• FRUITVAL, LA STATION DE NON RETOUR

    Cinq ans, jour pour jour, après les faits réels, sort sur les écrans français l'adaptation du tragique fait divers de Fruitvale Station.

     

    Photo film Fruitvale Station

    Le 1er janvier 2009 au matin, Oscar Grant, un afro-américain de vingt deux ans, est abattu par un policier d'une balle dans le dos à la station de Fruitvale à Oakland, près de San Francisco, dans la confusion d'une bagarre au retour d'une sortie avec quelques amis et sa fiancée pour participer au feu d'artifice du nouvel an.

     

    L'agent de police incriminé, arguant qu'il avait confondu son arme et son taser, a finalement été condamné pour homicide involontaire à deux ans de prison et en est sorti quelques mois après. L'affaire, filmée par les caméras de surveillance du métro, puis le verdict du procès ont déclenché des vagues de protestation, parfois violentes, attisées par les images du drame diffusées en boucle sur les chaînes de télé et sur le web.

     

    Ryan Coogler, jeune cinéaste de vingt sept ans originaire précisément d'Oakland, en a tiré un film, son premier, faisant le choix de raconter les vingt quatre heures qui ont précédé cette tragédie. Cette dernière journée lui permet de nous dessiner le portrait extrêmement attachant d'un jeune noir de San Francisco qui est loin d'être parfait, qui se pose beaucoup de questions sur sa vie, mais surtout qui n'est pas un mauvais garçon, ni un mauvais père. Ce que le réalisateur nous dit là finalement, sans vouloir faire de son travail un film polémique, c'est qu'Oscar ne méritait pas de finir comme cela.

     

    Les faits de société, faits divers ou autres problèmes de fond peuvent nous faire perdre la réalité d'existences individuelles, d'histoires personnelles. Ils ont tendance à nous focaliser sur l' « angle majeur » du problème mais oublier la personne et sa réalité propre. Ryan Coogler (épaulé à la production par l'excellent Forest Whitaker) fixe précisément sa caméra habilement en contrechamps du récit. Nous retrouvons alors Oscar dans son cheminement personnel, une vie encore brouillonne, avançant par toutes de sortes de détours vers un rêve tranquille : se marier, et d'abord trouver comment acheter la bague. Et on le suit alors avec sa maman qui prie et qui ne veut pas renoncer, on a même envie de l'épauler dans ses combats contre ses « vieux démons » qui tentent de surgir à tout moment... jusque dans cette nuit où la tragédie éclate et bouleverse. Oscar meurt et le film revient à des informations récapitulatives : le policier qui avait tiré a été condamné et a fait très peu de prison. L'affaire a été classée.

     

    Voilà un film qui fait mémoire et qui nous donne à réfléchir. C'est d'ailleurs l'un des points forts d'un cinéma contemporain que j'apprécie et qui ne se satisfait pas de simplement distraire ou faire bien, mais qui nous entraine dans une quête personnelle, ne nous délivre pas forcément des réponses mais pose d'importantes questions. Ce film en fait partie et il touche aussi avec force nos émotions. Même avec des parcours bien différents, nous avons tous un peu d'Oscar Grant en nous. Nous ne pouvons rester insensible à sa vie, à ses échecs, à ses bonheurs et à sa fin. Quand les questions de racismes ressurgissent régulièrement dans les médias, quand la peur de l'autre devient un argument ou une arme politique... alors on se dit que des films comme « Fruitvale Station » font du bien et sont nécessaires. Et d'ailleurs plusieurs festivals ne se sont pas trompés et ont déjà remis plusieurs prix élogieux : Grand prix du Jury et prix du public à Sundance, prix du public et de la révélation Cartier à Deauville.

     

    Sortie en salle : 01-01-2014

    Durée : 85 min

    Scénario et réalisation : Ryan Coogler

    Production : Forest Whitaker & Nina Yang Bongiovi

     

    Avec : Michael B. Jordan, Melonie Diaz, Octavia Spencer, Kevin Durand...

     

    Affiche Fruitvale Station

     


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