• Après la quinzaine cannoise, choisir de se faire un blockbuster peut s’avérer bien sympathique. Mais dans le genre, on peut vite être aussi déçu… ou étonnamment surpris et séduit. Wonder Woman, la divine amazone de la franchise DC Comics revient pour deux heures d’aventures trépidantes réalisées par Patty Jenkins… et ça le fait !

    Cette Wonder Woman est sortie de l’univers des BD originelles et se situe bien loin de l’incarnation de Linda Carter dans les années 70 qui s’évertuait à sauver le monde en faisant irrémédiablement et frénétiquement la toupie. Ici nous découvrons l’histoire de Diana Prince, alias Wonder Woman, interprétée par la splendide actrice et mannequin israélienne Gal Gadot. 

    affiche wonder woman

    Diana, qui a grandi choyée et protégée par sa mère Hippolyte sur Themiscyra, mais qui a toujours voulu devenir une guerrière, prend brutalement conscience du cauchemar qui frappe le monde des hommes lorsque vient s’écraser sur l’île l’avion de l’espion Steve Trevor. Convaincue que la guerre est provoquée par Arès, le Dieu de la Guerre, Diana décide de quitter son foyer et son havre de paix en compagnie de Steve afin de le vaincre. En chemin, elle se retrouve non seulement confrontée aux horreurs de la guerre mais aussi aux ambiguïtés de la nature humaine.

    Wonder Woman ne s’enfonce pas dans les clichés possibles et souvent pathétiques de nombreux films de super-héros, en particulier chez DC Comics. Il mêle au contraire habilement au genre fantastique des aspects mythologiques, de superbes scènes de batailles épiques génialement orchestrées, beaucoup d’humour bien placé et une certaine gravité qui conduit même à une éloge de l’amour et du sacrifice. Si la beauté de Diana Prince est ce qui éclate au premier regard, on découvre vite qu’elle respire surtout la bonté et la compassion. Comme bon super-héro qui se respecte, son combat se joue naturellement contre l’injustice et dans la protection des innocents. Mais en utilisant le contexte de la Première Guerre Mondiale, qui, précisons-le là, est particulièrement bien rendu, la réalisatrice Patty Jenkins confronte la naïveté de sa jeune héroïne tout fraîchement sortie de son cocon douillet à la brutalité du monde réel et à ses horreurs pour l’amener à découvrir la place qu’elle peut ou doit y occuper.

    Diana et Steve Wonder woman

    On appréciera que ses paroles et ses actes fassent doublement mouche en apportant du bien mais en changeant aussi les mentalités autours d’elle. Diana devient une locomotive. Le faible reprend courage, le pessimiste recommence à y croire… Progressivement et dans l’action, elle découvre, pour sa part, sa véritable identité et comprend sa mission. Vous le devinerez sans doute, derrière ces remarques se profilent de nombreuses analogies pouvant nous conduire dans une réflexion bien plus profonde que le simple divertissement. Alors laissez vous tenter, et pourquoi pas y aller en famille pour passer un super moment et en discuter ensemble à la sortie.


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  • Un titre qui ne nous conduira pas vers l’œuvre magnifique de Raoul Peck mais vers une fiction qui fait grand bruit tant par le succès qu’elle rencontre que par son sujet et la façon de le traiter. Get out est le premier film réalisé par Jordan Peele.

    GET OUT Visuel

    Jordan Peele, n’est pas forcément un nom très connu de ce côté de l’Océan, mais il faut savoir qu’il est l’un des rois de la comédie américaine et la moitié du duo comique Key & Peele (avec Keegan-Michael Key) qui a notamment fait hurler de rire des milliers d’Américain(e)s grâce à des sketchs diffusés pendant l’émission de télévision culte Saturday Night Live. Alors un comique US qui devient réalisateur… on s’attend généralement à de l’humour bien « lourd » mais là… surprise… c’est un Thriller qui nait de son imagination, allant même jusqu’à être qualifié (de façon un peu excessive) de film d’horreur. Dans le fond, en y réfléchissant de plus près, peur et rire sont souvent des voisins très proches qui peuvent même cohabiter assez facilement, et c’est d’ailleurs ce que l’humour de Key & Peele recherche souvent en jouant sur l’absurde au point d’en être quasiment dérangeant. En allant juste un peu plus loin, vous provoquez un malaise angoissant qui tient le public en haleine. Get out est précisément construit de la sorte.

    Pour ce qui est du scénario, l’histoire de Get out est finalement assez simple. Chris, un photographe afro-américain, sort depuis quelques mois avec sa petite amie, Rose, qui elle est blanche. Arrive le jour où il va rencontrer ses parents pour la première fois à l’occasion d’un week-end dans leur résidence à la campagne. Sauf qu’une fois sur place, Chris se rend compte qu’au-delà du racisme ordinaire auquel il s’est malheureusement préparé, quelque chose ne tourne pas rond. L’endroit lui semble hostile… et tout devient de plus en plus étrange. 

    GET OUT couple voiture

    Get out résonne comme une métaphore de l'esclavage, mais surtout, de l'instrumentalisation des populations afro-américaines pour le bénéfice d'une société bourgeoise libérale dont il dénonce l'hypocrisie. Les méchants sont ici présentés comme des libéraux démocrates; des gens dont on pourrait dire qu'ils sont du bon coté de l’Amérique... Ce qui est vraiment très intéressant dans ce film, c’est qu’il montre l’aspect insidieux du racisme ordinaire. On n’est pas dans l’habituelle dénonciation de ce genre de chose. Le racisme ne porte ici ni cagoule du Ku Klux Klan, ni fouet à la main, et ne vient pas d’horrible rednecks. Il se positionne dans des idées reçues, ces phrases toutes faites, ces références aux aptitudes supposées des Afro-Américains en matière de sport ou même de taille de pénis. Jordan Peele souhaite clairement que son film fasse en sorte que le spectateur se pose des questions sur les préjugés que l'on se forge dès la naissance en fonction du milieu social.

    Get out est aussi un film très bien construit et magnifiquement joué. Joli casting d’ailleurs avec, en particulier dans le rôle de Chris, l’excellent Daniel Kaluuya qui peut commencer à s’enorgueillir d’un CV filmographique plutôt pas mal pour ses 28 ans. Jordan Peele parvient également parfaitement à imbriquer de belles scènes de tension, une direction d’acteurs impeccable, et un humour corrosif du meilleur cru. À ce propos, le producteur de Get out, Jason Blum, confie : "Les moments de pure horreur sont d’autant plus efficaces lorsque le spectateur peut aussi rire de temps en temps. Cela le déstabilise et quand on cherche ensuite à le terrifier, il réagit d’autant mieux aux effets horrifiques." Pour ce qui est de la tension, elle se manifeste progressivement et intelligemment de façon détournée, loin des codes habituels de l’horreur. L’angoisse s’installe à travers des signes, cette attitude très singulière des deux domestiques noirs. On avance avec cette ambigüité fondamentale des personnages qui engendre un sentiment de malaise d’abord diffus, puis de plus en plus fort qui s’empare à la fois de Chris et du spectateur. Et les choses évoluent passant de l’immersion dans le fantastique avec une séance imposée d’hypnose jusqu’à l’horreur finale violente mais pas premier degré et donc tout à fait supportable, même pour celui ou celle qui n’est pas adepte du genre. À noter entre ces deux dernières étapes une scène magique, emblématique et glaciale qui m’a rappelé certains épisodes du Prisonnier, ce bingo détourné en vente aux enchères du corps de Chris, dont la scénographie évoque furieusement la vente aux enchères négrière et qui se joue dans le silence, filmée comme aurait pu sans doute le faire le grand Stanley Kubrick.

    GET OUT famille

    On pourra peut être regretter la toute fin du film qui reste « gentille » et qui ne pousse pas le bouchon jusqu’au bout. Une happy end qui satisfera le plus grand nombre mais chagrinera le cinéphile averti. Il faut savoir que pour Jordan Peele justement cette fin devait être toute autre. Le cinéaste souhaitait en effet frapper fort avec une fin coup de poing qu’il a d’ailleurs tourné et que l’on peut retrouver sur internet. Mais après l’avoir testée sur le public lors de projections privées avant la sortie du film et vu la réaction négative des spectateurs devant cette fin nihiliste, le réalisateur a préféré suivre les conseils du producteur Jason Blum qui l’incitait à privilégier une fin heureuse et héroïque.

    J’aimerai enfin noter cette espérance qui peut s’apercevoir au cœur de cette sombre histoire. Comme une étincelle de vie, une permanence d’un fragment individuel d’humanité par delà la lobotomisation se déclenche soudain à l’occasion d’instants déterminants chez toutes les victimes. Et de façon étonnante et réjouissante, il semble que ces instants soient provoqués par le déclenchement du flash à chaque fois que le héros veut prendre une photo. Comme le pouvoir de résistance du cinéma face aux horreurs de nos sociétés ou plus simplement encore de la lumière face aux ténèbres.

    Get Out ose en s’attaquant à cette thématique du racisme avec une forme qui séduira largement tout en étant porteur de beaucoup d’interprétations profondes des aspects horrifiques de ce sujet qui nous hante tous. Mais une chose est sûre, n’acceptez plus jamais de boire du thé avec n’importe qui…

     

     


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  • Fin de Festival… l’heure du pré-bilan, avant que ce soir le Jury ne rende sa copie et nous dévoile le palmarès officiel. Mais déjà un certain nombre de prix ont été donnés dont le prix du Jury œcuménique et je me dois aussi de vous livrer le mien. Des choix totalement subjectifs que j’assume et qui ne représentent évidemment que mon avis du moment.

    Revenons tout d’abord sur ces premiers prix décernés dans cette journée de samedi. À 16h, dans le salon des ambassadeurs du Palais des Festivals, une foule particulièrement nombreuse cette année assistait à la cérémonie officielle organisée conjointement par le Jury œcuménique et le Jury de la presse internationale du cinéma FIPRESCI. Le soir, dans le théâtre Debussy, le Jury de la sélection Un certain regard lui aussi donnait ses résultats :

    Vers la lumière (Hikari) de Naomi Kawase, qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui rend les films accessibles aux aveugles grâce à l’audio description, a reçu le Prix du Jury œcuménique.

    Le Jury argumente son choix ainsi : « Ce film de grande qualité artistique nous invite par sa poésie à regarder et écouter plus attentivement le monde qui nous entoure, a déclaré le jury. Il nous parle de responsabilité, de résilience, d’espoir, de la possibilité, même pour ceux qui sont dans l’obscurité, d’apercevoir la lumière ». Ma critique à retrouver ici

    hikari

    120 Battements par minute de Robin Campillo s'est vu remettre le prix Fipresci en sélection officielle. « Un film d’amour, un film sur la vie, la vie plus forte que la mort, un film comme une lueur d’espoir » a justifié le Jury. Les autres prix Fipresci  ont été remis à Une vie à l’étroit (Tesnota) du Russe Kantemir Balagov et à L’Usine de rien (A Fabrica de nada) du Portugais Pedro Pinho.

    12O battements par minute

    Visages, Villages d’Agnès Varda et JR a reçu L’Œil d’or du meilleur documentaire, prix décerné par un jury présidé par Sandrine Bonnaire qui s’est dit « profondément émue par le choix d’Agnès et JR d’aller à la rencontre des soi-disant petites gens, touchée au cœur par ce film qui conte la considération de l’Autre à travers l’art. Deux regards conjugués, tendres et généreux… »

    Bruno, le caniche blanc de The Meyerowitz Stories a reçu la Palm Dog pour sa performance aux côtés de Dustin Hoffman. « Franchement c’était un rôle génial parce qu’ils ont mis le chien au cœur du scénario, explique l’organisateur du prix Toby Rose. Il est sympathique… pour cela, on s’est dit qu’il avait mérité sa récompense. » Dans la vraie vie, ce grand caniche s’appelle Einstein !

    La BO de Good Time des frères Safdie, signée par Oneohtrix Point Never et Iggy Pop, a reçu le prix Cannes Soundtrack.

    En partenariat avec le festival de Cannes, l’association « La semaine du Son » a créé un nouveau prix : Prix de la meilleure création sonore. Il a pour vocation de récompenser un réalisateur pour l’excellence sonore de son film « parce qu’elle sublime la perception artistique, sémantique et narrative du spectateur ». Concourent pour ce prix les films sélectionnés dans la section Un Certain Regard. C’est le film tunisien La belle et la meute de Kaouther Ben Hania qui a remporté hier ce prix de la meilleure création sonore, dans sa première édition.

    Du côté de la toujours très bonne sélection Un certain regard justement, le Jury présidé cette année par Uma Thurman a livré lui aussi son palmarès :

    Le prix Un certain regard est décerné à Lerd (Un homme intègre) de Mohammad Rasoulof. Le prix d’interprétation féminine à l’italienne Jasmine Trinca pour Fortunata. Le prix de la poésie du cinéma pour Barbara de Mathieu Amalric. Celui du prix de la mise en scène à Taylor Sheridan pour Wind river. Et enfin le prix du Jury à las hijas de abril (les filles d’Abril) de Michel Franco.

    LERD

    Voilà… et maintenant, à mon tour de me risquer à un palmarès, comme je le disais en introduction, totalement subjectif et assumé.

    Pour MA palme d’or, comme je le pressentais déjà en sortie de séance et l’expliquais dans ma critique, Hikari (Vers la lumière) de Naomi Kawase n’a pas été détrôné. Je me suis réjoui de constater que le Jury œcuménique y a été aussi particulièrement sensible pour lui remettre à l’unanimité son prix. Un film qui conjugue merveilleusement bien esthétique, poésie, musique, jeu d’acteurs, thématiques humaines et en plus diverses. Un film qui touche, droit au cœur et pourra se revoir, se réfléchir, s’approfondir encore. Hikari restera dans la durée sans nul doute. 

    JLG avec Masatoshi Nagase

    Pour ne pas en rester là je continuerai avec les prix d’interprétation masculine et féminine :

    Nahuel Perez Biscayart dans 120 battements par minute est pour moi remarquable et d’une intensité rare dans ce rôle difficile et poignant. Louis Garrel dans son interprétation de Godard est aussi à mentionner tout particulièrement.

    Maryana Spivak pour son rôle de mère égocentrique et impassible dans le film Nelyubov (Faute d’amour) donne à cet excellent film une tension directement liée à son personnage. Je voudrai aussi souligner le rôle de Jasmine Trinca dans Fortunata (mais en sélection Un certain regard) qui, une fois de plus, après Miele, notamment, confirme ses qualités exceptionnelles d’actrice italienne. Diane Kruger est aussi l’une des comédiennes incontournables de cette 70ème sélection.

    Et d’autres films m’on aussi marqué et j’aimerai les évoquer là rapidement. The Square drôle et efficace, mais aussi terriblement clivant, pourrait être mon Grand prix. Un prix du Jury qui irait alors à Wonderstruck offrant une jolie histoire venant sans doute faire un certain écho à Hikari sur certains aspects du scénario, même s’il n’en a pas la même richesse. Celui de la mise en scène serait offert à Michel Hazanivicius pour son originale approche de Godard dans Le redoutable, et enfin celui du scénario pour The Meyerowitz Stories qui, tout en me laissant quelque peu sur ma faim, me semble être intéressant dans sa façon d’aborder une histoire familiale torturée mais où toujours quelque chose de possible reste envisageable.

    loveless 

    Une dernière remarque enfin concernant ce qui peut être considéré comme la grande thématique de cette édition 2017 (toutes sélections confondues) : La difficulté de transmission et d’amour de parents à enfants. Signe peut-être d’une société en souffrance familiale… Il n’était vraiment pas très bon d’être « parent » bien souvent dans ces longs métrages qui ont nourris cette jolie quinzaine cannoise !


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  • Retour sur The Meyerowitz Stories du réalisateur américain Noah Baumbach. Second film (après Okja) qui sera disponible seulement sur la plateforme Netflix. Casting impressionnant avec Ben Stiller, Dustin Hoffman, Adam Sandler, Elizabeth Marvel, et Emma Thompson.

    THE MEYEROWITZ STORIES

    Chronique familiale new-yorkaise à la Woody Allen, The Meyerowitz Stories nous plonge dans le récit intergénérationnel d’une fratrie en conflit rassemblée autour de leur père vieillissant, joué avec son talent habituel par le classieux Dustin Hoffman. Rien de bien original sur le papier et, j’en conviens, rien d’exceptionnel non plus. Mais le cinéma, c’est aussi parfois, juste prendre un bon moment, sourire, se détendre et se laisser prendre par une belle histoire, bien jouée, bien ficelée. Et c’est vraiment le cas ici et le point fort de Noah Baumbach dans cette dernière œuvre.

    Mais, on pourra toujours aussi y voir malgré tout un peu plus en s’attachant aux ressorts du scénario. Et puisque 2017 est marquée par la thématique de la fraternité, pour le protestantisme français dans cette année de commémoration, alors c’est un film qui peut faire sens et servir pour discuter et réfléchir ensemble. Car dans l’histoire, rien ne va plus vraiment dans cette famille recomposée où non dits, blessures du passé, frustrations, et plein d’autres choses encore ont laissé des cicatrices toujours ouvertes. Et pourtant… la réconciliation ou restauration est peut-être encore possible, le pardon offert… et tout ça dans une certaine bonne humeur et fraicheur new-yorkaise d’un milieu bourgeois-culturel assez « folklorique ». 

    UNE FRATERNITÉ MALMENÉE  THE MEYEROWITZ STORIES  THE MEYEROWITZ STORIES

    Sans être un film génial qui marquera particulièrement ce Festival (à priori), The Meyerowitz Stories reste donc un bon divertissement, de qualité, et ouvrant à plus si on le veut.


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  • Ce 23 mai restera pour moi le jour de la présentation d’un film bouleversant, véritable coup de cœur de ce Festival de Cannes. Vers la lumière, la nouvelle réalisation de la japonaise Naomi Kawase, qui déjà en 2015 avec Les délices de Tokyo avait su me séduire, mélange à la fois beauté et profondeur et touche directement, droit au cœur !

    VERS LA LUMIÈRE AFFICHE

    Misako aime décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescriptrice de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre un célèbre photographe dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit. 

    Si la célèbre phrase de St Exupéry « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » peut faire admirablement écho à ce qui nous est proposé dans ce Vers la lumière, une autre phrase ressort avec une certaine majesté de ce film : « Rien n'est plus beau que ce que l'on a sous les yeux et qui s'apprête à disparaître ». C’est bien ce que ressent ce photographe renommé en train de voir sa vie se plonger dans l’obscurité. Lui, cet expert et amoureux de la lumière, s’enfonce dans le noir et voit le sens de sa vie lui échapper. Et c’est là qu’il croise le chemin de cette jeune et jolie Misako qui cherche de tout son cœur à dire ce qui est invisible pour d’autre au travers de son métier. Dans le même temps, elle voit sa vie marquée par l’absence d’un père aimé dont seul quelques souvenirs restent et la maladie attaquer sa mère vieillissante.

    VERS LA LUMIÈRE    VERS LA LUMIÈRE

    Le métier de Misako, peut-être montré pour la première fois de la sorte au cinéma, et la cécité grandissante de Masaya, offrent à la réalisatrice japonaise un terrain propice pour construire un petit chef d’œuvre tout en contrastes, d’une justesse incroyable et tellement émouvant. On pendra aussi du plaisir à voir aborder avec amour et originalité photographie et cinéma comme une vraie thématique. Nous avons même le droit à une forme d'explication de ce que devrait être une analyse filmique lors d'une séance de travail avec les aveugles pour tester l'audiodescription de Misako. De même, l'utilisation d'un film dans le film donne une vraie valeur ajoutée, apportant la force d'un symbolisme supplémentaire à l'histoire, autour de la question de la perception du réel, du pouvoir de l'image.

    Tout est quasi parfait, de la photo (qui joue évidemment un rôle fondamental vu le sujet) à la musique d’une délicatesse délicieuse signée par le grand Ibrahim Maalouf, de la maitrise des acteurs au scénario et jusqu’au montage. Le film n’est de plus pas trop long (ce qui est de plus en plus rare)… c’est donc pour moi un 20 sur 20 et l’espoir de le voir figurer au palmarès de la meilleure des façons. Peut-être aussi que les membres du Jury œcuménique y seront sensibles car avec cet hymne à la lumière, à l’amour, à la vie… il y a matière à rejoindre les critères particuliers de ce jury. Mais tout ça ne nous appartient pas… alors suspense encore jusqu’à la fin de ce beau Festival.

    Je conclurai avec les mots de Naomi Kawase : "Sans lumière, pas de couleurs. Sans lumière, pas d’images. Sans lumière, impossible de réaliser un film. On pourrait dire que le cinéma est lumière."

    Alors merci à elle pour tant de lumière, et ce superbe film !

    Sortie prévue le 20/09/2017 ... Notez bien dans vos agendas !

    Extrait de Vers la lumière

     

     


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