• Je vous propose ici l'article-témoignage de Kerry Lee sur son blog http://bitesizedexegesis.com et dans la revue américaine RELEVANT.

    Article traduit et publié avec la permission de l'auteur.

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    Les ouragans Harvey et Irma sont-ils le jugement de Dieu ? Pas forcément de la façon dont nous l’imaginons… 

    Au cours des dernières semaines, les tempêtes ont ravagé des parties du Texas, de la Floride, du Sud-Est des État-Unis, des Antilles... Chaque fois que de telles catastrophes naturelles se produisent, les questions sur Dieu et sa nature apparaissent invariablement.

    Hurricane harvey

    Lorsque l'ouragan Katrina a frappé la Nouvelle-Orléans en août 2005, j'ai vu deux messages très différents sortir de la bouche des leaders chrétiens. Tout d'abord, il y avait ceux qui ont dit : « Katrina est le jugement de Dieu pour les péchés de la Nouvelle-Orléans. » Deuxièmement, il y avait ceux qui ont répondu : « Non, c’est faux ! Dieu ne fait pas ça. » Honnêtement, je n'ai pas aimé ces deux points de vue. Je n'ai pas aimé le premier parce qu'il avait une forme d’auto-justification condamnante… Dieu les juge parce qu'ils sont pécheurs, contrairement à nous. Instinctivement, j'ai été choqué par cette idée. En même temps, cependant, je n'étais pas satisfait de la réponse habituelle mais simpliste : « Katrina n'est pas le jugement de Dieu sur la Nouvelle-Orléans parce que Dieu ne fait pas cela. Dieu aime les gens. » Pouvons-nous exclure automatiquement tout lien entre les catastrophes naturelles et le jugement de Dieu envers l'humanité ?

    Du début de la Bible jusqu’à la fin, les catastrophes naturelles sont en fait l’une des façons dont le jugement de Dieu sur l'humanité se manifeste. Du Déluge au temps de Noé aux fléaux d'Égypte, mais en pensant aussi aux prédictions prophétiques de la lune qui prend la couleur rouge sang ou du soleil qui s'obscurcit (et toutes sortes d'autres phénomènes naturels catastrophiques), les auteurs de la Bible ont compris que Dieu pouvait utiliser les phénomènes naturels (en plus de phénomènes sociologiques, économiques et politiques) afin de juger l'humanité. Éliminer de manière simpliste toute connexion possible entre une catastrophe naturelle et une intention de jugement de la part de Dieu conduit à ignorer beaucoup de passages bibliques.

    Alors, qu'en est-il dans notre situation présente ? Peut-on donc voir en l'ouragan Katrina le jugement de Dieu ou non ? Et quid de Harvey ou Irma ?

    LE JUGEMENT DE DIEU

    1.   NATURE ET JUGEMENT DIVIN

    Les deux réponses aux ouragans avaient, à la base, une compréhension particulière du jugement de Dieu, à savoir que le jugement de Dieu est essentiellement ce que Dieu fait quand il est tellement fatigué du péché humain qu'il ne peut plus le supporter. L'image d'un dieu qui a de la patience, mais qui, avec le temps, commence à serrer sa mâchoire, son visage commence à devenir rouge et il développe alors des signes de nervosité manifestes. Enfin, il lève les mains en l'air et, avec un cri affreux et une rage incontrôlée, frappe d’un coup de fouet les créatures terrestres qui l’ont offensé et les punit d’un cyclone, tremblement de terre, tsunami, tornade ou toute autre chose du même acabit.

    Mais ce n'est pas l'image biblique du jugement divin. Tout d'abord et surtout, nous devons comprendre que lorsque Dieu juge, il y a toujours un but constructif. Dieu ne juge jamais juste parce qu'il est submergé par la rage face au péché, perdant tout contrôle. En fait, un tel acte de punition ne serait même pas réellement qualifié de « jugement » au sens biblique. Le jugement n'est pas identique à la punition ou à la condamnation. Il peut inclure le châtiment, mais le jugement biblique est un concept beaucoup plus grand et, j’oserai dire, beaucoup plus glorieux.

    Alors, qu’est ce que le « jugement » au sens biblique ?

    Le jugement est un discernement. C'est la séparation et la distinction : la séparation ou la distinction de la lumière de l'obscurité, le jour de la nuit, le bien du mal, les moutons des chèvres, le blé de l'ivraie. Il y a une volonté initiale divine de mettre de l’ordre au milieu du chaos et donc par là même, un prolongement de l'acte de création (Dieu a séparé les ténèbres de la lumière, Il a séparé les eaux ci-dessus des eaux situées ci-dessous, Il a séparé les terres sèches des mers).

    C'est aussi un acte d'investigation, mettant en évidence les choses qui sont cachées afin que le mal soit clairement vu comme mal et le bien soit clairement bien. C'est la purification… ce qui peut être racheté de ce qui doit disparaître. En fin de compte, une fois que tout est rendu clair par le jugement de Dieu, la justice de Dieu contre l'injustice du monde devient manifestement et indéniablement évidente, alors que ce qui ne peut ou ne sera pas racheté pour son but est détruit. La façon précise de régler ces choses n’est finalement pas tellement intéressante, mais la Bible en parle dans un langage fort et avec des images terrifiantes. Et contrairement à ce que de nombreux enseignants chrétiens populaires pourraient penser, l'intention principale de ce langage fort et de ces images terrifiantes n'est pas de vous conduire à vous repentir. C'est pour vous réconforter et pour exprimer cette conviction que Dieu est un dieu juste qui, quoique inimaginablement patient, ne laissera pas le mal persister indéfiniment. Dieu s'occupera du mal non pas parce qu'il est un Dieu fâché et vindicatif, mais précisément parce qu'il est un Dieu bon et aimant.

    La bonne version de notre question originale serait donc la suivante : Au travers des catastrophes naturelles, Dieu est-il en train de juger l'humanité ?

    Absolument, parce qu'il est toujours en train de juger l'humanité, si on entend par « juger » ce sens précis et biblique. Le péché qui est caché dans nos cœurs ne peut être traité tant qu'il reste caché sous des couches de rationalisation et d'illusion. Donc, Dieu utilise des choses comme les ouragans Harvey et Irma pour nous juger, déterrer ces sentiments, préjugés et idées malsaines que nous avons enterrés profondément en nous afin que nous puissions les affronter et nous repentir. Si nous sommes brisés devant Dieu et réceptifs à ce processus, il s'avère que le jugement de Dieu est réellement pour notre bénéfice.

    dieu et moi

    2.   DEUX MANIÈRES QUE DIEU UTILISE POUR ME JUGER AU-TRAVERS D’HARVEY

    Nous sommes juste après le passage d’Harvey, et je me trouve face à cette question : Dieu nous a-t-il jugé au travers de la tempête ? En un sens, oui. Pas nécessairement pour nous punir donc, pas pour nous condamner, mais pour nous juger. Comme quelqu'un qui a vécu Harvey dans la région de Houston, permettez-moi d'illustrer cela en décrivant comment je pense que Dieu m'a jugé en utilisant la tempête.

    a- Ce sentiment d'avoir été confronté à mon attachement aux biens matériels

    Au fur et à mesure que la tempête approchait, nous ne savions pas si nous serions inondés ici à Crosby et, si oui, alors à quel point ? Ensuite, nous avons commencé à voir des rapports d'inondations importantes dans les régions ouest et sud-ouest de Houston, plusieurs mètres d'eau qui ruineraient tout le bas d'un bâtiment (au moins). Et j'ai commencé à essayer de déterminer la quantité de choses que je pourrais mettre dans ma voiture si nous devions évacuer.

    Les principales choses que je possède et que je considère comme extrêmement utiles, sont mes livres et les données sur mes ordinateurs. En ce qui concerne les livres, je ne parle pas seulement d'un tas de romans de poche que vous pourriez remplacer pour un euro chacun chez un bouquiniste. Je parle de livres qui pourraient valoir beaucoup plus, voire des livres irremplaçables. Et essayer alors de comprendre comment je pourrais les sauver m'a causé beaucoup de stress.

    Honnêtement, j'aurais été tenté de faire quelque chose de stupide, de trouver des excuses pour risquer ma vie, afin de préserver ces choses matérielles que j'apprécie tellement. Je ne dis pas que posséder ces livres soit un péché ou qu'ils forment une barrière entre moi et Dieu. Mais à travers la tempête, je me suis rendu compte de l'attachement auquel j'étais vraiment confronté, et je dois me demander si ce n’est pas excessif.

    b- Ce sentiment d'avoir été confronté à ma faible capacité à aimer les gens.

    Ce que je veux dire ici c’est que la dévastation et la souffrance que j'ai pu observer par lesquelles les gens passaient et allaient passer au cours des prochaines semaines mois m'avait très vite accablé. Je pense qu’en tant que chrétien, je suis appelé à souffrir avec le monde et à proclamer l'Évangile de Jésus-Christ dans cette souffrance. 

    Mais pendant la tempête, alors que j'ai essayé de saisir la portée de cette dévastation et de cette souffrance, je me suis retrouvé à la limite de ma capacité à étendre mes préoccupations aux gens beaucoup plus rapidement que j'aurais aimé, et dans ces moments je me suis retrouvé réfléchissant vers l'arrière et cherchant à me distraire par d’autres choses : un livre, un jeu vidéo, un autre passe-temps, juste pour m'empêcher de me préoccuper trop de cette souffrance. Je n’envisageais pas de moyens de sortir pour aider les gens une fois que la tempête serait finie. J’étais reconnaissant de ne pas être touché.

     

    Si vous réfléchissez aux événements de ces dernières semaines, avec les Ouragans Harvey, Irma et Maria, avec le tremblement de terre au Mexique, les incendies au Montana, à Washington, en Oregon et en Californie, je suis sûr que vous pouvez observer comment ces événements vous ont confronté à vos faiblesses et à vos limites, que vous viviez dans une zone touchée ou non. Ce n'est pas une condamnation télévisée de la morale de cette ville ou de telle chose en particulier, mais c'est une autre sorte de jugement. Car oui, c'est bien Dieu qui nous juge différemment au-travers de ces catastrophes naturelles.

    La bonne nouvelle dans tout ça c'est que ce jugement n'est pas une condamnation. Ce n'est pas un châtiment. C'est une opportunité. Dieu nous a jugé afin que nous puissions, d'une manière nouvelle et excitante, connaître son cœur et le nôtre.

     

    KERRY LEE

    pasteur adjoint d'une petite Église dans la région du Grand Houston, professeur adjoint en ligne d'Ancien Testament avec Fuller Theological Seminary, et spécialiste de l'Ancien Testament

    http://bitesizedexegesis.com


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  • Parlons cuisine ! D’après une enquête très sérieuse cherchant à connaître les plats préférés des français, on arriverait à un trio gagnant composé de la Blanquette de Veau, du Couscous, et des Moules Frites !

    COUSCOUS ROYAL

    Alors j’ai une confession à vous faire… je place personnellement le couscous en premier et la Blanquette en deuxième position. J’aime beaucoup les moules aussi mais je préfère les préparer de façon un peu plus élaborée ou alors à l’inverse, traditionnellement façon charentaise… sous la forme d’une bonne éclade.

    Mais c’est de couscous que nous parlerons car c’est lui qui a fait le buzz ces jours passés. Un couscous qui s’est ingéré dans certaines recettes politiques. Tension extrême en effet en France au Front national : souverainistes et identitaires se sont enflammés toute la semaine dernière autour d'une photo publiée sur Twitter d’un des cadres du parti extrémiste, Florian Philippot, dégustant avec des amis un couscous dans un restaurant de Strasbourg. Le « couscousgate » était lancé ! On l’accuse d’être un « infiltré » et d’autres estiment que les philippotistes sont « hors-sol », éloignés du terroir et de la tradition française « bien de chez nous ». S’ensuit alors un débat complètement surréaliste, durant lequel les proches de Philippot combattent à la fois la stupidité des accusations qui leur sont portées… et le fond de ces critiques, en tentant de prouver que manger du couscous n’est pas une attitude de traître à la nation. On croit rêver !

    Et en début de semaine, le vice-président du FN a jugé que ses détracteurs étaient des "crétines et crétins" ajoutant je cite : « Je rappelle que ça a été amené en France par les pieds-noirs. C’est désolant, c’est navrant mais ça ne m’empêchera pas de continuer à manger du couscous. » 

    Tout ça m’inspire divers sentiments :

    - D’abord le dégoût évidemment. Écœuré de voir encore et toujours ces questions de racisme, de haine, de rejet, continuent à faire l’actu. Alors ici en France et ça me désole… mais tout autant autours de nous et loin de nous. Notre monde a tant besoin d’apprendre l’amour !

    - Et puis en regardant d’un peu plus près et dans le prolongement du dégout premier, ce sont ces arguments fallacieux pour essayer de se dédouaner. Le couscous serait français parce qu’amené par les pieds-noirs. Bon, on ne va pas faire d’histoire là, car finalement on s’en fiche ici dans cette situation. Ça me rappelle aussi ces fameuses répliques souvent reprises par des humoristes : Moi je ne suis pas raciste… je mange du couscous. Ou moi je ne suis pas raciste, la preuve, je vais régulièrement au restaurant chinois. No comment…

    - Enfin, en élargissant encore davantage. Le besoin que nous avons tous de nous libérer des fausses idées, des fausses représentations, de ces stéréotypes qui peuvent parfois avoir du vrai mais qui sont terriblement réducteurs : Vous savez… le français râleur, l’africain fainéant, l’arabe voleur, les filles plus intelligentes que les garçons, mais les blondes particulièrement stupides etc. On peut éventuellement en sourire mais, pitié, ne nous laissons pas dicter nos vies par ces idées emprisonnantes.

    LIBRE

    Finalement derrière cette dernière remarque, en particulier, nous pouvons entendre un appel à vivre la grâce. Cette grâce qui brise tous ces stéréotypes et surtout beaucoup d’autres plus intimes encore et terriblement dévastateurs ! Une grâce qui affirme que notre identité échappe à ces visions partielles, réductrices, standardisées qui nous enferme. D’autant plus que nous tirons une part de notre identité de Dieu qui échappe à toute détermination des hommes. Et parce que Dieu échappe à nos définitions, à nos prévisions, à nos pronostics, nous pouvons échapper, nous-mêmes, à ce que l’on voudrait faire de nous.

    Et la preuve, c’est que l’on peut manger du couscous à Strasbourg, et que d’ici peu, j’irai sans doute déguster une bonne choucroute à Bordeaux en buvant une bonne bière d’abbaye belge.

    Bon appétit !


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  • Les sorties de la semaine offrent l’occasion de découvrir un bouleversant drame social ayant reçu le prix du Jury lors du dernier Festival de Cannes. Avec une acuité flagrante, le cinéaste russe Andrey Zvyagintsev zoome sur la « faute d’amour », pour reprendre le titre français de « Nelyubov », et dresse un portrait âpre d'une société russe brutale et déshumanisée.

    Affiche Faite d'amour

    Avec Faute d’amour, Zviaguintsev raconte l'histoire d'un couple moscovite qui se sépare pour refaire sa vie chacun de son côté. Ils ont un fils de 12 ans qu'aucun d'eux ne veut véritablement prendre en charge et qui disparait dans la nature. Commence alors la recherche, un long calvaire pour les parents qui pourrait leur offrir l’occasion enfin, mais sans doute trop tard, de manifester leur amour pour leur enfant.

    Un couple qui se déchire… rien de bien extraordinaire dans la vie comme au cinéma. Presque un classique du genre même, matière à tant d’histoires, tant de scénarios faciles... Mais ici, cette histoire banale devient argument pour dire le risque d’une société perdant le sens de la famille, de la fidélité et plus largement de la communauté et de la relation. De l’égoïsme exacerbé chez ces deux adultes qui ne se préoccupent que d’eux, de leur présent et avenir respectif en laissant sur le carreau le fruit de leur relation, plus que de leur amour… ce jeune garçon de 12 ans, Aliocha, qui sombre dans la douleur d’un abandon virtuel en passe de devenir réel. Aucune concession de la part de Zvyagintsev dans la façon acerbe de peindre les deux héros. Car en plus, ils sont beaux et ont plutôt réussi dans la vie au cœur de la société moscovite, et tout cela touche ainsi à une forme d’esthétique perverse pour aller au-delà des personnages et devenir métaphore plus vaste. 

    faute d'amour

    On sent derrière ce scénario extrêmement bien ficelé, qui se déroule lentement dans une rythmique assez habituelle dans le cinéma russe, que nous sommes tous un peu visés, derrière nos vitres embuées comme on le voit souvent dans les images du réalisateur, et dans nos oublis qui peuvent devenir, eux aussi, de véritables fautes d’amour.

    Mais alors, il n’y a aucun espoir, me direz-vous peut-être à la fin de Faute d’amour ? Impression amplifiée en particulier quand une scène entre le père et son nouvel enfant (sans en dévoiler davantage) nous laisse penser que rien n’a véritablement changé ?... Pourtant si… Un autre regard peut se poser tout au long même du déroulement de l’histoire. Car si l’amour semble mort ou s’être travesti dans des faux-semblants il apparaît néanmoins dans la force du collectif, dans l’engagement des bénévoles qui se donnent à la recherche du disparu. On peut y voir là un paradoxe, une opposition avec la famille qui se déchire mais aussi une réalité de la société où l’associatif vient prendre souvent le relai et permet ainsi de continuer à espérer sur la nature humaine au travers de valeurs qui peuvent nous donner d’avancer ensemble, même à contre courant.

    Un grand bravo de toute façon à Andrey Zvyagintsev pour la qualité globale de son œuvre. Photo, son, réalisation, travail d’acteurs… Faute d’Amour est un film intense mais aussi une belle œuvre cinématographique qui méritait bien ce Prix du Jury en Mai, mais surtout qui mérite aujourd’hui d'avoir de beaux chiffres de présences dans les salles… Espérons-le !

    faute d'amour


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  • Si plusieurs grosses sorties cette semaine risquent de monopoliser les regards, il serait vraiment dommage de passer à côté du film de la réalisatrice belge Fien Troch, « HOME ». Un film coup de poing qui ose aborder des thématiques difficiles, sombres mais bien existantes dans notre société.

    HOME

    Kevin, 17 ans, sort de prison. Pour prendre un nouveau départ, il s’installe chez sa tante et commence un apprentissage dans l’entreprise familiale. Une nouvelle amitié le lie avec son cousin et sa bande d’amis. Ce nouvel équilibre pourra t-il le sauver de la délinquance juvénile ? Confiance, complicité et trahison se succèdent dans la vie de ces adolescents jusqu’à ce qu’un évènement inattendu bouleverse à jamais leur quotidien.

    HOME

    Avec ce drame social, la réalisatrice Fien Troch propose un cinéma très contemporain, avec une approche directe et sans fard. Pour augmenter cet effet voulu, elle choisit ici aussi de travailler uniquement avec des acteurs non professionnels. Une sensation de réalisme, flirtant avec le docu-réalité, qui démarre dès les premières images dans le bureau de ce proviseur face à cette jeune fille prise en défaut de ragots sur l’un des professeurs. La musique électro qui accompagne l’histoire, le format carré qui resserre l’image jusqu’à parfois passer même à celui rectangulaire vertical d’un smartphone… tous ces détails intensifient ces impressions de modernité mais aussi d’une certaine urgence qui étouffe comme le vivent plusieurs de ces adolescents dans des existences marquées par des souffrances aigües et une profonde désespérance intime.

    Violence, réinsertion, ennui, effets de bande, amitié, inceste maternel, indifférence, jalousies, peurs, enfermement, hypocrisie et technologie… autant de facteurs qui interviennent dans ces histoires qui se croisent, se font écho et s’entrechoquent. Des personnages qui s’inspirent de faits divers bien réels qui, comme le souligne la réalisatrice, prouve hélas que la réalité dépasse souvent la fiction !

    HOME

    L’univers de Fien est sombre et parfois glaçant. Les adultes de l’histoire ont un vrai côté monstrueux, marqué par l’abus et la manipulation. Même Sonia, la mère de Sammy, qui semble à priori être l’élément positif et équilibrant, va révéler une ambivalence dangereuse. Ses vrais héros malheureux se trouvent davantage du côté des adolescents pourtant, eux aussi, marqués par des comportements parfois odieux et révoltants. Les faisant malmener une femme obèse dans un bus ou donnant à l’un d’eux d’écrire sur un réseau social une phrase choc et révélatrice du caractère de ce long métrage : "Je voudrais tuer quelqu'un pour me sentir vivre".

    Finalement, en s’installant dans cette vision pessimiste et extrémiste, en choisissant la noirceur de la société, la réalisatrice interpelle violemment mais pour nous donner la possibilité de réagir, de réfléchir. Se pose notamment la question de la responsabilité et sans doute, à un degré plus loin, celle des valeurs qui peuvent nous conduire au changement, à la résilience, à l’écoute et l’accompagnement. 

    Home, un film dont on ne sort pas totalement indemne et qui prouve, une fois encore, que si le cinéma a cette capacité heureuse à divertir, il peut être aussi d’une force incroyable d’interpellation et de miroir de la société.


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  • Après l’avoir présenté en sélection officielle lors du dernier festival de Cannes, le réalisateur oscarisé Michel Hazanavicius sort cette semaine sur les écrans « Le redoutable ». Cette fois-ci, avec beaucoup d’ironie mais aussi une certaine gravité, il se penche sur l’un de ses collègues, véritable icône atypique du cinéma français, Jean-Luc Godard alias « JLG ».

    affiche le redoutable

    Le Redoutable s’installe dans la vie de JLG pendant deux années (1967-68) de sa vie et de celle de sa jeune épouse Anne Wiazemsky. Une période marquée bien entendu par ce mois de mai qui fera basculer Godard d’un statut de réalisateur adulé à celui de Maoïste incompris, révélant ainsi certaines aspects de sa personnalité qui provoqueront notamment de nombreuses ruptures avec son entourage le plus proche. Le film débute sur le tournage de « La Chinoise ». C’est là que Godard posera son regard sur cette splendide comédienne qui deviendra bientôt sa femme. Michel Hazanivicius nous livre alors, au moyen de deux voix off, les pensées de ces deux amoureux en nous dévoilant que Godard sait déjà que cette histoire ne sera pas éternelle…

    Le redoutable

    Michel Hazanavicius, en traitant ce sujet « historique » apporte néanmoins sa touche décalée avec brio. Et tout devient alors second ou troisième degré tout en restant focus sur son personnage interprété avec grande classe par un Louis Garrel, éblouissant de ressemblance et de justesse, qui aurait vraiment pu briguer le prix d’interprétation masculine à Cannes (dommage !). Les dialogues savoureux provoquent facilement les rires et on se régale des multiples doubles-sens et allusions plus ou moins cachées.

    le redoutable

    Finalement, c’est peut-être Hazanavicius qui est le plus redoutable. Il le prouve encore avec un film d’une grande esthétique, nous plongeant dans les couleurs vives des sixties, drôle et profondément intelligent. Une grande et belle réussite qui ne fera sans doute pas l’unanimité (comme ce fut le cas à Cannes), mais l’inverse eut été inévitablement paradoxal voire suspicieux en choisissant d’aborder le personnage de Jean-Luc Godard, artiste tellement indéfinissable.

    Alors, un conseil, laissez-vous rafraichir par ce beau cinéma qui fait vraiment beaucoup de bien !


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