminées de rythmes, de  notes et ambiances musicales, de claquements de mains… cette architecture sonore au cœur duquel se pose la vibration de ces 10 paroles comme une trajectoire d’intériorité, d’intimité de la relation à l’auteur (dixit Smetana). Et bien évidemment il y cette voix chaude, qui devient plus grave encore là et pourtant si douce à la fois.

    Cette douceur est, il me semble, primordiale dans ce projet. Une forme de quiétude s’installe tranquillement au fil des plages de l’album même si quelques dissonances viennent la taquiner par instant pour rappeler sans doute nos failles qui sont aussi mises en contact avec le sens profond du texte. Laisser, quitter, oublier ce côté légaliste du commandement est alors nécessaire. Smetana nous y invite… nous y pousse avec tact… et nous fait ainsi découvrir ces 10 paroles autrement, ouvrant un panorama renouvelé et apaisé.

    Vincent Smetana

    Et puisque les mots coulent si facilement de la plume de l’artiste… laissons-le conclure : La vie évoque le mouvement. Ces paroles portent une dynamique, une insistance répétée sur le désir d’avenir, le projet d’un futur qui porte chaque existence. La parole est là pour mettre le corps en mouvement. S’arrêter, c’est mourir. L’être vivant ne se conjugue pas seulement au présent mais aussi au passé et au futur. La vie est une tension entre la mémoire et l’avenir, entre hier et demain, transmission entre père et fils, passage dynamique d’un point à un autre, d’une promesse à sa réalisation toujours suspendue. On est dans une histoire qui continue et imprime une attente. Tel est le mystère de ces dix paroles sans pareilles : semer et donner à comprendre de nouveaux éclats de sens, un sens sans pareil et qui nous émerveille. Refus de l’image, apprentissage du silence, désir de relations saines. 

    Pour aller plus loin et acheter l’album : http://territoiresintimes.be

    Disponible sur les plates-formes habituelles de téléchargement légal


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  • Le temps des vacances est toujours un moment propice pour se plonger dans les pages d’un livre, et, de préférence pour moi, de romans ou récits plus légers. Cette année,  ce sont, entre autre, quelques heures avec Annie Ernaux que j’ai pu passer au travers de « Regarde les lumières mon amour », sorti en mars 2014 aux éditions du Seuil, dans la collection « Raconter la vie ». 

    Regarde les lumières mon amour

    Il ne s’agit pas d’un roman en fait, mais d’une sorte de surprenant journal de bord racontant une année de passages réguliers dans un lieu bien précis : le supermarché AUCHAN du centre commercial des 3 Fontaines à Cergy-Pontoise dans le Val d’Oise.

    Auchan Centre commercial des trois fontaines

    Curieuse sensation d’accompagner une inconnue dans un lieu comme celui-là, qui plus est quand vous le connaissez, vous aussi, parfaitement bien et l’avez pratiqué pendant tant d’années, et même, comme l’auteure, avez connu cet endroit avant même qu’il ne voit le jour. Les pages deviennent alors images, odeurs, bruits familiers. Surtout quand tout cela est dépeint avec tant de qualités. Si la grande surface est pour le commun des mortels un lieu de passage pour accomplir la corvée des courses, remplir le caddie et, par la même occasion, les frigidaires et autres placards de la maison, elle devient pour Annie Ernaux un « grand rendez-vous humain », la scène d’un véritable spectacle. Avec son regard différent, c’est le nôtre qui s’ouvre aussi pour observer des scènes du quotidien, des gestes que l’on connaît, des situations déjà vues et y contempler autre chose… réfléchir autrement. Auchan devient alors, sans le savoir, l’espace d’une étude sociologique qui se veut, on le comprend, sans véritables prétentions mais qui pourtant amorce une réflexion profonde, jamais trop pesante et pleine de délicatesse.

    Oui délicat est sans doute l’adjectif qui convient bien. Mais cela ne veut pour autant pas dire que Annie Ernaux manie une sorte de langue de bois bien-pensante ou s’amuse seulement à jeter quelques couleurs vives ça et là… Non, le ton est extrêmement juste et parfois même acide ou en tout cas net et précis. C’est ainsi que régulièrement des chiffres, des éléments d’actualité ou d’économie viennent s’apposer à son regard tendre sur les personnages, héros inconnus de ces rayons et de ces caisses.

    Et justement, si l’espace scénique, la grande surface, se retrouve étudiée par Annie Ernaux, analysée dans son fonctionnement, ses stratégies, et par là-même toute une frange de la société et des fonctionnements économiques contemporains, ce n’est pas tant Auchan qui est le cœur de ce journal mais surtout l’humain, le client, le visiteur, le passeur… Il est blanc, jaune, noir (et Annie assume les couleurs !)… Il ou elle (plus souvent elle finalement dans ces grandes surfaces) est parfois arabe… Solitaire ou en famille… Désargenté ou bourgeois… C’est l’hétéroclisme de la société banlieusarde qui se retrouve ensemble dans un espace commun, se dévoilant les uns aux autres, livrant ses secrets et sa vie intime sur un tapis roulant de caisse… S’ignorant ou parfois essayant de lier contact… C’est la vie qui est là et jaillit à chaque instant, à chaque page de ce petit livre magnifique à déguster comme un mets délicieux que l’on aurait acheté, par exemple, au supermarché du centre commercial d’à-côté…

    lire à la plage

     

     

    Pour aller plus loin : raconterlavie.fr/collection/regarde-les-lumieres-mon-amour 


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  • Pour ce premier billet post festival de Cannes, nous resterons dans l'image animée. Une auto-promo qui ne fera pas de mal (du moins je l'espère)... histoire de vous faire découvrir mon dernier clip sur un titre extrait du double album PAROLE - Grand retable de la vie du Christ : Pleurs sur Jésrusalem.

    Si vous ne connaissez pas ce concept-album qui est devenu aussi un spectacle mélangeant musique, poésie, chanson, danse et vidéo, le plus simple est de passer par www.parole-slam.com où vous en aurez toute la présentation détaillée.

    Concernant ce titre, il s'inscrit dans la deuxième partie de l'œuvre, juste après que Jésus soit entré dans Jérusalem, acclamé par la foule et peu de temps avant de commencer plus précisément son cheminement vers la croix et la résurrection.

    Luc 19.41-4 4 :

    41Jésus approche de Jérusalem et il voit la ville. Alors il pleure à cause d'elle. 42Il dit : « Jérusalem, tu n'as pas su aujourd'hui comment trouver la paix. Hélas ! Maintenant, tes yeux n'ont pas voulu voir. 43Le moment va venir pour toi où tes ennemis construiront un mur pour t'attaquer. Ils vont se mettre autour de toi et te serrer de tous les côtés. 44Ils vont t'écraser, toi et tes habitants. Ils ne te laisseront pas une seule pierre sur une autre. En effet, tu n'as pas reconnu le moment où Dieu est venu pour te faire du bien. »

    Le texte de "Pleurs sur Jérusalem" est d'Arnaud de Mareuil / Composition musicale : Cédric Delalande / Images concert : Emmanuel & Matthieu Nochelski / Sur scène, pour ce titre : Claviers : Gregory Boutinon - Guitare : Cédric Delalande - Basse : Jérémie Nau - Batterie : Rachid Hausaman / Percussions : Nadiège Gadreau / Voix : Jean-Luc Gadreau


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  • Monter une pièce à la maison, c’est un peu ce que vient d’expérimenter le poitevin Matthieu Roy avec « Martyr », la dernière pièce du dramaturge allemand Marius von Mayenburg, qu’il vient de présenter pour la première fois en France au TAP à Poitiers avant de partir pour une tournée nationale. Un texte fort qui aborde, en premier lieu, une certaine lecture fondamentaliste du texte biblique conduisant un adolescent à une radicalisation outrancière qui influe sur toutes ses relations.

    MARTYR

     

    Parce qu'il ne veut soudain plus assister aux cours de natation de son lycée, Benjamin révèle à son entourage le bouleversement mystique qu'il traverse. Habité par les Saintes Écritures, le jeune homme se retranche dans la lecture de la Bible et de son interprétation de Dieu qu'il n'a de cesse d'opposer à sa mère et ses professeurs. Petit à petit, le lycéen se drape dans des habits de « martyr » dans une lutte idéologique, philosophique et morale qui perturbe le quotidien de son établissement.

     

    Si le thème peut sembler ardu, finalement on se retrouve d’avantage face à une comédie qu’à un véritable drame. Les tensions entre les personnages qui finalement ne s'écoutent plus, ne cessent de créer des quiproquos et des situations burlesques voire ridicules. Et si une certaine approche de la religion (je dis bien certaine car heureusement minoritaire) cherchant à « utiliser Dieu à sa sauce » ou à utiliser le texte comme une épée plus que comme une lettre vivante est le point de départ du récit, beaucoup d’autres thématiques sont aussi abordées. Un ami me disait à la sortie : « Vraiment tout le monde en prend pour son grade ! »… le système éducatif, le prêtre et l’Église, la puissance de la manipulation, le couple et la monoparentalité, l’antisémitisme, une certaine approche de la sexualité également, sans oublier assez globalement l’adolescence et la jeunesse où le faible, le handicapé, le « différent » est celui que l’on jette… Des tas de sujets qui se rencontrent, se bousculent pendant 1 heure 15.

    MARTYR

    Alors, forcément beaucoup de caricatures volontaires apparaissent, mais toujours portées pas une magnifique mise en scène, réglée au couteau où l’ambiance sonore, le choix de décor, les lumières et le ton des acteurs ne permettent jamais que l’histoire devienne farce mais reste constamment finement mené sur un fil tendu entre drame et comédie.    

     

    Concernant la dérive fanatique, Matthieu Roy s’attarde sur « le mécanisme de la radicalisation qui permet de faire dire tout et n'importe quoi aux écritures. Une radicalisation qui se fait par étapes. » Il est vrai que l’on chemine avec l’histoire, on avance dans ce mécanisme désastreux comme Benjamin lui-même s’enfonce, se découvre (au sens littéral comme au figuré), prend de l’assurance… on entre et on sort au rythme haletant des acteurs et de ce rideau de fond de scène qui devient lui-même un peu le cœur de l’histoire.

     

    Un coup de chapeau également à l'excellente initiative du TAP d'avoir proposé cette pièce en langue des signes au travers de deux comédiennes qui, sur le bord de la scène, rejouaient l'histoire en parallèle et au plus proche de l'action. Magnifique !

     

    Une pièce à découvrir, pour nous rappeler peut-être que la foi est autre part, autre chose, autrement… 

    MARTYR


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