• L’un de mes coups de cœur du dernier Festival de Cannes (reparti hélas et curieusement bredouille de la compétition) sort ce mercredi 05 décembre. « Leto », le superbe film du réalisateur russe Kirill Serebrennikov vous tiendra en haleine du début à la fin, les yeux et les oreilles grand ouverts en suivant la naissance du rock underground dans l'URSS de la Perestroïka. 

     

    affiche LETO

    Nous sommes à Leningrad, au début des années 1980. Les disques de Lou Reed et de David Bowie s'échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Zoopark, groupe mené par Mike Naumenko, est sur la scène du club rock de la ville. Mike chante une vie quotidienne sous fond de grisaille sociale et humaine. Dans la salle, les jeunes sont enthousiastes bien que surveillés avec attention par le personnel du club qui les empêche de se lever ou même de se trémousser sur leur chaise. Le cadre est donné… Mike et sa femme, la belle Natacha, rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique. Bientôt Zoopark verra naitre Kino, un autre groupe avec Victor Tsoi à la voix et la guitare. 

     

    Cette histoire qui nous est racontée, se construit avec l’amour comme toile de fond. Un amour d’une grande pureté se révélant aussi dans une soif de créativité quelque peu naïve mais aussi militante, portée par des références constantes… Lou Reed, T-Rex, Marc Bolan, Bowie, Sex Pistols, The Beattles et compagnie… même Blondie est de la partie.

     

    leto  letp

    Un film d’une immense beauté avec un travail de caméra et de photo léchée comme il faut, offrant un noir et blanc magnifié ponctuellement d’effets graphiques ou de couleurs qui accompagnent des sortes d’interludes façon clips vidéo où réalité et fiction se mélangent et où le fantasme prend le dessus sur l’existant. Car si Leto raconte une histoire de quelques héros romantiques ou/et punks, le film s’élargit généreusement et reflète plus généralement une jeunesse éprise de rock et surtout de liberté, qui n’aspirent qu’à créer et s’aimer. Vient s’ajouter également un narrateur sarcastique qui surgit parfois, tel un joker, au milieu des séquences. Une audace qui ajoute à l’air de liberté et de désordre que la mise en scène éblouissante de Serebrennikov restitue à merveille.

     

    Finalement, je pense que Leto est un film à vivre tout simplement, dans lequel on plonge à corps et cœur perdus… et qui vous transmet une énergie folle et bienfaisante. Si l’histoire nous apprend hélas que Viktor Tsoi est mort en 1990 d’un accident de voiture tandis que Mike Naumenko a succombé à une crise cardiaque l’année suivante., leurs noms demeurent et Leto leur rend un splendide hommage.

     

     


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  • (Un article à retrouver en version plus courte dans le n°2 de la Revue de l'UEEL)

     

    Au cours des derniers mois, des personnes travaillant dans les médias, les arts et le spectacle et accusées d’inconduite sexuelle ont été licenciées ou ont vu leurs projets actuels et anciens suspendus, avant même d’ailleurs que la justice ne soit rendue. Ces événements repose une vieille question philosophique autour de l’œuvre et de l’artiste. Sont-ils inséparables ou non ? En élargissant, on pourra aussi réfléchir à la particularité de l’artiste chrétien, ce qui conduira aussi naturellement à s’interroger sur l’attitude attendue du chrétien vis à vis de la culture.

     

    creation

    On dit souvent d’une œuvre d’art qu’elle a un auteur et qu’elle appartient ainsi à un ensemble constituant l’œuvre d’un artiste. Celui-ci est alors considéré comme possédant des dons techniques et un talent lui permettant de donner forme à ses inspirations. Une sorte de supériorité par rapport au commun des mortels tient précisément à cette faculté d’imposer à un support la forme qu’il souhaite pour créer une œuvre inédite, représentant ses aspirations. Par ces différents aspects, l’artiste s’apparente à un maître, et c’est aussi de la sorte que Dieu lui-même devient le Maître par excellence, l’Artiste parmi les artistes. Mais la maîtrise technique ne constitue pas le seul aspect de la relation à l’œuvre, sinon l’artiste ne se distinguerait pas réellement de l’artisan. Se demander si l’artiste est le maître de son œuvre revient donc à interroger la spécificité de la notion d’auteur et à voir si elle s’apparente à une relation de maîtrise, entendue aussi comme contrôle et possession de quelque chose. 

     

    Or, si l’artiste est bien un maître dans son domaine, il ne va pas de soi qu’il soit le maître de son œuvre dans la mesure où elle lui échappe de plusieurs manières et c’est, justement, en cela que réside la particularité de la définition de l’artiste. En premier lieu, l’œuvre n’appartient pas à l’artiste car celui-ci n’en contrôle pas absolument le processus d’élaboration. En second lieu, l’artiste ne maîtrise pas la réception dont son œuvre fait l’objet.

     

    Auteur mais pas maître pour autant

     

    Une œuvre d’art est une création. Elle suppose donc l’existence d’un créateur et s’apparente à une forme de production.  L’artiste crée en fonction d’une inspiration, d’un besoin. Même si on lui passe commande, il demeure relativement libre de faire comme il l’entend. Sinon le peintre ne serait, par exemple, qu’une sorte de décorateur et ce n’est pas le cas. L’artiste est donc bien l’auteur de son œuvre et l’on identifie souvent l’un par l’autre, l’un et l’autre. On dit, par exemple, un Rembrandt, un Picasso (le prénom s’effaçant même discrètement) comme si la personne du peintre s’incarnait dans ses toiles par la grâce d’un style, d’un talent, voire d’un génie singulier qui lui sont propres. 

    Ici s’établit la différence entre l’artiste et l’artisan (ou l’ouvrier) : tous produisent mais l’artisan agit selon des plans et des objectifs souvent préétablis par d’autres. Il doit alors respecter des contraintes techniques beaucoup plus importantes liées à la finalité pratique de ses réalisations. Il ne peut donc pas faire ce qu’il veut et n’est donc pas totalement le maître de sa production. 

     

    Pour autant, il n’est pas aisément possible d’assimiler la notion d’auteur à celle de maître. La relation de maîtrise de ou sur quelque chose implique l’idée d’un contrôle total ou celle d’une possession parfaite de cette chose (dans la lignée d’une relation maître/esclave). Or, être l’auteur d’une œuvre n’implique pas qu’on la possède de la sorte. En effet, lorsqu’il crée, l’artiste ne sait pas toujours où il va, ni ce qu’il fait. Au début d’un poème ou d’une chanson, un auteur choisit des mots pour évoquer les images ou les sentiments qu’il porte en lui mais, très vite, le processus peut s’inverser : les sonorités des mots font surgir de nouvelles images, les mots appellent les mots qui appellent d’autres images et ainsi de suite. Le poète devient presque le spectateur de l’accomplissement de son poème. Il se laisse aller à l’inspiration de son génie. C’est la raison pour laquelle on a souvent identifié le génie de l’artiste à un don divin : à travers lui se tisserait une sorte de relation avec une puissance divine qui nous parlerait par son entremise. L’artiste se trouve alors possédé par son inspiration. Il nous enchante car il est enchanté par les Muses, c’est-à-dire sous le charme et donc comme possédé...

     

    art effet optique

    De plus, l’artiste n’est pas le propriétaire de son œuvre au sens où chaque spectateur ou auditeur est libre d’interpréter et de vivre librement sa relation avec elle. Une musique est recréée à chaque écoute, des significations nouvelles surgissent à chaque lecture d’un texte. Nous sommes libres d’interpréter un tableau comme bon nous semble en nous laissant guider par notre état d’âme de l’instant, par nos impressions, par notre connaissance particulière de l’histoire de l’art... Contrairement à un objet artisanal ou technique, l’œuvre d’art ne s’accompagne pas d’un mode d’emploi indiquant la façon dont il faut l’utiliser et la comprendre. Aussi, l’artiste accepte-t-il d’être dépossédé de son œuvre dès qu’il la rend accessible à autrui. Il apparaît donc que cette forme de don et cette prise de risque soit profondément incompatible avec les présupposés attachés à la notion de maîtrise. L’artiste ne maîtrise pas le destin et la réception publique de son œuvre. 

     

    C’est d’ailleurs souvent là le plus grand défi qui se présente pour l’artiste. Savoir lâcher prise... Loin de s’apparenter à une relation de maîtrise, la notion d’auteur exige, au contraire, la faculté de se détacher de son œuvre. Au cours de l’acte créateur d’abord, l’artiste doit pouvoir se laisser aller à son inspiration et se rendre disponible pour l’accueillir, quitte à abandonner en cours de route ses aspirations initiales. Une fois l’œuvre achevée, il lui faut accepter qu’elle ne lui appartienne plus, au sens où chacun devient à sa manière l’auteur de l’œuvre selon sa façon de l’interpréter, de la vivre, voire d’y être indifférent ou de ne pas l’aimer. L’histoire même de la Création en est un parfait exemple... Dieu observant par étape le processus créationnel qui, s’il vient de lui, semble aussi lui échapper, tout en constatant que les choses sont bonnes ainsi. Puis il lui faudra laisser faire... laisser vivre... l’humanité avec ses forces et ses faiblesses, avec ses propres désirs. C’est notre histoire qui se dessine.

     

    En résumé, la maîtrise technique de son art ne signifie pas que l’artiste est le maître de son œuvre. Il faudrait plutôt dire qu’il en est seulement le maître d’œuvre.

     

    Weinstein, Spacey, Cantat, Gauguin... et les autres

     

    Il y a un an, en octobre 2017 précisément, éclate le « scandale Weinstein ». Le New York Time publie le témoignage d’une dizaine de victimes attestant avoir été harcelées et agressées sexuellement par Harvey Weinstein, personnalité influente de l'industrie du cinéma américain. Dans la foulée de ces révélations, ce sont près de 100 femmes, et surtout actrices internationales, qui ont publiquement déclaré avoir été agressées par le producteur. Au-delà de la chute précipitée de The Weinstein Compagny, l’exclusion de Weinstein de l’Académie des Oscars, le retrait de sa Légion d’honneur ou encore son divorce, la principale conséquence de l’affaire fut sans doute la libération de la parole des victimes, et les mouvements #MeToo et #Balancetonporc. Kevin Spacey, Jeffrey Tambor, Bryan Singer, John Lasseter, Brett Ratner, Gilbert Rozon… Nombres affaires de harcèlement, d’agression et de viol mettant des personnalités du show-bizness ont alors éclaté au grand jour. Mais rien de nouveau sous le soleil me direz-vous. David Hamilton, en son temps, aurait violé des modèles entre 13 et 16 ans. Mickael Jackson aurait abusé d’enfants. Bill Cosby est accusé d’agressions sexuelles par une dizaine de femmes et Polanski et W. Allen, et je pourrais aussi parler de ces enfants stars des années 80 abusés par leurs producteurs... et la liste est longue, longue, longue.

     

    En France, en 2003, c’est le chanteur Bertrand Cantat qui avait défrayé la chronique avec la mort de l’actrice Marie Trintignant, qui succombe sous les coups de son compagnon. Après avoir purgé une peine de quatre ans de prison (8 ans à la base mais avec remise de peine pour bonne conduite), le chanteur ne parviendra jamais pleinement à revenir à son statut passé. Et le 11 juin dernier, l'ancien leader de Noir Désir a dit adieu à la scène, écourtant sa tournée de quelques mois. Devenu le symbole des violences faites aux femmes pour ses détracteurs, le chanteur a cédé sous le poids de la polémique qui lui colle à la peau depuis cette nuit de juillet 2003 à Vilnius. Récemment, Nadine Trintignant déclarait encore à propos de l'homme qui a battu sa fille jusqu'à la tuer. « Je trouve ça honteux, indécent, dégueulasse, qu'il aille sur scène »et lorsqu’une journaliste lui demande si quelqu'un qui a été condamné, qui a purgé sa peine, n'a pas le droit de reprendre son travail et de revenir dans la lumière, elle rétorque : « Pas dans ce travail-là, sûrement pas. Parce qu'il a tué. S'il veut se réaliser en tant qu'artiste, il peut écrire pour des chanteurs qui eux n'ont pas tué... »

     

    Et puis en remontant le temps, les exemples sont aussi nombreux. Juste à titre d’exemple, Picasso était misogyne, Wagner et Céline était antisémites et tout récemment ressortait le cas Gauguin avec la sortie d’un film qui retrace une partie de la vie de l’artiste, générant une petite polémique quant à la pédophilie du peintre passée sous silence dans le film. Nous sommes en 1891, Gauguin 43 ans, alors en Polynésie, entretient une relation avec une jeune fille de 13 ans et l’épouse, avec l’accord de ses parents.

     

    Je pourrai évidemment multiplier les exemples plus ou moins choquants, élargissant aussi au sportifs, politiques, personnes publiques plus largement... certains étant à remettre dans un contexte sociétal différent, d’autres n’ayant jamais été prouvés et beaucoup étant bel et bien avérés et même parfaitement assumés. 

     

    Il me semble voir apparaitre alors un fait. Tous ces cas évoqués (et les autres) n’ont pas engendré les mêmes conséquences. Et l’on peut avoir le sentiment qu’il y ait deux poids, deux mesures en fonctions des personnes et des situations. Tout simplement déjà quand le temps fait son œuvre... les exemples liés à des artistes des siècles passés ne posent souvent guère de problèmes aujourd’hui. On lit du Baudelaire, on se délecte de Wagner, on s’extasie devant un Picasso ou un Gauguin sans évidemment mettre en parallèle les faits qui leurs collent toujours néanmoins à leur peau. Le temps qui passe efface ou du moins estompe les blessures du passé, l’écriture de l’histoire... À l’inverse, le retour extrêmement rapide sur scène de Cantat a sans doute exacerbé les réactions et le rejet. 

     

    house of cards spacey

    Le rapport personnel que nous entretenons avec l’œuvre de l’artiste est un facteur non négligeant. C’est ainsi qu’une majorité de fans de « House of Cards », même touchés par le scandale autour de Kevin Spacey ont difficilement accepté l’arrêt de la série à succès, ce qui, pour tous ceux qui n’avaient pas une accroche forte avec elle, ne gênait bien sûr aucunement. Ajoutons-là qu’en l’occurrence, Spacey était évidemment l’acteur principal, mais, à la différence d’un chanteur, d’un peintre ou d’un auteur, n’en ait pas le maître d’œuvre unique. Autre paramètre donc à considérer... Et puis, avouons-le, la nature même du scandale joue un rôle essentiel dans ce que l’on en retient et induit une réaction plus ou moins forte. J’évoquais l’antisémitisme de Wagner ou Céline, et je pressens que pour certains d’entre nous, cela ne peut être mis au même rang qu’un harcèlement sexuel ou qu’un acte pédophile. Mais pour quelqu’un de directement touché par cette question la parole d’un artiste renommé peut devenir alors une arme terrible et provoquer une blessure saillante. Lorsque des allégations ont été faites contre Woody Allen, Hollywood les a ignorées et, à cause de cela, nous aussi. Il a été pardonné avant même d'être jugé. La mort de Marie Trintignant, actrice aimée du public français et d’une lignée d’artistes renommée, avec une filmographie étalée sur une trentaine d'années durant lesquelles elle aura tourné avec Claude Chabrol, Ettore Scola et Leos Carax, a implicitement joué un rôle important dans l’affaire Cantat. On peut spéculer que si sa compagne avait été une illustre inconnue les choses auraient été plus discrètes et son « absolution » moins compliquée. Je ne juge évidemment pas les faits mais établi une simple constatation concernant nos réactions. Les nombreux scandales mis en lumière ces derniers mois sont aussi le reflet d’une époque où les langues se délient, celles des femmes en particulier, et nous ne pouvons bien sûr que nous en réjouir, surtout quand cela permet de lutter contre le mal, contre l’abjecte. Alors finalement, peser la valeur d'un film, d'une émission de télévision, de concerts, d'un journal télévisé, d'un auteur accusé est presque impossible dans le contexte de la détresse des victimes. Il n’est pas surprenant que les émotions soient fortes. Mais... tout n’est pas simple pourtant.

     

    Au banc des réseaux sociaux

     

    Le sujet que nous abordons-là nous ramène une fois de plus aussi à pointer du doigt les réseaux sociaux. Les réponses aux scandales ont été à couper le souffle dans leur rapidité et leur détermination. Un autre homme puissant dans les médias ou le divertissement est accusé d'être un prédateur sexuel. Il l'admet ou non. Il va faire l'objet d'une enquête... Et tout à coup, son travail - peu importe combien il a plu avant - devient radioactif. La faute notamment à la vitesse de propagation de la rumeur (car tant que la chose n’a pas été prouvée, elle demeure quoi qu’il en soit une possibilité mais rien que ça). #TrialByTwitter est maintenant utilisé comme une expression pour avertir des dangers de juger des personnes en dehors de la règle de droit. Il est bon je crois d'encourager les gens à pouvoir dénoncer des faits inconvenants ou des violences subies qu’elles qu’en soient leurs natures, de pouvoir amener leurs agresseurs devant la justice mais tout en faisant attention que le peuple ne prenne pas les fourches avant la fin du spectacle. On peut légitimement s’interroger sur ces réactions de la part d’institutions hollywoodiennes, dont la peur de perdre de l’argent les oblige à annuler des spectacles et à effacer des acteurs avant même que ne soit prouvé leur culpabilité.

     

    La vitesse exponentielle de Facebook, Twitter, Youtube et compagnie peut d’ailleurs aussi parfois se retourner très vite comme un effet boomerang dévastateur. En cet été 2018, c’est l’accusatrice qui se retrouve elle-même visée. Asia Argento, auparavant en première ligne face à Weinstein, se retrouve maintenant accusée d’avoir abusé d’un jeune acteur en 2013 avant d’acheter son silence. "Oui, l'art souffre", a déclaré l'acteur Colman Domingo. L'année dernière, son très bon film « Birth of a nation » s'est effondré au box-office après des révélations selon lesquelles son auteur-réalisateur, Nate Parker, avait été accusé d'avoir violé une femme près de 20 ans auparavant. Parker a été acquitté ; la femme s’est plus tard suicidée...

     

    On parle là de comportement malveillants, immoraux et répréhensibles par la loi mais, vis-à-vis de la question au cœur de notre réflexion du moment, cela pourrait tout aussi s’élargir à d’autres types de comportements comme, par exemple, les convictions religieuses. Pensons à tous ces acteurs que je peux apprécier pour leur talent d’acteurs mais qui sont scientologues. Clin-d’œilà Tom Cruise, John Travolta, Juliette Lewis, Will Smith, Elisabeth Moss. Devrait-on faire une distinction entre la vie privée d’un artiste et son œuvre ? Prenons l’exemple de l’excellente série « The Handmade’s Tales », série que je vous conseille vivement, en sachant qu’elle laisse tout de même un drôle de sentiment quand on termine un épisode. Dans un futur proche, le gouvernement américain se fait renverser par une secte rigoriste qui prend le pouvoir, les femmes n’ayant plus le statut de citoyenne et toutes sortes d’odieux comportements se mettant alors en place. L’actrice principale, Elizabeth Moss est vraiment brillante. Dans le même temps, j’apprends qu’elle est scientologue... Étonnant, soit dit en passant, ce choix de l’actrice pour incarner le rôle d’une « opposante » à ce système sectaire dans la série. Vais-je donc arrêter de suivre une série parce que l’actrice est scientologue ? Pour ma part je dirai non, j’attends la troisième saison même si la seconde m’a légèrement déçue sur certains points. Dans ma réflexion je ne fais que remettre en contexte sa croyance. Si elle avait été néo-nazie je n’aurais peut-être pas tenu le même discours... enfin peut-être pas. 

    Malheureusement si donner son avis tranché sur tout est répandu, la remise en perspective des faits l’est beaucoup moins.

     

    Culture et foi chrétienne

     

    Ce rapport entre l’artiste et son œuvre vient interroger également « l’artiste chrétien ». S’il est rare d’entendre parler d’une personne comme d’un chauffeur de camion chrétien, d'un ouvrier d'usine chrétien, d’un pilote de ligne, d'un boulanger... ce terme « artiste chrétien » est pourtant constamment usité. Dans la vie, la plupart du temps, une personne vous dira quelle est sa profession et vous découvrirez peut-être plus tard que cette personne est également chrétienne. Mais pour l’artiste, les choses sont hélas souvent différentes car justement, implicitement, le résultat de « son travail » est attendu comme devant « obligatoirement » refléter ses convictions spirituelles. Curieux... Dans le même temps, une immense majorité de ces artistes diront ne se considérer aucunement comme des « artistes chrétiens ». Le mot chrétien étant utilisé là comme un adjectif pour décrire la personne ou le type d'art qu'une personne fait. Cette expression, « artiste chrétien », peut tout à fait donner à croire qu’ils ne peuvent être placé sur le même plan que les artistes "normaux". Quand une personne est appelée artiste chrétien, la personne est maintenant compartimentée pour ne faire que de l'« art chrétien » (et on pourrait encore épiloguer longuement sur ce qui pourrait être considéré comme tel !). Alors, on peut néanmoins ajouter ici que son identité est bien sûr en Christ d'abord et son art reflétera sans doute naturellement ce style de vie. Raphael McManus, dans son livre « The Artisan Soul », dit que "tout art est une extension de ce que nous sommes". Tiens... finalement alors il y a peut-être là une part de la réponse attendue ? Une extension, un reflet, une forme d’augmentation ?... Mais ce n’est pas pour autant que l’œuvre de mes mains ne puisse se cantonner exclusivement à une revendication prosélyte ou à une forme de louange bien affirmée.

     

    Au risque de vous surprendre, j’ai pu constater que la conversion pouvait devenir un obstacle à la création pour l’artiste. C’est un paradoxe et même une forme de scandale pour moi ! Cette rencontre avec le Christ Libérateur devrait au contraire ouvrir les portes et fenêtres de notre vie, apporter un renouveau et une fraîcheur inégalée, celle de la présence de l’Esprit. Elle s’entend aussi comme un élargissement de nos horizons et par voie de conséquences, de l’inspiration créatrice. C’est également le développement de cette semence dans notre cœur de la nature même du Dieu Créateur. Alors pourquoi ce sentiment inverse ? La raison principale se trouve précisément là, dans cette idée d’enfermement spirituel. Ce simple qualificatif juxtaposé de ‘‘chrétien’’ à toute forme d’art devient réductrice et, qu’on le veuille ou non, atteint l’artiste. Avec cette désignation - ce n’est pas uniquement un problème de vocabulaire - vient s’ajouter tout un chapelet d’idées reçues où le travail de « l’artiste chrétien » doit prendre telle ou telle forme, ne pas exprimer ou dire ceci ou cela, rechercher à déclencher tel type d’émotion et éviter à tout prix telle autre, s’exprimer ici mais surtout pas là... Être toujours accompagné d’explications, de paroles bibliques (voir du nom de Jésus) pour que la compréhension du spectateur puisse se manifester. Se voir cautionner par tel ministère, affublé d’un label quelconque qui garantira à chacun la ‘‘spiritualité’’ de l’artiste et de son travail... Désolant à mes yeux mais surtout emprisonnant et tellement à l’opposé de la liberté nécessaire pour créer !

     

    christian art

    Cette façon d’entrevoir le rapport entre un chrétien, artiste, et le fruit de ses talents a des répercussions directes beaucoup plus larges pour le chrétien lambdaet son intérêt pour les arts et, plus globalement, la culture. Je constate et je m’en désole, que pour beaucoup de fidèles évangéliques l’intérêt culturel n’est que très léger (et je ne veux pas être trop négatif). La culture... c’est le monde ! Alors oui, à la rigueur, si elle m’évoque Dieu, la Bible, la foi mais sinon, « grand Dieu » c’est perdre son temps, ou voire même se corrompre. On se pâmera donc devant un navet cinématographique où certaines valeurs chrétiennes sont mises en avant, où on jubilera à écouter le Nième titre de louange pop d’un groupe qui fait la copie ratée de celui à la mode qui tourne en ce moment, et on pourra décliner cela plus ou moins dans toutes les formes artistiques et culturelles. Un éloignement certain pouvant devenir une séparation véritable avec la culture ambiante se développe au sein de nos Églises. J’aime me redire encore et encore ce verset phare de l’évangile de Jean : « Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique... » Oui Dieu a aimé, aime et aimera ce monde. Il est à son écoute. Il le connait. C’est à cause de cet amour que sa bonté, sa grâce, sa nature même peut alors s’exprimer, se donner, s’offrir gracieusement. Pour ma part, quand j’aime j’ai envie de donner, j’ai envie de me donner... La culture est précisément un cadeau qui nous est offert pour connaitre et aimer le monde. Celui des temps passés, celui d’hier, d’aujourd’hui, de demain. Je crois fortement que plus l’Église saura se plonger dans la culture de notre monde, plus elle sera en mesure d’y rayonner, d’y jouer un rôle salant et lumineux, d’y accomplir sa destinée spirituelle. 

     

    « Élargi l’espace de tente... »autrement dit ouvre tes horizons, écoute ce que disent les artistes, ce que disent les penseurs, les philosophes... et que ta foi puisse ainsi se laisser questionner. Quel bonheur à chaque fois que je découvre un nouveau film au cinéma qui, sans avoir de visée spirituelle particulière, me questionne, m’éveille à la vie, à des thématiques humaines fondamentales et me permet souvent d’en discuter avec d’autre à la lumière, naturellement, de ce que je suis, de ce que je crois. Quel apport souvent extraordinaire pour mon expérience personnelle et pour ma compréhension de la société de lire un roman, une nouvelle, un essai, un poème... de visiter un grand musée, d’aller à une exposition d’un jeune artiste photographe, d’écouter les textes des derniers titres les plus téléchargés ou de réécouter un classique vintage de Dylan ou de Brel.

     

    Que celui est debout ne prenne garde de tomber

     

    Cette approche spirituelle de la question semble nous conduire à savoir prendre du recul entre l’œuvre et l’artiste tout en ayant conscience qu’un lien fort existe malgré tout. Dis-moi ce que tu crées et je te dirais qui tu es ?Non, pas vraiment, même si ce que je suis devrais naturellement aussi apparaitre dans mes actes. C’est du moins ce que McManus semble vouloir dire... c’est aussi finalement l’un des messages de l’Évangile. Des actes conformes à notre foi. Mais la réalité parfois peut s’avérer décevante. À l’image de l’apôtre Paul, je fais parfois ce que je ne voudrais pas... et parfois encore je fais ce que je ne devrais pas... Alors il y a la grâce ! Une grâce inconditionnelle qui dépasse la compréhension humaine. Cette grâce qui vient d’en-Haut et qui se donne comme l’expérimentera l’artiste-berger devenu roi, David, cet homme selon le cœur de Dieu. Ce même homme qui par ailleurs se choisira une femme en allant jusqu’à faire tuer son mari. Tiens, rien de nouveau sous le soleil... Alors il y a les conséquences à nos actes, et je n’épiloguerai pas ici sur la douleur de David, sur certains de ses psaumes qui démontrent un sentiment profond et terrible de culpabilité, ou sur le fait que Dieu ne lui accordera pas de construire lui-même le Temple qu’il voulait édifier... Mais impossible de jeter le bébé avec l’eau du bain, de déchirer les pages qui raconte l’épopée extraordinaire de cet homme, et de supprimer cette mention qui en fait, une fois encore rappelons-le, « un homme selon le cœur de Dieu ». 

     

    Récemment, aux États-Unis, un scandale a secoué la Willow Creek Community Church, l’une des Églises « modèle » du mouvement évangélique au-travers de son pasteur Bill Hybels accusé de s’être conduit de façon inappropriée vis-à-vis de membres féminins. Il n’est ni le premier et hélas ni le dernier pasteur à vivre cela. Si le catholicisme est éclaboussé régulièrement, ne pointons pas l’index trop vite en oubliant que trois autres doigts nous regardent. Des décisions ont été prises avec, notamment, le retrait du pasteur Hybels au début de l’année puis, cet été, celui du conseil des anciens considérant n’avoir pas pris les accusations suffisamment au sérieux et en affirmant que cela permettra sans doute à l’Église de prendre un « nouveau départ ». Et la justice doit encore surement faire son travail. Mais l’œuvre construite et le témoignage rendu à la gloire de Dieu reste là et ne peut être remise en question. Moi-même, j’ai été personnellement encouragé et enseigné par son ministère et je me souviens encore de conseils donnés lors de plusieurs de ses passages en France et lors d’un repas partagé avec lui, qui m’accompagnent aujourd’hui encore dans mon propre ministère.

     

    bill hybels

    Il convient d’avouer au terme de cette réflexion que ce rapport entre œuvre et artiste, avec toutes les ramifications possibles que nous n’avons ici qu’effleurées, est un vaste sujet. Quand s’y ajoutent, de plus, les questions de justice, de grâce, de pardon, de résilience, de réhabilitation... Finalement c’est l’existence même et le cœur de l’Évangile qui viennent s’y retrouver. Si des principes fondamentaux cadrent les choses, chaque situation ensuite est différente, pétrie elle-même de tant de paramètres précédemment évoqués. Un chose me semble malgré tout devoir être entendue : Ne jugeons pas trop vite ! Et ne nous laissons pas entrainer trop facilement par la meute des chiens qui hurlent à la mort. Tout en ne nous résignant pas, malgré tout, à œuvrer pour la justice et contre les maux terribles que notre société continue de porter trop souvent en son sein. 

     


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  • Tout en lenteur et retenue Ága nous déplace au cœur de la République de Sahka (Iakutie) au Nord Est de la Sibérie, pour découvrir le quotidien d’un couple vivant dans une yourte sur la banquise. Film contemplatif, attendrissant mais aussi témoignage vivant d’une réalité d’un peuple nomade en voie de disparition.

     

    Ága 

    La cinquantaine, Nanouk et Sedna vivent harmonieusement le quotidien traditionnel d’un couple du Grand Nord. Jour après jour, le rythme séculaire qui ordonnait leur vie et celle de leurs ancêtres vacille. Nanouk et Sedna vont devoir se confronter à un nouveau monde qui leur est inconnu.

     

    Ce qui interpelle dès les premières images de ce deuxième long métrage du réalisateur bulgare Milko Lazarov, c’est l’immensité et la beauté de ce décor naturel, d’un blanc immaculé, loin de la civilisation et où le froid règne en maître absolu... là où la vie semble impossible et où pourtant nous rencontrons Nanouk et Sedna. Lui est emmitouflé de peaux de bêtes et perce la glace pour trouver de l’eau potable et pêcher pendant que sa femme, elle, restée près de la yourte, tanne les peaux, en fait des vêtements et de temps en temps joue de la guimbarde.

    Aga Aga

    Tel un documentaire, dans sa première partie, Ága se fixe sur les tâches répétitives nécessaires à la survie dans ces contrées glaciaires. Peu d’ailleurs sont restés... le gibier se faisant de plus en plus rare et les changements climatiques opérant. Milko Lazarov filme alors avec brio ces paysages, parvenant à nous donner une forme de vertige face à ces étendues infinies. Puis il resserre son plan sur le chien tendre qui accompagne fidèlement son maître Nanouk ou sur le visage éreinté, mais gracieux malgré tout, de Sedna. C’est ainsi qu’il nous fait entrer dans cette chronique familiale atypique faite de traditions mais aussi de confrontations à une société en pleine mutation conduisant les enfants d’ailleurs à avoir déjà fait d’autres choix de vie, en rejoignant la ville... La compréhension de la problématique se livre doucement au spectateur, sans violence, au rythme de la vie là-bas. 

     

     Aga

    Mais Ága c’est aussi une véritable histoire d’amour, loin des clichés habituels. Un amour fait de tendresse qui apporte la chaleur au milieu de la solitude, du froid et d’un certain abandon. Une histoire bouleversante... portée par la musique de Malher et avec un final d’une force picturale impressionnante sur une gigantesque mine de diamant à ciel ouvert, symbolisant la percée de la civilisation sur la nature sauvage, faisant mourir les nomades à petit feu...

     

    Alors, laissez-vous prendre par Ága, pas la beauté de ce petit bijou si loin des sentiers battus de l’artillerie lourde hollywoodienne mais tellement précieux et bon pour les humains que nous sommes.

     


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  • Six mois après la dernier Festival de Cannes, la comédie dramatique de l’égyptien Abu Bakr Shawky, Yomeddine, arrive en salles. Cette histoire d’un lépreux avait su toucher les émotions et faire du bien… même si, finalement, aucun prix ne récompensa cette jolie œuvre. 

    yomeddine

    Après la mort de sa femme, Beshay, lépreux guéri mais défiguré par les stigmates de la maladie, décide de quitter sa léproserie de toujours pour rechercher sa famille qui l’a abandonné quand il était jeune enfant. Commence alors pour lui, une longue route parsemée de rencontres, d’embuches, de toutes sortes de situations joyeuses ou difficiles, où il ne sera pas seul mais devra se confronter aux choses enfouies au plus profond de lui, en quête d’une famille, d’un foyer, d’un peu d’humanité… 

    Si les premières minutes m’avaient laissé un peu perplexe, très vite les doutes furent chassés et je me suis retrouvé embarqué dans cette histoire d’une grande beauté. Une beauté qui ne se joue pas ici dans l’apparence, dans le visible… Une beauté qui se découvre dans l’épaisseur des personnages, derrière les blessures physiques, derrière les détritus qui peuvent devenir une montagne, derrière des histoires pétries de souffrance et d’accidents de la vie. C’est au plus profond de l’âme que se dévoile la force de Beshay, ce petit bonhomme attendrissant, d’Obama son jeune compagnon, et de quelques autres éclopés rencontrés par hasard.

    yomeddine

    Abu Bakr Shawkya su trouver la justesse en touchant les cœurs mais sans tomber dans le pathos. Il filme sans complaisance, et propose là une sorte de road trip initiatique. Je dis « une sorte » car n’imaginez pas le road trip à l’américaine… ici pas de voiture emblématique mais une charrette tirée par un âne qui laissera place à toutes sortes d’autre engins sur des chemins rudes et secs.Un road trip, donc, émouvant et surtout engagé, porté par un extraordinaire acteur non-professionnel, qui au passage, notons-le, est un véritable ancien lépreux. On ressent chez A.B. Shawky ce soin de défendre les exclus. Plusieurs scènes sont marquantes à cet égard, avec même une restitution d’une certaine « cour des miracles », là où vivent ces gens situés sur la marge, oubliés physiquement et rejetés socialement, mais auxquels le cinéaste redonne une vraie dignité que d’autre ont voulu leur ôter. 

    yomeddine ROAD TRIP

    Mais n’imaginait pas non plus un film glauque ou ayant tendance à prendre en otage le spectateur. Yomeddine est un film intègre qui a choisi de se dérouler sur le ton de la comédie, qui a choisi ce que j’appellerai la gaieté sincère comme marque de fabrique. C’est ainsi qu’il peut nous rejoindre tous et devenir un pur divertissement familial fait de personnages sympathiques, d’images colorées et lumineuses au rythme d’une musique très agréable en nous interpellant sur le sens profond du bonheur. 

    Un film qui fait du bien disais-je, qui montre encore que le cinéma peut parfois se permettre de toucher, de faire réfléchir, de jouer ainsi l’un de ses rôles primordiaux à l’égard du spectateur, sans grands moyens, sans stars patentées, et même avec quelques faiblesses cinématographiques, mais surtout avec grâce, sourire et délicatesse.


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  • Présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes, « Mon cher enfant », deuxième long métrage de Mohamed Ben Attia, nous plonge dans la relation entre un père approchant de la retraite et son fils unique en mal avec son avenir. En toile de fond, la Tunisie d’aujourd’hui et DAESH mais dans une approche loin de tout manichéisme imposant naturellement un autre regard sur la question, avec délicatesse et simplicité.

    « Mon cher enfant » au cinéma ce mercredi 14 novembre.

    mon cher enfant 

    Riadh s’apprête à prendre sa retraite de cariste au port de Tunis. Avec Nazli, il forme un couple uni autour de Sami, leur fils unique qui s’apprête à passer le bac. Les migraines répétées de Sami inquiètent ses parents. Au moment où Riadh pense que son fils va mieux, celui-ci disparaît.

     

    Finalement, une histoire assez simple, presque banale et évidemment bouleversante à la fois qui se dévoile devant nous. Un jeune tunisien choisi de tout abandonner sans alertes préalables... études, carrière, parents, amis, pour partir pour le djihad en Syrie, au grand drame de son père et de sa mère, totalement détruits par cette décision. Une histoire simple mais qui présente tout de même un élargissement possible et nécessaire sous la caméra du réalisateur Mohamed Ben Attia, récompensé, avec son précédent film Hedi, un vent de liberté d’un Ours d'argent de l'interprétation masculine et prix du meilleur premier film à Berlin en 2016. C’est tout d’abord un véritable portrait d’une famille tunisienne avec ce qui s’apparente au décor, cette Tunisie contemporaine pétrie d’un mélange de tradition et de modernité. C’est aussi un regard sans jugement sur des relations humaines... celle tout d’abord d’un père aimant et protecteur avec son fils adolescent mettant en exergue un décalage générationnel immense amplifié par la réalité d’un vide existentiel interpellant.

    C’est celle aussi d’un mari et de son épouse approchant du temps de la retraite dans des conditions sociales compliquées. Et puis c’est l’absence qui devient alors l’un des acteurs majeurs de cette histoire... l’absence de l’être aimé qui se vit différemment et qui provoque des comportements qui ne s’expliquent pas toujours... 

     

    UN SEUL ÊTRE VOUS MANQUE...  UN SEUL ÊTRE VOUS MANQUE...

    Autour de ces aspects familiaux surgit la question de l’engagement idéologique avec une volonté de ne pas tomber dans la facilité simpliste souvent présentée dans les reportages tv à sensation. Mohamed Ben Attia questionne au contraire, tout en subtilité, cette société qui crée ces « soldats », un environnement plein de superficialité où finalement les idéaux manquent, où la surprotection parentale peut devenir étouffante et où sans doute le besoin de trouver une raison de vivre apparait. Cette même raison de vivre, cette raison d’être qui, précisément dans le même temps, disparait progressivement au sein du couple vieillissant. C’est le bonheur qui est aussi un enjeu... mais quel bonheur... celui de l’autre ou finalement un bonheur plus égoïste mais non avoué... Enfin, on observera le commerce qui s'est installé autour du passage des djihadistes de Turquie en Syrie. Là encore, la façon d’opérer du cinéaste ne tend pas à pointer du doigt quoi que ce soit. Il regarde et montre... des gens comme vous et moi dans des contextes de vie différents, et sans forcément d’idéologie particulière... un système qui se met en place, presque naturellement !

     

    Mon cher enfant est un film à voir pour mieux comprendre notre monde. Un film qui touche non par des grands effets cinématographiques mais juste par ses personnages et son récit. Un film profondément intelligent et bourré de sensibilité !

     


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