• Un an après sa sortie aux États-Unis, My Wonder Women est maintenant dans les salles françaises. La réalisatrice Angela Robinson signe ici un très joli film plein de délicatesse malgré des thématiques « osées » autours des origines de la célèbre Amazone sexy au lasso magique et révélateur de vérité, cherchant à faire triompher la flamme de la justice et incarner l'idée d'un féminisme libre et triomphant.

     

    MY WONDER WOMEN AFFICHE 

    Professeur de psychologie à Harvard dans les années 30, William Marston mène avec sa femme des recherches sur la création d’un détecteur de mensonges. Une étudiante devient leur assistante, et le couple s’éprend de la jeune femme. Un amour passionnel va les lier, et ces deux femmes deviennent pour Marston la source d’inspiration pour la création du personnage de Wonder Woman.

     

    Je commencerai mon commentaire en soulignant la très belle réalisation. Une mise en scène assez classique mais qui joue habilement, grâce notamment à la photo de Bryce Fortner, à recréer avec charme et talent cet environnement si particulier des années 30-40. Ce sont aussi les costumes de Donna Maloney, les décors de Carl Sprague… tout participe à une atmosphère bien particulière donnant l’impression de retourner dans ces décennies passées où puritanisme, patriarcat et conservatisme sont de rigueur... du moins en façade. 

    D’un point de vue technique, on saluera également le très bon montage de Jeffrey M. Werner qui permet à une histoire non-linéaire, et s’étendant sur plusieurs années, d’être parfaitement claire, sans lourdeurs ni complexités.

     

    my wonder women le trio

    Une réussite pour My Wonder Women qui s’appuie évidemment aussi sur la qualité des acteurs et, en particulier, du trio phare de l’histoire. Rebecca Hall en premier lieu, dans le rôle d’Elizabeth Marston, est absolument géniale avec une assurance et un jeu qui donne à son personnage une vraie épaisseur et où, souvent, son visage avec ses expressions suffisent pour comprendre ses pensées profondes, qui jouent un rôle tout à fait prépondérant. Luke Evans (William Marston) & Bella Heathcote (Olive Byrne) sont aussi dans une extrême justesse d’interprétation qui permet aux spectateurs d’être pleinement embarqués dans cette histoire faite d’amour, d’une certaine violence et surtout de beaucoup de passion.

     

    Alors, justement, venons-en maintenant à l’histoire et, plus précisément, aux enjeux du récit. « Êtes vous normal ? Qu’est ce que la normalité ? » demande le professeur Marston à ses élèves au début du film. Ces questions révèlent finalement d’emblée toute la problématique profonde du film. Si Marston est resté célèbre, c’est avant tout par son invention du détecteur de mensonge et par la création du personnage de Wonder Woman. On peut alors se demander comment le lien peut être fait entre les deux ?… Pourtant, c’est bien là que réside en grande partie l’intérêt du film. Au sein de l’histoire, les deux éléments s’avèrent intimement liés. Le premier conduit vers le second et le nourrit d’une dimension, à la fois sociologique et psychanalytique. Le détecteur de mensonge sert en effet de révélateur de ce que nous sommes vraiment, derrière notre apparence, ce que l’on pourrait qualifier notre masque social. Et en nous dévoilant tous les secrets de la naissance de l'Amazone Wonder Woman, ce personnage de fiction créé finalement à partir de deux véritables femmes, deux Wonder Women, nous découvrons alors une mise au monde teintée de refoulement, et un mode de vie libertaire en bute à une société morale extrêmement rigide. 

     

    My wonder women

    Déviances, donc, aux yeux de certain, subversion sans doute… simple histoire passionnée et d’amour sincère… chacun pourra regarder librement le film comme il le ressent, comme il le souhaite… mais sans jamais y trouver de quoi être choqué car, clairement, jamais le film ne tombe dans une forme de travers voyeuriste qui aurait pu être facile et racoleur. C’est la beauté et l’émotion qui l’emportent et font ainsi de My Wonder Women un excellent film émouvant et bienveillant, qui de plus résonne fortement avec une actualité contemporaine… 80 ans plus tard.

     

     


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  • Il y a trois ans, le monde découvrait Deniz Gamze Ergüven, réalisatrice franco-turque, avec son premier long métrage, Mustang, qui allait être récompensé par quatre César (dont celui du meilleur premier film), le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère et une nomination aux Oscars. Changement assez radical avec Kings, qui nous plonge au cœur des émeutes raciales à Los Angeles en 1992, fruits de l’affaire Rodney King, même si la jeunesse reste aussi le fil conducteur de cette histoire construite comme sur une corde tendue toujours prête à rompre brutalement.

     

    kings

    1992, dans un quartier populaire de Los Angeles. Millie s’occupe de sa famille et d’enfants qu’elle accueille en attendant leur adoption. Avec amour, elle s’efforce de leur apporter des valeurs et un minimum de confort dans un quotidien parfois difficile. À la télévision, le procès Rodney King bat son plein. Lorsque les émeutes éclatent, Millie va tout faire pour protéger les siens et le fragile équilibre de sa famille.

     

    Kings est un drame qui se développe à la fois sur l'axe familial, politique et social. Deniz Gamze Ergüven nous immerge dans la vie d’une famille afro-américaine qui vit dans un quartier marqué par la violence, mais aussi par le bruit... cris, hurlements, sirènes, tirs… ambiance sonore amplifiée et exacerbée par le quotidien de cette famille où la magnifique et bouleversante Halle Berry campe Millie, une mère, seule, totalement débordée, qui recueille des enfants en difficulté, tandis que Daniel Craig son voisin est un écrivain alcoolique, bougon et colérique. J’insiste sur cette notion de bruit car il participe constamment à une forme de surenchère globale qui donne à Kings de nous mettre à la fois sous pression et comme en immersion dans l’histoire racontée. Au son s’ajoute aussi les plans serrés sur les visages des comédiens qui traduisent le sentiment de suffocation ressenti par les personnages et par effet de contamination par le spectateur.

    halle.berry kings

    Le film s’ouvre sur une séquence brutale du meurtre sanglant de la jeune Latasha, qui sonne le désir de vengeance de la population noire quand une simple sentence faite de sursis et d’amende tombe. Tout au long de son film la réalisatrice va agrémenter son scénario d’images d’archives et le construire comme une sorte de docu-fiction afin de magnifier l’impression de réalisme. Il faut le dire, il y a pour moi une vraie beauté esthétique dans cette façon de faire un cinéma du réel sans artifice. Autre point réussi à noter, dans la capacité de la cinéaste d’égrener de nombreux petits moments de bonheur ou d’humour au milieu des émeutes et du drame, même si le chaos reste tout de même le point d’orgue inévitable. 

     

    En ce qui concerne les thématiques abordées, elles sont nombreuses. Kings parle bien évidemment des questions d’injustice, de race, de violence et de non-violence. Cela en fait d’ailleurs un film particulièrement intéressant dans cette année de commémoration des cinquante ans de la mort de Martin Luther King. Mais il y a aussi beaucoup plus à y voir, avec des choses autour de la famille, de ce qui nous fait être famille, de l’éducation. Je veux redire encore la qualité d’interprétation d’Halle Berry dans ce rôle de mère courage exceptionnelle qui se bat pour protéger les siens et ceux qui le sont devenus. Les protéger des dangers qui ne sont pas tant là à l’intérieur du cocon familial, comme dans Mustang, mais à l’extérieur, dans un monde en furie où on ne sait plus à quoi se fier et vers qui se tourner. Il y a une réflexion d’ailleurs très pertinente sur la puissance de l’engrenage qui se manifeste dans ces circonstances ou la normalité s’efface. On pourrait là se souvenir des paroles néotestamentaires de l’apôtre Paul… « Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas ». Enfin, impossible de parler de Kings sans évoquer la jeunesse, car c’est dans leurs yeux que les événements se présentent à nous. C’est au rythme de ces adolescents, pris dans un vrai tourbillon tant de leurs sentiments et émotions, que de ce qui leur est imposé par les autres, que nous avançons comme marchant sur une corde tendue prête à rompre brutalement. Et l’on peut passer ainsi d’une scène d’apparition tendre et lumineuse d'une fille pas comme les autres (Rachel Hilson) devant les yeux ébahis et amoureux de Jess (Lamar Johnson) à la traversée nocturne et enfumée faisant de Los Angeles un décor de film d'horreur ou apocalyptique de ces deux mêmes protagonistes.

    kings   kings

     

    Deniz Gamze Ergüven confirme là ses talents et sa grande justesse en termes de casting et direction de jeunes acteurs (comme avec Mustang) à qui elle réussit parfaitement à faire porter sur leurs visages cette effroyable violence d’une adolescence brisée par les événements. 

     

     


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  • Le film Marie Madeleine, fraichement sorti sur les écrans français et toujours à l’affiche de bon nombre de cinémas, offre une relecture des derniers jours de Jésus-Christ. Cette histoire maintes fois racontée nous est présentée ici sous l’angle différent d’une femme terriblement moderne et incarnée avec force et vérité par la magnifique Rooney Mara.

     

    Marie Madeleine

    Marie Madeleine est un puissant portrait imaginé de l'une des figures spirituelles les plus énigmatiques et sans doute incomprises de l'histoire. Le biopic biblique raconte le cheminement de Marie, une jeune femme à la recherche d'une nouvelle façon de vivre. Contrainte par les hiérarchies et les inégalités de genre de l'époque, Marie défie sa famille traditionnelle de rejoindre un nouveau mouvement dirigé par le charismatique Jésus de Nazareth (Joaquin Phoenix). Elle trouve rapidement sa place à côté de lui et de ses disciples, au cœur d'un voyage qui les mènera à Jérusalem.

     

    Avec Marie Madeleine, le réalisateur australien Garth Davis, après son film Lion, nous rappelle combien le texte biblique, et l’Évangile en particulier, s’offre à nous dans la liberté. Que celui qui a des oreilles entende… et comprenne… et raconte à sa façon, dans sa manière d’imaginer le récit conté en y mettant les images, en comblant les vides… comme le faisaient tous ceux qui écoutaient les paraboles de Jésus. C’est cet aspect qui ressort sans doute en premier lieu car, il faut le dire, c’est avant tout une extrapolation réussie du récit biblique qui nous est proposée. Alors bien sûr, tout cela est inspiré de divers moments particuliers des évangiles canoniques ou apocryphes que l’on perçoit mais sans se préoccuper de l’exactitude des détails, de la chronologie ou autre historicité mais en imaginant et en construisant ainsi une belle histoire, beaucoup plus proche du film d’auteur que du péplum et résonnant avec une vraie contemporanéité et sans tomber non plus dans la facilité des sous-entendus dont on a pu avoir l’habitude autour de Marie Madeleine.

     

    Marie Madeleine 

    Le producteur Iain Canning explique ainsi les choses : "Nous avons senti que la perspective féminine de la vie et de la mort de Jésus était une nouvelle façon d'aborder les choses et qu'elle éclairerait aussi les problèmes contemporains."Et la productrice Liz Watts ajoute : « L'Histoire peut être interprétée et c'est une histoire que nous racontons, mais nous voulons qu'elle soit très respectueuse de la foi des gens. »

     

    On peut ressortir un certain nombre de pistes intéressantes dans ce récit ainsi proposé :

     

    - Il y a cette compréhension diverse qui existe au sein même des disciples concernant Jésus et de « son projet ». Cela renforce d’ailleurs cette possibilité offerte de réinterprétation des textes cinématographiquement. Si plusieurs s’attendent à une venue du « Royaume » sur Terre, à du miraculeux, à du sensationnel… parfois, comme ici avec Judas, pour répondre aussi à des besoins intimes et personnels, Marie elle reconnaît que le « Royaume » doit commencer en nous-mêmes. Ce message est tout autant révolutionnaire aujourd'hui qu’à cette époque et mérite d’être rappelé, nous introduisant dans une forme active, impliquante et engageante de la foi. À propos de Judas, joué admirablement par Tahar Rahim, il est d’ailleurs intéressant d’envisager sa personne et son attitude autrement. La complexité de tout individu est telle que, là encore, l’ouverture à une liberté d’interprétation est possible et même utile.

     

    - Marie Madeleine dépeint aussi une femme qui est déterminée à obéir à son appel à suivre Jésus - quoi que le monde puisse penser et quelques soient les obstacles qui viennent sur le chemin.“Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde qu’une femme prit et sema dans son champ”. Telle est la première phrase de Marie Madeleine que l’on entend en voix off, alors que, dans une scène marquante qui reviendra plus tard, l’héroïne du film s’enfonce lentement dans les eaux du lac de Tibériade. Le réalisateur a remplacé à dessein par “femme” le terme “homme”, que l’on retrouve dans la plupart des traductions du verset 31, chapitre 13 de l’Évangile de Matthieu.Un film qui revalorise clairement le rôle des femmes en général dans l’essor du christianisme, ce qui peut s’avérer important pour les femmes dans les Églises d’aujourd’hui, les encourageant à se sentir pleinement membres de leurs communautés. C’est donc un sujet intemporel là encore. J’ai personnellement aussi apprécié de voir la manière dont le réalisateur imagine l’implication de Marie au sein du groupe, propulsée par Jésus comme celle qui devient ses mains et sa voix pour propager la Bonne Nouvelle aux autres femmes. Détail on ne peut plus intéressant surtout quand on pense aux freins existants à cette époque dans les « relations sociales » permises entre hommes et femmes. 

    jesus

    - Et puis il y a Jésus… Son portrait dans Marie Madeleine nous met au défi de penser à quel genre de Messie il était vraiment, et quel genre de royaume il est venu apporter. Mais aussi il nous offre une façon de le voir, au sens propre du mot, différemment, loin des clichés habituels. Un Jésus qui peut rire mais qui laisse apparaitre aussi sa douleur, sa fatigue, sa peine, sa colère. En gros… voilà un Jésus qui a du caractère, ce qui manque terriblement trop souvent à sa représentation classique… et ça j’aime !

     

    Avec son esthétique très raffiné, une présence musicale d’une qualité remarquable et son rythme lent Marie Madeleine est un film que l’on peut considérer comme contemplatif mais aussi percutant qui souffle en tout cas un fort vent de liberté qui fait du bien et peut nous bouger sur nos lignes idéologiques sclérosantes. 


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  • Avec Jacques Higelin, c’est l’un de nos plus grands artistes qui vient de partir, ce vendredi 7 avril. Un poète, un chanteur, un artiste de la plume et du verbe… un influenceur discret mais engagé.

    Jacques Higelin 

    Je me souviens des jours heureux et je pleure disait Verlaine… Personnellement je préfère me souvenir en cultivant une forme de joie et garder la mémoire comme un moyen d’avancer toujours et encore. C’est donc ainsi que je garderai l’image du grand Jacques, car oui ce prénom peut être grand pour plusieurs et se partager ainsi avec bonheur. 

     

    Je me souviens donc… et là très précisément même, d'une émission radio le soir que j'écoutais sur ma chaine hifi que j'avais installé dans ma chambre d'ado juste à côté de mon lit (et là écoutant au casque car il était tard et les parents dormaient dans la chambre à côté !)... Émission où Jean-Louis Foulquier recevait Higelin et Deraime (je ne sais plus par contre si c'était la même ou 2 émissions différentes). Mais en tout cas, ces 2 artistes au micro de Foulquier m'ont donné une envie folle de ne pas faire de la musique juste comme ça... mais de la faire vivre avec d'autres musiciens et de la partager avec du public. Ce type de réflexion est revenu souvent sur les réseaux sociaux de la part d’amis artistes célèbres ou non, démontrant par là cette puissante influence qui se dégageait de sa personne et de son travail.

    Jean-Louis a pris de l'avance... Bill est toujours là et continue de me faire kiffer... mais Jacques est maintenant lui aussi parti, décédé ce vendredi matin à Paris, a annoncé sa famille, âgé de 77 ans. Le musicien, l'un des pionniers du rock français, avait depuis quelques temps semble-t-il une santé fragile et ainsi dû, cet été 2017, annuler des concerts. 

     

    Si l’artiste et son œuvre sont là dans nos cœurs, dans nos tripes, il ne faudra pas non plus oublier que ses mots prenaient aussi forme dans ses actes. Car si Higelin évoque dans beaucoup de ses chansons la société, les sans-papiers ou les difficultés économiques, il n’hésitait pas non plus à pousser de coups de gueule quand il le fallait et surtout aussi à s’impliquer par coups de cœur. Soutien inconditionnel des défavorisés et plus précisément des mal-logés, Higelin a ainsi régulièrement donné de son temps en s’engageant pour des associations soutenant des causes humanitaires.

     

    Un grain de poussière chantait-il, tombé du ciel, et qui maintenant s’est envolé et à la tête en l’air. Alors... champagne malgré tout, c’est ce qu’il aurait sans doute aimé !

     


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  • Martin Luther King, pasteur baptiste afro-américain né à Atlanta en 1929, a dédié sa vie à la lutte contre le racisme, la ségrégation, la pauvreté. Grâce à son combat non-violent contre toute forme d’injustice, les consciences ont commencé à s’éveiller et des lois essentielles pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis ont été votées. Prix Nobel de la Paix en 1964, il a été assassiné quatre ans plus tard, le 4 avril 1968, il y a cinquante ans aujourd’hui. Il avait trente-neuf ans. 

     

    CHANSONS POUR LE KING

    À cette occasion, je vous propose de jeter un rapide regard (non exhaustif) sur quelques chansons qui ont abordé la question en lien, soit directement avec l’homme et son parcours, soit avec les principales thématiques portées par cet apôtre de la non-violence mais néanmoins militant et acteur d’un changement profond de société mais hélas toujours encore en devenir.

     

    Au-delà du drame humain que représente la traite négrière, la rencontre de deux cultures, africaine et européenne, sur le continent américain, va provoquer la naissance d’une forme d’expression qui va façonner « l’Épopée des musiques noires ». Si les Negro-Spirituals et le Gospel ont accompagné la cruelle destinée des Noirs aux États-Unis, une autre émanation de cette tragédie quotidienne a vu le jour à la fin du XIXème siècle, c’est le Blues. Il n’était pas rare que les ouailles des Églises baptistes viennent s’encanailler dans les « Juke Joints », ces bicoques délabrées où des musiciens amateurs déversaient leur frustration et leur colère dans des ritournelles sombres et désabusées. Le Blues fut et reste la bande son du désespoir, la matrice de toutes les musiques afro-américaines. L’esclavage, tragédie humaine effroyable, a finalement provoqué la naissance d’une multitude d’engagements artistiques qui ont porté le discours de Martin Luther King jusqu’à Washington.

     

    Les chants propulsent alors dans l’espace public, comme au plus profond des individus, des paroles propageant la non-violence prêchée auparavant. We Shall Overcome, l’hymne principal du Mouvement pour les droits civiques combine un vieil hymne baptiste, I’ll be allright, au texte d'un vieux gospel de Charles Albert Tindley, I'll Overcome Someday. Popularisé durant les années 40 dans les syndicats mêlant ouvriers noirs et blancs, il se retrouve durant le Mouvement au cœur des manifestations proclamant, envers et contre tout, à temps et contretemps, l’espérance des manifestants. We Shall Overcomea été enregistré entre autre par Mahalia JacksonPete Seeger, Joan Baez, Frank Hamilton, Joe Glazer, Bruce Springsteen, Peter, Paul and Mary, les Mountain Men, Bob Dylan, Roger Watersdes Pink Floyd... Régulièrement encore, des adaptations sortent, souvent en lien avec des combats politiques ou sociaux.

     

     

    En 1964, on croit en l’évolution de la société américaine vers une véritable égalité raciale. L’un des chanteurs afro-américains les plus populaires de sa génération, Sam Cooke, chante alors A change is gonna come (ces choses qui vont changer) avec un véritable enthousiasme. Le morceau devient emblématique de la lutte pour les droits civiques, mais Cooke n’aura pas le temps de profiter pleinement de son succès puisqu’il est assassiné dans des circonstances encore très floues le 11 décembre 1964.

     

     

    Les textes reprennent souvent les grandes lignes du discours politique afin d’inciter les membres de la communauté noire à entrer en résistance. Par certaines caractéristiques linguistiques comme par leur mode de transmission, ils contribuent à diffuser le message du discours militant auprès des masses. Au nombre des artefacts utilisés, il est des images relativement explicites comme celle de l’oiseau en cage chantée par Nina Simone dans I Wish I Knew How It Would Feel To Be Free (J’aimerais savoir quelle impression cela fait d’être libre) en 1967.

     

     

    L’artiste ne se contente pas d’interpeller son public par des propos introducteurs, ses paroles n’ont pas seulement valeur d’exemple, elles sont également des messages directs d’un noir à un autre noir :

    Prenons l’exemple de Is It Because I’m Blackde Syl Johnson en 1968 : Y’see if you have white light brown skin and high yellow, you’re still black, so we got to stick together now (Que tu aies une peau marron clair et des cheveux décolorés, tu es toujours un noir, c’est pourquoi nous devons nous serrer les coudes) 

     

     

    Avec James Brown, en premier lieu, cette apostrophe, qui utilise, bien entendu le you – fort pratique en anglais en raison de l’ambigüité entre le singulier et le pluriel – est renforcée par l’utilisation progressive de l’impératif, appel direct à une implication dans l’action de la communauté : Get Up, Get Involved, Get Into It (Lève-toi, implique-toi, entre dans (le mouvement), James Brown, 1968), Say It Loud, I’m Black And I’m Proud (J. Brown, 1968). De même, l’ambigüité quant à la personne – singulier ou pluriel – dans l’utilisation de l’impératif contribue à la création d’un esprit communautaire. Mais surtout, la soul utilise la première personne du pluriel, mettant ainsi en avant l’idée de communauté :

    We Are Rolling On(1968), 

    We’re A Winner(1967), 

    We got talent we can use (Nous avons des talents que nous pouvons utiliser, I Don’t Want Nobody To Give Me Nothing) J. Brown. (1969).

     

    Plus globalement, à travers les années, la sphère musicale a été nourrie avec des chansons inspirées par Martin Luther King ou lui rendant hommage. En voici encore quelques une en ce jour symbolique.

     

    Le 28 août 1963, le pasteur noir a réussi à réunir plus de 250.000 personnes devant le Lincoln Memorial, à Washington D.C., durant la Marche sur Washington pour l'emploi et la liberté. C’est là qu’il prononce le fameux discours I have a dreamBob Dylan, le chanteur folk américain interprète ce jour-là son titre Blowin' in the wind avant que le pasteur prenne place. Un hymne qui prend tout son sens à cet instant précis : "How many roads must a man walk down / Before you call him a man ?" (Combien de routes un homme doit-il parcourir avant d'être appelé un homme ?)

     

     

    Stevie Wonder a composé en 1981 le titre Happy Birthday dans le cadre d'une campagne qui avait pour but de rendre hommage a Luther King en faisant de son jour d'anniversaire un jour férié national.

     

    U2 et son célèbre leader Bono ont également rendu hommage au pasteur. Avec leur titre Pride (In The Name Of Love) issu de leur album The Unforgettable Fire, paru en 1984,  le groupe de rock irlandais entonne "Early morning, April 4/Shot rings out in the Memphis sky/Free at last, they took your life/They could not take your pride", des paroles qui ne laissent aucun doute sur la personne visée. En effet, Martin Luther King a été assassiné le 4 avril 1968 à Memphis.

     

    La jeune génération n'oublie pas non plus… Le talentueux Will.I.Am s'est associé au rappeur  Common sur le titre I Have A Dream qui sample le fameux discours. Ce titre apparait sur la bande originale du film Freedom writers.

    De nombreux autres artistes ont rendu hommage à ce personnage historique. Ben Harper a composé le titre Like A King qui fait un parallèle entre Luther King et Rodney King. Enfin, Queen, le groupe de glam rock britannique a signé son titre One Vision où Freddie Mercury chante "Look what they've done to my dream" (Regarde ce qu'ils ont fait à mon rêve) à travers un solo de guitare endiablé.

     

     

    Cette intérêt pour Martin Luther King et tout ce qui accompagne l'homme a touché des groupes et des univers musicaux très divers. Prenons l'exemple ici du groupe de rap métal californien Rage against the Machine. Groupe connu pour ses nombreuses revendications et son appui à différents mouvements de revendication sociaux et musicaux, il signe en 1992 le titre Wake up, sur son premier album. Cette chanson est une ode à Martin Luther King, Cassius Clay et Malcolm X. Certaines paroles font clairement référence à l'assassinat de Luther King (I think I heard a shot) ainsi qu'à un discours qu'il avait prononcé (how long, not long cause what you reap is what you sow cité à la fin de la chanson), selon lequel il donnerait le pouvoir à ceux qui ne l'ont pas (he turned the power to the have nots). 

     

     

     

     

     

    La chanson française a aussi apporté sa pierre à l’édifice. Quelques évocations de MLK et de son message sont ainsi clairement interprétées par plusieurs artistes. 

    Le 29 mars, invité spécial d’Harry Belafonte, Hugues Aufray chante en présence de Martin Luther King, Les crayons de couleurs au cours d’un gala donné au Palais des Sports, au profit de la lutte contre le racisme. Pour la première fois la chanson se met au service d’une cause humanitaire.

     

     

    Peu de temps après son assassinat, Jacqueline Dulac lui rend hommage en 1970

     

     

    En 1998, un collectif de rappeurs français sort 30 ans après Martin Luther King, une chanson extraite de la compilation "Generation Exile ", lancée par une association protégeant les droits de l’homme et regroupant des artistes de styles et d’horizons très divers. Cette chanson intitulée est un superbe hommage de 14’54’’

     

     

    Sur son album Frontières, en 2010, la chanson Angela de Yannick Noah rend hommage à Angela Davis. Il fait référence à de nombreux faits de 1968 et de 2008. Dans le clip de ce morceau, on voit notamment des extraits de Martin Luther King ou encore des extraits des discours de Angela Davis.

     

     

    J’évoquerai aussi le rappeur chrétien Lyonnais Lorenzo MPC qui, à sa façon, dans son titre Une seule race, une seule couleur s’appuie sur le discours I have a dream de Martin Luther King pour porter des valeurs chrétiennes de fraternité.

     

     

    Pour finir sur l’aspect musical, comment ne pas évoquer Glory, le titre de John Legend avec la participation (à nouveau) du rappeur Common, chanson phare de la Bande Originale du film SELMA, qui lui valut de recevoir 8 récompenses dont le must… l'Oscar de la meilleure chanson originale en 2015.

     

     


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