• K.O. DEBOUT AVEC DOGMAN, WHITNEY ET CAPHARNAÜM

    Il peut arriver parfois à Cannes, où le soir, en éteignant la lumière, on se dise : « bof, c’était moyen aujourd’hui ». Rien n’est absolument parfait. Le cinéma est en plus subjectif… tout ça s’entant très bien. Mais d’autre fois aussi, comme ce soir, on a le sentiment d’être K.O. debout par un enchainement de films qui vous bouleversent, vous marque au plus profond des tripes. DOGMAN, WHITNEY et CAPHARNAÜM m’ont fait cet effet. Et sans tarder, j’aimerai vous en dire quelques mots, quitte à revenir plus en détail sur l’un ou l’autre, un autre jour.

    La journée s’est ouverte au Grand Théâtre Lumière pour la presse avec la projection de DOGMAN de l’italien Matteo Garrone, à qui l’on doit déjà pas mal de choses très intéressantes. Je pense, par exemple, à Gomorra, Reality ou Tale of Tales.

    dogman

    Dogman, c’est l’histoire de Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, dans une banlieue déshéritée. Il voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer sa vengeance... 

    Matteo Garrone nous propose ici un drame radicalement sombre et désespérant. C’est une pure tragédie mais qui s’illumine au travers du personnage principal interprété par Marcello Fonte, un rôle qui pourrait tout à fait lui valoir le prix d’interprétation masculine. Un homme bon et bienveillant, qui s’arrange gentiment avec certaines lois mais qui demeure tendre et affectif. Face à lui une brute épaisse, cocaïnomane de surcroit, va lui livrer une véritable guerre psychologique et ultraviolente jusqu’à un dénouement terrible tant concrètement que psychologiquement.

    Un grand bravo à Matteo Garrone pour une superbe photographie et surtout une construction du scénario remarquable.

    Dès la fin de Dogman, direction la petite salle Bazin dans le Palais pour découvrir WHITNEY, le documentaire hors compétition de deux heures sur la vie de Whitney Houston réalisé par le britannique Kevin Macdonald. Un cinéaste habitué du genre qui a d’ailleurs reçu l’Oscar du meilleur documentaire en 2000 pour "Un jour en septembre", sur la prise d'otages aux JO de Munich en 1972.

    whitney

    Le documentaire WHITNEY est un portrait intime de la chanteuse et de sa famille, qui va au-delà des unes de journaux à scandales et qui porte un regard nouveau sur son destin. Utilisant des archives inédites, des démos exclusives, des performances rares et des interviews originales avec ceux qui la connaissaient le mieux, le réalisateur Kevin Macdonald se penche le mystère qui se cachait derrière ‘La Voix’ qui a enchanté des millions de personnes alors qu’elle-même ne parvenait pas à faire la paix avec son passé.

    "Le diable a essayé de m'attraper plusieurs fois. Mais il n'a pas réussi" raconte Whitney Houston sans savoir à l'époque qu'elle finirait par sombrer. Une vie d’ailleurs ou Dieu et diable semblent se confronter constamment.

    Coup de chapeau à Kevin Macdonald pour la confiance qu’il a su mettre en place avec l’entourage de l’artiste afin d’arriver à de véritables confessions qui permettent notamment d'expliquer les problèmes d'addiction dont souffrait Whitney. On apprend ainsi, et ce pour la première fois, qu’elle avait été agressée sexuellement dans son enfance par sa cousine, la chanteuse soul Dee Dee Warwick.

    Un superbe documentaire qui joue entre la carte biopic et le sujet d’investigation. Un montage de grande qualité qui nous permet de retrouver toute la beauté physique et vocale de cette immense star mais capable aussi de nous tirer quelques larmes tant l’histoire tourne vite au drame.

    Enfin, ce soir, au théâtre Debussy, ce fut l’énorme claque émotionnelle avec CAPHARNAÜM, le nouveau long métrage de Nadine Labaki qui pourrait tout à fait devenir la deuxième réalisatrice a recevoir la palme d’or après Jane Campion et sa Leçon de piano. Bouleversant ! Le mot résume mon impression à la sortie de la projection. 

    capharnaum

    Capharnaüm raconte le périple de Zain, 12 ans, qui décide d’intenter un procès à ses parents pour l’avoir mis au monde alors qu’ils n’étaient pas capables de l’élever convenablement, ne serait-ce qu’en lui donnant de l’amour. Le combat de cet enfant maltraité, dont les parents n’ont pas été à la hauteur de leur rôle, résonne en quelque sorte comme le cri de tous les négligés par notre système, une plainte universelle à travers des yeux candides...

    Un film construit autour premièrement de la question de l’enfance maltraitée, allant jusqu’à poser la question on ne peut plus pertinente : « pourquoi donner la vie quand on n’est pas en mesure de l’assumer ? ». Mais Capharnaüm évoque aussi les migrants par le biais du personnage de Mayssoun et les sans papiers au sens profond de l’expression. Car Zain n’a véritablement aucun papier depuis sa naissance… il n’existe pas au sens légal du terme induisant par la même un certain nombre de conséquences psychologiques et relationnelles.

    Un film réalisé admirablement par Nadine Labaki. Il faut noter que tous les acteurs sont des gens dont la vie réelle ressemble à celle du  film. Il en ressort un sentiment d’authenticité assez rare et la performance du jeune Zain Al Rafeea dans le rôle de Zain est purement exceptionnelle. Capharnaüm est un film dont on ne ressort pas indemne mais qui, malgré la teneur on ne peut plus triste et douloureuse, fait aussi le choix du pari de l’espérance finale.


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