• Cet été se déroulait à l’Olympia la deuxième cérémonie des Angels Music Awards récompensant des artistes de la scène musicale chrétienne. Derrière cet intitulé, une signature : « Music inspired »… Cette expression est justement peut-être la meilleure définition pour évoquer l’album « Toi & moi ».

    TOI ET MOI ALBUM

    Toi & moi c’est tout d’abord un projet collectif rassemblant 9 compositeurs et 20 musiciens, porté plus particulièrement par l’un d’eux, Xavier Lespinas, lui-même batteur mais aussi missionnaire au sein d’Agapé France.

    Toi & moi c’est aussi de la musique et encore de la musique et toujours de la musique… Ici le verbe disparaît pour laisser seuls les instruments s’exprimer. Et quand une voix cherche à s’immiscer alors elle trouve sa place mais au cœur des autres, sans textualiser, juste être, elle aussi… musique.

    Comme il faut toujours chercher à faire rentrer tout projet dans des cases bien définies, alors on dira que Toi & moi c’est du jazz. Et là, j’imagine déjà nombreux ceux prêts à décrocher. Et oui, pour beaucoup demeure cette « grande idée » que le jazz est élitiste et dopé à l’égo. Alors on n’aime pas… parfois juste par principe… ou alors on aime, mais parfois aussi, juste par principe d’ailleurs… Et cette « grande idée » n’est, il faut l’avouer, pas toujours fausse… mais, mais, mais… c’est au contraire tout l’inverse qui se dégage des 12 morceaux de cette bien jolie galette numérique. Les deux mots qui s’adossent donc à ce que mes chères oreilles ont pu déceler dans Toi & moi seraient plutôt humilité et sincérité. On pourrait aussi y ajouter une certaine fragilité parce que tout ce qui est précieux est un peu fragile et se consomme avec la conscience du beau et du bon.

    On a parlé de collectif, alors c’est assez logique, me direz-vous, pour un groupe. Il paraît d’ailleurs qu’il faut être deux officiellement pour devenir groupe et comme tout le monde le sait : deux valent mieux qu’un !... Mais avec Toi & moi les chiffres se multiplient vite et pas juste dans l’interprétation des œuvres mais dans tous les éléments de production et de réalisation. Plutôt que de faire simple, Xavier Lespinas préfèrerait-il faire compliqué ? Non… il préfère juste unir des gens qu’il aime, qu’il apprécie chacun dans son domaine de compétence pour leur permettre de donner le meilleur et de nous le partager.

      

    Pour aller plus loin, Xavier Lespinas répond à quelques unes de mes questions :

    XAVIER LESPINAS

    1 - Quelle est la genèse de ce projet ?

    Il y a 3 ans m'est venu la vision d'un projet qui pourrait honorer Dieu pour sa créativité notamment dans la musique. La musique est intarissable, d'une diversité impressionnante. La capacité des musiciens à improviser de manière spontanée m'a toujours émerveillé. Je crois aussi que la musique inspirée a une puissance spirituelle et nous sommes beaucoup à l'avoir expérimenté. Je pense au verset de 1 Samuel 16.23 qui dit : "David prenait sa lyre et en jouait. Alors Saül (le roi) se calmait et se sentait mieux, et le mauvais esprit le quittait". C'est l'objectif de ce projet. Que les auditeurs vivent un moment particulier de ressourcement et peut être une expérience spirituelle.

    2 - Pourquoi ce choix de l’instrumental uniquement ?… Ce n’est pas forcément « vendeur » en particulier sur le « marché chrétien » ?

    Parce que la musique nous ouvre l'âme et la réflexion. Nos pensées sont ainsi libres et notre attention n'est pas retenue par des textes. Les compositeurs ont construit les titres dans une attitude d'écoute de Dieu, pour que les morceaux soient vraiment un canal que Dieu pourrait utiliser pour parler aux auditeurs. Tous les 20 musiciens et les 11 ingénieurs du sons et artistes ont donné de leur don et de leur créativité avec cette attention particulière. Dieu a vraiment conduit toutes choses pour construire ce puzzle...

    Peu de projets instrumentaux de qualité existent aujourd'hui dans notre environnement chrétien. C'est vrai que la tendance est plus à la louange aujourd'hui et c'est plus vendeur, mais notre projet veut s'insérer dans cette tendance pour proposer "une pause musicale inspirée" et aussi pour être un outil de partage de l'Évangile avec un album de musiciens chrétiens français reconnus professionnellement.

    L'objectif est de bénir, les titres de Toi & Moi sont aussi disponibles pour des projets vidéos ou internet chrétiens en étant libres de droits sur demande.


    3 - Quel bilan faites-vous aujourd’hui ?

    C'est très encourageant, l'album est très bien perçu et apprécié par beaucoup pour sa qualité musicale et sa production. De très bons ingénieurs du son comme Matthias Heimlicher, Jean Paul Pellegrinelli, etc. ont réalisé des mixages exceptionnels pour les connaisseurs. L'album est sorti avant l'été et nous avons eu un bon démarrage des ventes, tous les bénéfices vont à la mission en France à travers Agapé France.

    Nous devons continuer la communication et mieux faire connaitre le projet, notamment avec les réseaux sociaux. Nous comptons sur vous lecteurs pour partager le projet ;-) entre autres sur Facebook.

    4 - Maintenant que l’album est sorti, quels sont les projets concrètement ?

    Nous aimerions développer quelques partenariats avec des distributeurs et nous réfléchissons à réaliser plusieurs concerts par an. Le concert de lancement que vous pouvez voir sur la chaine Youtube nous a montré que de nombreux amis non croyants étaient intéressés de vivre avec nous ce type d'expérience. Une quarantaine d'entre eux étaient présents sur 200 spectateurs. Le live Facebook a vu jusqu'à 1400 personnes supplémentaires s'ajouter au public.

    Il y a un potentiel de partage de notre foi avec ce type d'événement musical. Les compositeurs partageaient avant chaque morceau dans quel état d'esprit ils ont composé leur titre. Par ces partages, nous avons pu transmettre notre foi et beaucoup de spectateurs nous ont félicité après le concert pour cette expérience de réflexion qu'ils avaient vécue et que ce concert les avait apaisés.

    Ce type de concert avec un style Jazz accessible nous permet d'entrer en relation avec un public large, dans des salles extérieures aux Églises, et de leur proposer plus qu'un concert ; un moment de réflexion sur la foi des musiciens.

    C'est ce que nous voulons construire pour les prochains mois.

    concert Toi et moi

    www.toietmoi.org

    Chaine Youtube : https://youtu.be/Gfm1hYiG-CI 

    Page FB : www.facebook.com/ToietMoi.org


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  • Grand prix et coup de cœur de nombreux festivaliers à Cannes 2017, 120 battements par minute est l’une des grosses sorties de la semaine et, en tout cas, le film "émotion" à voir.

    affiche 120 battements par minute

    Le réalisateur Robin Campillo nous plonge au cœur des années sida au travers de l’histoire d’Act Up, sous forme très proche d’un docu-fiction brutal et dérangeant (mais dans le bon sens du terme) et surtout, en se fixant plus précisément progressivement sur certains de ces activistes qui montent des opérations spectaculaires pour sensibiliser l’opinion aux ravages du sida et accélérer la diffusion des traitements aux malades, et en entrant dans leur histoire personnelle. Nahuel Pérez Biscayart qui incarne Sean est ainsi tout simplement magnifique et criant de vérité. Il nous entraine dans l’émotion et apporte énormément au film. Beaucoup de « second rôles » sont aussi remarquables comme, par exemple, la mère de Sean que l’on découvre en fin de film dans une scène à la fois émouvante et vivifiante. Je choisi ce terme à dessein car il vient comme un paradoxe dans le contexte et correspond précisément à l’ambiance de cette scène.

    Le film nous entraine dans l’envers du décor d’Act Up en montrant la préparation de ces actions spectaculaires et surtout les débats qui les accompagne, ces fameuses RH (réunions hebdomadaires) parfois houleuses entre les militants pour décider du type d’actions à mener et organiser le travail au sein de l’association.

    RH 120 battements par minute

    On pourra aussi préciser que, si le film contient naturellement dans le contexte du scénario, certaines scènes de sexe explicites, Robin Campillo a su intelligemment ne pas surenchérir sur cet aspect et même les filmer avec une certaine tendresse et douceur.

    120 battements par minute avait donc su trouver son public à Cannes et surtout toucher son cœur… on peut parier que cette sortie aujourd’hui risque d’avoir les mêmes effets !


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  • Cet été me permet de faire un rattrapage sur certaines séries ou films que j’avais mis de côté… pour plus tard. « This is us », sortie en septembre 2016 sur NBC puis en France en début d’année sur Canal+, en faisait partie. On en avait beaucoup parlé, présentée comme l’une des grosses séries de l’année, et donc mon attente était légitimement forte mais aussi curieuse. Verdict : Magistral ! On touche à la perfection et le bonheur est immense à déguster cette fresque familiale atypique, drôle, touchante et réalisée et montée comme une pièce d’orfèvrerie.

    THIS IS US 

    Quatre personnages principaux nés le même jour deviennent l’argument pour nous raconter la vie, les joies et les malheurs d'Américains moyens : Un couple qui s'apprête à avoir des triplés, un acteur de sitcom frustré, une obèse qui peine à perdre du poids et un homme d'affaires noir adopté par des blancs à la recherche de son père biologique. Oui, clairement au départ on flirte avec la caricature qui peut nous faire craindre le pire… mais c’est bien le meilleur qui surgit et dès le premier épisode pilote qui est une pure merveille.

    Cette fresque se joue en fait sur trois générations en forme d'album de famille, celui des Pearson et de tous ceux qu'ils ont croisé entre les années 1980 et aujourd'hui. Un mélodrame d’une immense délicatesse, capable de titiller nos glandes lacrymales avec mesure, de mêler une géniale bande originale et une prose subtile, des retournements de situation et beaucoup de cohérence émotionnelle et narrative. Le créateur de This is us, Dan Fogelman, parvient à connecter toutes ses intrigues, à imaginer des personnages entiers, tous attachants. Et pour se faire, il use d’une méthode peu conventionnelle mais qui fonctionne parfaitement : refuser la linéarité temporelle en jonglant constamment dans l’espace temps de cette famille, du passé au présent… hier, aujourd’hui, retour avant-hier… La narration ambitieuse entrecroise ainsi les destinées liées de ces quadras, et change de temporalité avec fluidité.

    THIS IS US FAMILLE 

    Cet apparent périlleux choix permet pourtant de nous livrer l’histoire comme on se confie progressivement à un ami. On apprend, on comprend les choses petit à petit. Rien ne nous est jeté à la figure violemment mais plutôt proposé avec tact et douceur. Il y a ainsi une forme d’art de la subtilité dans This is us porté par une mise en scène sobre mais classieuse, un montage au scalpel qui donne une efficacité redoutable, les apports régulier d’une musique et de chansons qui tombent toujours à pic, un jeu d’acteurs quasi parfait et d’égal niveaux pour tout le casting (même les enfants sont remarquables), et un script de haut vol avec des répliques vertigineuses. 

    THIS IS US CASTING

    Enfin il faut évoquer les thématiques nombreuses et empreintes de simplicité à la fois. Des sujets universels, proches de nous, proches de chacun en fait qui peut ainsi s’y retrouver même si la culture américaine est bien présente mais non éloignante de nos réalités propres. On y parle bien sûr de famille, d’amitié, d’identité, d’addictions, d’intégration, de frustrations, de souffrance, de maladie, de mort, de rédemption, de pardon, de secrets… mais on y parle surtout d’amour ! Et justement, « Il est temps de rappeler que, dans la vie, la clé est l’amour, et non la haine ou la peur » souligne le comédien Ron Cephas Jones, interprète du père qui a abandonné son enfant.

    Mais au delà de ces thèmes évoqués, This is us est une histoire de transmission. Transmission de valeurs, d’une Histoire faite d’habitudes, de traditions, de culture, de souffrances, de névroses aussi. Cette série travaille sur la substantielle pâte de l'humain dans ce qu'il a de plus beau mais aussi de plus complexe à la fois. Elle défend ainsi l’idée d’une thérapie systémique cherchant à aborder les gens non seulement au niveau individuel, mais dans une compréhension globale portant sur les interactions de groupes et les caractéristiques du système dans lequel ils vivent.

    Pour info, This Is Us, dont la première saison s’est achevée, outre-Atlantique, sur une audience record de 13 millions de téléspectateurs en deuxième partie de soirée, a déjà été reconduite pour les saisons 2 et 3. Et je n’attendrai pas l’été prochain pour la regarder la saison 2…


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  • Quoi de mieux qu’une plage pour un film qui sort en plein mois de juillet… mais cette plage-là est d’un tout autre calibre. On s’en échappe ou on y crève ! Dunkerque, c’est pas le club Med chez Christopher Nolan, mais l’occasion pour lui d’utiliser cette histoire d’évacuation des troupes britanniques et françaises piégées par l’ennemi afin de travailler sur ses thèmes fétiches et aboutir à une œuvre magistrale.

     

    DUNKERQUE affiche

     

    La jetée, une semaine

    La mer, un jour

    Le ciel, une heure

    Après une introduction qui nous plante le décor d’un combat où l’ennemi est invisible mais tout-puissant et des soldats qui sont pris comme des rats cherchant à s’échapper pour survivre, Christopher Nolan nous fait entrer véritablement dans le film avec ces trois positionnements géographiques et temporels. Dans ces trois décors se jouent alors de multiples histoires qui se font écho, qui se croisent, qui s’entremêlent tout en ne se déroulant pas dans la même échelle de temps. Dis ainsi, on pourrait s’inquiéter qu’une certaine complexité apparaisse mais c’est au contraire un élément de force qui apporte un rythme étonnant et qui ajoute à l’histoire en amplifiant cette thématique de la survie qui éclate extraordinairement tout au long du récit.

    DUNKERQUE

    Christopher Nolan touche au génie dans sa réalisation et ses choix scénaristiques. Pour faire un film de guerre (du moins racontant un épisode d’un guerre), il choisit de ne pas parler du conflit mais de suivre des itinéraires… qui vont d’ailleurs en sens contraires pour une même alternative : s’enfuir et vivre. Alors il y a ceux bien sûr qui veulent quitter la plage par tous les moyens possibles et mais aussi d’autres qui veulent la rejoindre pour les aider ou les transporter. Et qui dit guerre induit aussi camps adverses, et là aussi il y a cet ennemi qui est forcément présent. Présent mais pourtant toujours invisible. Les Allemands n'existent que par leurs balles, par leurs avions mais sans même apercevoir leurs pilotes et donc par une présence quasi fantomatique, tels des rôdeurs dont les ombres entourent la plage. Et le spectateur se retrouve au cœur de l’histoire, lui aussi dans cette impression d’être chassé, de suffoquer que l’eau monte ou que le cockpit de l’avion ne s’ouvre plus… Il vit la fuite comme les soldats et les civils ont pu la vivre et la ressentir. Et dans la survit, c’est le silence qui l’emporte. Les mots sont en trop, superflus, voir perturbants… Alors le film est justement avare de parole. Et Nolan privilégie un regard, un visage, une émotion, une action.

    Et puis il y a Hans Zimmer, le Maestro (et habitué du tandem avec Nolan) qui nous livre sans doute l’une de ses plus belles partitions, élément fondamental de Dunkerque. À la fois porteur comme la chape d’une maison en construction, la BO est aussi là l’élément qui relie les unités de temps et les histoires. Une partition quasi unique qui ne semble n’avoir ni commencement, ni fin… mais qui est là et accompagne la douceur, la tension, la joie, la vie, l’espérance ou la mort.

    DUNKERQUE

    1h47 ! Dans cette indication de durée qui correspond précisément à la longueur de Dunkerque, se joue aussi l’une des réussites de Christopher Nolan. Il ne fait pas trop et terriblement efficace. Juste ce qu’il faut pour développer et couper quand il le faut, filer droit et virevolter au dernier moment comme le fait d’ailleurs un Spitfire dans les airs pour échapper au chasseur ennemi ou le little ship britannique dans la ligne de mire du Stuka allemand. Pas de superflus, de bons sentiments, de larmes ou de rires qui n’ont pas leurs places dans cette histoire. C’est à l’économie que Nolan travaille question émotions, du moins économie visible car on est loin d'être en manque, mais c’est à l’intérieur que tout se passe, au fond des tripes des acteurs… comme dans celles des spectateurs.

     

     


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  • Si ArtSpi'in est un blog personnel, il peut devenir, comme c'est le cas avec cet article, un support d'écriture pour la plume de certain(e)s ami(e)s inspiré(e)s. Cet article est signé par Joan Charras-Sancho et vient en écho à mon Billet d'humeur joyeuse et confiante suite au culte télévisé sur France 2, dans le cadre de Présence Protestante, le dimanche 25/06/17 à Hillsong Paris.

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    La diversité de la FPF est sa richesse mais aussi son atout en ces temps de clivages sur tout et n’importe quoi. Les cultes diffusés le dimanche matin sur la chaîne publique donnent à voir cette diversité et c’est avec bienveillance et amusement que je propose ce regard critique venant d’une théologienne luthéro-réformée à tendance charismato-inclusive. L’idée étant de relever, ce qui, au court du visionnage, a retenu l’attention de la liturgiste que je suis. Ces détails, parlants, ont leur importance théologique et je serais ravie que ce petit exercice donne envie à d’autres de s’y essayer – et de mieux le réussir que moi !

    culte tv hillsong paris

    Une ambiance particulière

    Un culte Hillsong, c’est une ambiance particulière, probablement aux antipodes des cultes austères, minéraux, intellectuels de certaines assemblées luthériennes et réformées de grande dissémination. Là, cette ambiance est tamisée, avec des éclairages qui font un peu penser à une salle de concert tout en créant une tierce ambiance qui déplace : ni salle de concert, ni culte classique…un culte Hillsong veut donner envie d’aller plus loin, dès les premiers instants.

    Une façon de s’adresser à la communauté

    Le phrasé légèrement émotif des orateurs, qu’ils passent à la télé en direct ou pas (ils sont tous filmés et passent toujours sur le net, ça ne change rien) met aussi dos à dos Billy Graham et ses collègues plein d’assurance et une forme de présence pastorale « empruntée ». Là, on a un jeune chrétien qui tremble et se réjouit, tout à la fois, de servir Dieu. Il est ému, il l’assume et ça se voit. A la longue, c’est un peu agaçant, d’ailleurs. Comme tout phrasé, ça se travaille et on peut éviter le ton « Neuilly-Passy ». Sauf si on veut restreindre sa cible à celles et ceux qui sont un peu riches, un peu hypes, un peu dans le vent. Mais je n’ose croire cela.

    Dans le fond, Hillsong, ce sont des pros de la communication, il suffit de les écouter : « Eglise », c’est une façon peu commune de s’adresser à une assemblée. Mais en même temps, c’est court, c’est clair et c’est fédérateur : que tu sois là, sur place, derrière ton poste ou en train de regarder ça sur ton téléphone, tu es Eglise. C’est inspirant. Et ça sort de l’aspect binaire « chères sœurs, chers frères ». Je note. 

    Une autre image de l’Eglise

    Le conducteur de louange est noir, les femmes sont de suite présentes à l’écran. D’ailleurs, plus tard, une femme pasteure – enfin, heu, une femme de pasteur , bref, les deux !–donnera le message. Hillsong est une Eglise qui attire les jeunes, qui aime la diversité des origines, qui prend autant soin des hommes que des femmes (ils font des week-ends géniaux pour les sœurs, dans de grandes capitales européennes ! J’attends toujours que l’UEPAL le fasse…) Cet amour des gens jeunes et cools se traduit même dans les cantiques : « à jamais jeunes en ton amour », dit l’un d’entre eux. Ca me rappelle le cantique que les missionnaires luthériens ont enseigné aux camerounais « blanc, blanc comme neige ». On chante aussi nos fantasmes, c’est bien humain. Le tout étant de le remarquer…D’ailleurs à la fin, on est encouragé à servir Dieu dans notre génération. J’aimerais savoir si ça s’adresse à toutes les générations, mêmes les personnes du 3ème et du 4ème âge, qui forment probablement le gros du public de ce format de culte ! 

    Des rythmes plus ou moins biens gérés

    Le grand atout d’Hillsong, c’est qu’ils sont rôdés à l’audio-visuel. On peut même dire qu’ils ont tout à nous apprendre, nous vieilles Eglises. Du coup, ils gèrent très bien, avec les lumières, les cantiques, les fonds musicaux, les intonations de voix et les mimiques des orateurs, les transitions (rapides et efficaces) entre temps d’exaltation et temps d’adoration. Leur recherche d’adoration les conduit cependant à l’écueil de la répétition (je vais à Taizé plusieurs fois par an, je connais bien cet écueil !) notamment en ce qui concerne « Ce nom est victorieux », une phrase d’un cantique. Il faut réaliser que les paroles étant assez pauvres, et ce afin d’être comprises de toutes et de tous, le fait de les répéter n’apporte rien à partir d’un certain moment. A moins qu’on ne veuille une ambiance de transe mais j’en doute dans le cadre d’un culte FPF en direct sur une chaîne publique.

    Des idées de génie

    Hillsong a bien des choses à nous enseigner. Le fait de préparer les sujets de prière à l’avance et de les mettre sur le vidéo-projecteur, c’est pratiquement à préconiser pour tous les cultes télévisés. Le fait de n’avoir aucun déplacement liturgique, pour ce format, c’est aussi beaucoup plus lisible. On garde un point focus, on reste concentré. Un témoignage de jeune converti, si on ne peut pas le généraliser (il faudrait déjà en avoir pour le faire !) est audacieux, notamment sous cet angle-là : dans sa vie quotidienne, à bidouiller sur l’ordinateur. Le fait de le laisser dire les choses, avec ses mots, sans filtre, rend son témoignage proche et intelligible. Extraits : « J’étais perdu comme tous les jeunes de mon âge ; ce week-end Hillsong pour jeunes, c’était un concert, vraiment cool ». Ce langage accessible doit nous interpeller, nous, vieilles Eglises.

    Une vieille ficelle

    La grande surprise, pour moi, ça a été la valorisation, via le témoignage du jeune (c’est très astucieux, bravo !) « perdu mais geek mais cool » de l’appel à la conversion. Je pense directement aux bancs de repentance de l’Armée du Salut, à la convention pentecôtiste à laquelle j’ai un jour assisté il y a 15 ans, bref, je suis rassurée de voir que les pentecôtistes ont aussi leurs vieux leviers rituels et liturgiques auxquels ils tiennent.

    Un message qui se veut puissant

    La femme-pasteure/femme de pasteur est elle aussi une professionnelle du « semi-free speech ». Debout, à l’aise, elle regarde bien l’assemblée et ne s’aide pas de notes pour parler. Hillsong veut se profiler comme une Eglise complémentariste où les couples pastoraux exercent leurs dons ensemble. Le leader, c’est l’homme mais il n’est rien sans sa femme. Un jour j’étais à un culte Hillsong-Paris et le pasteur a même précisé qu’il aimait grave sa femme et qu’il la trouvait canon ! J’avoue qu’en tant que femme de pasteur luthéro-réformé, j’ai été un peu jalouse. Chez nous, ça ne risque pas d’arriver. Bon, en même temps, ça fait presque 70 ans qu’on a des femmes pasteures. De plus en plus, d’ailleurs.

    Revenons au message. Bien qu’à l’aise, l’oratrice parle de façon un peu pincé, un peu tendue. Elle annonce d’ailleurs dès le départ que son message va être fort. Dans ma tradition, on appelle ça de l’orgueil mais je veux bien croire que c’est une question de lunette ecclésiale. Je crois que chez eux c’est juste une constatation : on lit la Bible, on prêche dessus, ça va être fort. Pourquoi pas. Là où je tique, c’est quand elle utilise le témoignage d’une tierce personne pour faire sa démonstration. Déjà, les sujets de prière mis en public, c’est déconcertant pour moi mais j’en vois l’avantage. Là, je pense qu’il vaut mieux rester sur ce que ce passage de la Bible signifie dans MA vie, ce qu’il éclaire, ce qu’il remue, ce qu’il déplace. Trop de témoignages tue le témoignage.

    Un catéchisme caché

    Chez nous (les vieilles Eglises qui ont des orgues etc), on fait le catéchisme. Cette formule évolue et on est loin du temps de Luther où les jeunes devaient pouvoir répondre à n’importe quelle question pointue du catéchisme. Exemple : « Quel est le Sacrement de l'autel? Il est le vrai corps et le sang de notre Seigneur Jésus-Christ, sous le pain et le vin, pour nous chrétiens, à manger et à boire, institué par le Christ lui-même. » Maintenant, en Suisse, on propose des catéchismes-péniche, en France on mutualise les forces et on fait même des mannequin-challenge. Bref, ça m’a bien surpris que la pasteure fasse répéter des paroles de repentance à l’assemblée. J’ai eu le sentiment d’un retour au catéchisme de Luther saupoudré d’une bande-son émotionnelle. Si ça se trouve, Luther aurait kifé ! (Je parle jeune moi aussi).

    Blague à part, ce qui ne va vraiment plus pour moi, c’est quand, à la fin de ce moment, disons, fidèle à la tradition luthérienne, la pasteur s’exclame : « Waouh super ! Amen. » Les pasteurs n’ont pas à valider les élans de foi des fidèles car cela les pose dans un posture de coach, au mieux, de censeur, au pire. Un pasteur exhorte, enseigne, prie avec ses fidèles et se repent tout comme eux car il est autant pécheur et gracié qu’eux. C’est important qu’on en rediscute, théologiquement, de ce point, je pense.

    Une belle emphase sur la prière

    Ce qui m’a le plus séduit, dans ce culte, c’est le temps de prière à la fin. On peut dire que chez Hillsong, ils aiment prier et ça se sent. D’abord, ils pensent à remercier pasteure Karine (j’apprécie qu’ils l’appellent pasteure, d’ailleurs). Puis ils demandent qu’on garde une partie de leur équipe dans leur prière, ils s’en vont dans l’Océan Indien. C’est aussi ça, Hillsong : des équipes pros d’évangélisation, une grosse capacité à lever des fonds en cas de catastrophes, un fort esprit de service. Concernant la prière finale, celle qui demande la grâce (j’imagine que c’est la bénédiction), j’ai apprécié le décalage entre cette demande et le fait de brandir une Bible à 1,50€. Hillsong, sa force, c’est de créer des décalages qui parlent à celles et ceux qui ne comprennent rien à nos vieux mots et nos vieux rituels. Les observer, c’est apprendre.

    Je termine en disant que je suis vraiment contente qu’Hillsong soit dans la Fédération Protestante de France. Une jeune Eglise, sûre d’elle, qui maîtrise les outils de communication, qui sait jouer sur plusieurs registres de langage sans rien renier de ses traditions et qui fait confiance aux jeunes, ça ne peut être qu’une belle source d’inspiration pour nous. Ou mieux, si jamais Hillsong venait à considérer que nos Eglises, malgré nos vieux rituels et nos pasteurs plus friands de théologie que de bancs de repentance, ont réussi à s’adapter à 500 ans d’histoire… ce sera éventuellement le temps d’un beau Réveil, l’alliance rêvée de l’orgue et de la batterie, du banc et de l’éclairage soigné, du stand-up et des processions d’entrée, des jeunes et des vieux, des prières sur vidéo-projecteur et des prédications en chaire.

    Ah non, pardon, ça c’est le Royaume. Merci à la FPF de le faire avancer.

     

    Joan Charras-Sancho, née en 1980, a soutenu, en septembre 2015, sa thèse de doctorat sous la direction de la professeure Elisabeth Parmentier : « Pratiques liturgiques d’Eglises luthériennes et réformées en France et analyses théologiques de ces pratiques ». Chercheuse-associée à l’Université de Strasbourg et à l’Institut Léman de Théologie Pratique, elle est aussi membre de la Société Internationale de Théologie Pratique et du comité de rédaction de Vie&Liturgie. Membre de l’Union des Eglises Protestantes d’Alsace et de Lorraine, elle participe activement au service de la Dynamique Culte au sein duquel elle organise des formations ponctuelles et met en place des projets innovants, comme une Expo-Culte.

    Joan Charras-Sancho

     


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