• Après s’être retrouvé hier, lundi soir, autour d’un bon repas pour faire connaissance, échanger et créer du lien, le Jury œcuménique a pleinement commencé son travail aujourd’hui.

     

    Récupération des accréditations et jolis sacs d’accueil « Festival de Cannes » (version jean cette année), photo décontractée au square Mérimée, visites des espaces du Jury œcuménique (salle de délibération, espace internet dans le Temple protestant) et du Palais des Festivals, briefing pour permettre une bonne organisation générale et un planning optimisé, puis présentation officielle sur le stand du Jury œcuménique dans le Marché du Film à la presse et aux amis déjà présents.

     

    C’est notre attaché de presse, Jean-Luc Gadreau, qui a alors présenté les 6 membres internationaux en rappelant quelques points de leurs parcours respectifs et spécificités. Un Jury avec d’éminents professionnels tant en termes de cinéma que de théologie. L’occasion aussi pour lui d’évoquer et remercier l’ensemble des personnes actives avec et autour de ce Jury : coordinateurs, stand, internet, rédacteurs, photographe, bénévoles et paroisses locales.

    Enfin cette journée s’est conclue par la cérémonie d’ouverture officielle de ce 71èmeFestival de Cannes et le premier film, en compétition, Everybody Knows, d'Asghar Farhadi. Un film qui réunit à l'écran un couple déjà soudé dans la vie... Penelope Cruz & Javier Bardem. 

    JURY ŒCUMÉNIQUE - J1

    JURY ŒCUMÉNIQUE


    votre commentaire
  • Retrouvez la version vidéo sur ma chaîne Youtube  

     

    Décidément, les films en lien avec la spiritualité ou même, plus précisément, le texte biblique, sont au goût du jour. Après Jésus l’enquête, Marie Madeleine, la prière et bien d’autres encore, c’est au tour de « Paul, apôtre du Christ » de faire sa sortie ciné ce mercredi 02 mai en France. Une distribution SONY Pictures épaulée par SAJE distribution dans le réseau chrétien.

     

    AFFICHE PAUL APÔTRE DU CHRIST

    "Paul, apôtre du Christ", c’est l'histoire de deux hommes. Luc, en tant qu'ami et médecin, risque sa vie quand il s'aventure dans Rome pour rendre visite à Paul retenu captif dans la cellule de prison la plus sombre de Néron. L’empereur est déterminé à débarrasser Rome des chrétiens. Avant que la sentence de mort de Paul ne soit prononcée, Luc veut absolument écrire le récit du chemin de Paul avec Jésus pour que tous les croyants bénéficient de son enseignement. Des écrits à protéger qui vont susciter le courroux de Mauritius Gallas, commandant de la Prison Mamertine. Selon lui, c'est de la rébellion. Alors qu'il veut faire taire les deux disciples, la révolte gronde dans la ville... 

    Lié dans les chaînes, la lutte de Paul est pourtant interne. Il a tellement survécu - flagellation, naufrage, famine, lapidation, faim et soif, froid et exposition - et pourtant, alors qu'il attend son rendez-vous avec la mort, il est hanté par les ténèbres de ses méfaits passés. Seul dans le noir, il se demande s'il a été oublié… et s'il a la force de bien finir. 

    Deux hommes luttent contre un empereur déterminé et les faiblesses de l'esprit humain pour vivre l'Évangile de Jésus-Christ et répandre leur message au monde.

     

    Alors, disons-le tout de suite, c’est l’observation d’un vrai parti-pris scénaristique qui ressort pour moi en priorité. Au lieu de se plonger dans la vie de ce personnage hors du commun, genre biopic, de façon classique, le réalisateur Andrew Hyatt choisit de se fixer sur les dernières semaines de sa vie et suggérer simplement quelques flashbacks nécessaires.Iltravaille ainsi sur la profondeur du personnage, dessine son caractère et construit son scénario dans une certaine lenteur afin de mieux révéler l’épaisseur de l’apôtre. 

     

    PAUL

    Dans cette façon d’opérer se dévoilent aussi un certain nombre de thématiques fortes et, si pourtant tirées d’une vieille histoire, toujours autant contemporaines… des thèmes qui pourront façonner une réflexion personnelle ou être travaillées aisément en groupe après séance. 

     

    La grâce, tout d’abord, qui est là comme un cœur qui bat tout au long du récit. On comprend d’ailleurs le juste choix du sous-titre : « Là où le péché abonde… la grâce surabonde »

    « Paul avait toujours été dans mon esprit comme une figure fascinante »,a déclaré le réalisateur. « Et quand je pense à la grâce et à la miséricorde de Dieu et que je cherche qui pourrait en être humainement l'incarnation… je retourne invariablement vers Paul, quelqu'un qui passe du plus grand persécuteur des premiers chrétiens au plus grand évangélisateur de toute l'histoire de l'Église."Si donc l’existence de l’apôtre Paul devient une forme d’incarnation vivante de la grâce divine et que le film le relate au travers du rappel de ce changement radical vécu, il faut noter que cette thématique revient en écho de diverses façons dans le scénario du film. On se rend compte ainsi de la difficulté parfois de la vivre. Ici, dans le contexte de la persécution romaine de cette communauté chrétienne, elle devient même une cause de conflits, voire de division interne. Il en ressort malgré tout une sorte d’hymne à la tolérance, au pardon, je dirai même à la réconciliation, et en tout cas à l’amour possible de ses propres ennemis… avec, comme une cerise sur le gâteau, la gestion nécessaire de la culpabilité dans le cheminement personnel de Paul et face à Dieu. 

    PAUL ET LUC

    Toujours dans les grandes thématiques du film, si en cette année 2018 nous nous souvenons, 50 ans après sa mort, du message de Martin Luther King apôtre de la non-violence, Paul apôtre du Christest aussi l’occasion de ré-approcher ce thème dans un contexte différent. Car pour les chrétiens persécutés à Rome, se pose clairement un profond questionnement avec d’ailleurs plusieurs options choisies en fonction des uns et des autres :

    - Lutter pacifiquement coute que coute en cherchant à être lumière dans les ténèbres (un argument développé plusieurs fois, notamment par Priscilla, pour dire le besoin de rester à Rome et d’aider les pauvres, les orphelins, les veuves...)

    - Prendre les armes et se battre pour libérer Paul et s’opposer à la folie et l’oppression de Néron et de ses armée (choix plutôt des plus jeunes qui n’acceptent plus de voir mourir les leurs).

    - Ou encore, s’enfuir pour sauver le maximum possible… (ce que défend Aquila)

     

    Face à ses interrogations légitimes, Luc appelle à la paix. Pour lui, il est impensable de choisir la violence comme réponse à la violence. Pour Paul, de même, le mal ne peut être vaincu que par le bien. L’amour est la seule voie... Une des explications d’ailleurs apportées par Paul est intéressante et amplifie la thématique : Nous sommes, en tant que chrétiens, appelés à prendre soin du monde et non pas le gouverner…

     

    PAUL... DE GRÂCE ! 

    Et puis, d’un point de vue plus cinématographique, on pourra apprécier une bonne réalisation, une jolie photo… pas d’excès ou de surenchère… globalement un bon travail technique et porté par un très correct casting qui convient parfaitement. Jim Caviezel, acteur dont les performances sont largement reconnues mais qui a, en particulier, marqué avec un autre film biblique, celui de Mel Gibson La Passion du Christ,endosse cette fois-ci le rôle du personnage de Luc, figure importante bien sûr dans l’histoire du christianisme et vrai premier rôle de ce métrage. Paul est quant à lui joué par le britannique James Faulkner, un acteur particulièrement classe qui sévit notamment dans la série « Game of Thrones ». Et on se permettra même un gentil cocorico en remarquant la participation du français Olivier Martinez, dans le rôle de Mauritius Gallas.

     

    OLIVIER MARTINEZ

    Un film bel et bien réussi qui sort radicalement des sentiers battus du genre péplum, que je vous recommande chaudement, avec ce conseil néanmoins. Celui de ne pas aller chercher à voir simplement l’histoire de Paul, mais plutôt y aller en étant prêt à se laisser toucher par elle.

     

    Pour aller plus loin, vous pouvez aussi utiliser l’excellent dossier pédagogique disponible gratuitement sur le site de SAJE Productions

     


    votre commentaire
  • Un an après sa sortie aux États-Unis, My Wonder Women est maintenant dans les salles françaises. La réalisatrice Angela Robinson signe ici un très joli film plein de délicatesse malgré des thématiques « osées » autours des origines de la célèbre Amazone sexy au lasso magique et révélateur de vérité, cherchant à faire triompher la flamme de la justice et incarner l'idée d'un féminisme libre et triomphant.

     

    MY WONDER WOMEN AFFICHE 

    Professeur de psychologie à Harvard dans les années 30, William Marston mène avec sa femme des recherches sur la création d’un détecteur de mensonges. Une étudiante devient leur assistante, et le couple s’éprend de la jeune femme. Un amour passionnel va les lier, et ces deux femmes deviennent pour Marston la source d’inspiration pour la création du personnage de Wonder Woman.

     

    Je commencerai mon commentaire en soulignant la très belle réalisation. Une mise en scène assez classique mais qui joue habilement, grâce notamment à la photo de Bryce Fortner, à recréer avec charme et talent cet environnement si particulier des années 30-40. Ce sont aussi les costumes de Donna Maloney, les décors de Carl Sprague… tout participe à une atmosphère bien particulière donnant l’impression de retourner dans ces décennies passées où puritanisme, patriarcat et conservatisme sont de rigueur... du moins en façade. 

    D’un point de vue technique, on saluera également le très bon montage de Jeffrey M. Werner qui permet à une histoire non-linéaire, et s’étendant sur plusieurs années, d’être parfaitement claire, sans lourdeurs ni complexités.

     

    my wonder women le trio

    Une réussite pour My Wonder Women qui s’appuie évidemment aussi sur la qualité des acteurs et, en particulier, du trio phare de l’histoire. Rebecca Hall en premier lieu, dans le rôle d’Elizabeth Marston, est absolument géniale avec une assurance et un jeu qui donne à son personnage une vraie épaisseur et où, souvent, son visage avec ses expressions suffisent pour comprendre ses pensées profondes, qui jouent un rôle tout à fait prépondérant. Luke Evans (William Marston) & Bella Heathcote (Olive Byrne) sont aussi dans une extrême justesse d’interprétation qui permet aux spectateurs d’être pleinement embarqués dans cette histoire faite d’amour, d’une certaine violence et surtout de beaucoup de passion.

     

    Alors, justement, venons-en maintenant à l’histoire et, plus précisément, aux enjeux du récit. « Êtes vous normal ? Qu’est ce que la normalité ? » demande le professeur Marston à ses élèves au début du film. Ces questions révèlent finalement d’emblée toute la problématique profonde du film. Si Marston est resté célèbre, c’est avant tout par son invention du détecteur de mensonge et par la création du personnage de Wonder Woman. On peut alors se demander comment le lien peut être fait entre les deux ?… Pourtant, c’est bien là que réside en grande partie l’intérêt du film. Au sein de l’histoire, les deux éléments s’avèrent intimement liés. Le premier conduit vers le second et le nourrit d’une dimension, à la fois sociologique et psychanalytique. Le détecteur de mensonge sert en effet de révélateur de ce que nous sommes vraiment, derrière notre apparence, ce que l’on pourrait qualifier notre masque social. Et en nous dévoilant tous les secrets de la naissance de l'Amazone Wonder Woman, ce personnage de fiction créé finalement à partir de deux véritables femmes, deux Wonder Women, nous découvrons alors une mise au monde teintée de refoulement, et un mode de vie libertaire en bute à une société morale extrêmement rigide. 

     

    My wonder women

    Déviances, donc, aux yeux de certain, subversion sans doute… simple histoire passionnée et d’amour sincère… chacun pourra regarder librement le film comme il le ressent, comme il le souhaite… mais sans jamais y trouver de quoi être choqué car, clairement, jamais le film ne tombe dans une forme de travers voyeuriste qui aurait pu être facile et racoleur. C’est la beauté et l’émotion qui l’emportent et font ainsi de My Wonder Women un excellent film émouvant et bienveillant, qui de plus résonne fortement avec une actualité contemporaine… 80 ans plus tard.

     

     


    votre commentaire
  • Il y a trois ans, le monde découvrait Deniz Gamze Ergüven, réalisatrice franco-turque, avec son premier long métrage, Mustang, qui allait être récompensé par quatre César (dont celui du meilleur premier film), le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère et une nomination aux Oscars. Changement assez radical avec Kings, qui nous plonge au cœur des émeutes raciales à Los Angeles en 1992, fruits de l’affaire Rodney King, même si la jeunesse reste aussi le fil conducteur de cette histoire construite comme sur une corde tendue toujours prête à rompre brutalement.

     

    kings

    1992, dans un quartier populaire de Los Angeles. Millie s’occupe de sa famille et d’enfants qu’elle accueille en attendant leur adoption. Avec amour, elle s’efforce de leur apporter des valeurs et un minimum de confort dans un quotidien parfois difficile. À la télévision, le procès Rodney King bat son plein. Lorsque les émeutes éclatent, Millie va tout faire pour protéger les siens et le fragile équilibre de sa famille.

     

    Kings est un drame qui se développe à la fois sur l'axe familial, politique et social. Deniz Gamze Ergüven nous immerge dans la vie d’une famille afro-américaine qui vit dans un quartier marqué par la violence, mais aussi par le bruit... cris, hurlements, sirènes, tirs… ambiance sonore amplifiée et exacerbée par le quotidien de cette famille où la magnifique et bouleversante Halle Berry campe Millie, une mère, seule, totalement débordée, qui recueille des enfants en difficulté, tandis que Daniel Craig son voisin est un écrivain alcoolique, bougon et colérique. J’insiste sur cette notion de bruit car il participe constamment à une forme de surenchère globale qui donne à Kings de nous mettre à la fois sous pression et comme en immersion dans l’histoire racontée. Au son s’ajoute aussi les plans serrés sur les visages des comédiens qui traduisent le sentiment de suffocation ressenti par les personnages et par effet de contamination par le spectateur.

    halle.berry kings

    Le film s’ouvre sur une séquence brutale du meurtre sanglant de la jeune Latasha, qui sonne le désir de vengeance de la population noire quand une simple sentence faite de sursis et d’amende tombe. Tout au long de son film la réalisatrice va agrémenter son scénario d’images d’archives et le construire comme une sorte de docu-fiction afin de magnifier l’impression de réalisme. Il faut le dire, il y a pour moi une vraie beauté esthétique dans cette façon de faire un cinéma du réel sans artifice. Autre point réussi à noter, dans la capacité de la cinéaste d’égrener de nombreux petits moments de bonheur ou d’humour au milieu des émeutes et du drame, même si le chaos reste tout de même le point d’orgue inévitable. 

     

    En ce qui concerne les thématiques abordées, elles sont nombreuses. Kings parle bien évidemment des questions d’injustice, de race, de violence et de non-violence. Cela en fait d’ailleurs un film particulièrement intéressant dans cette année de commémoration des cinquante ans de la mort de Martin Luther King. Mais il y a aussi beaucoup plus à y voir, avec des choses autour de la famille, de ce qui nous fait être famille, de l’éducation. Je veux redire encore la qualité d’interprétation d’Halle Berry dans ce rôle de mère courage exceptionnelle qui se bat pour protéger les siens et ceux qui le sont devenus. Les protéger des dangers qui ne sont pas tant là à l’intérieur du cocon familial, comme dans Mustang, mais à l’extérieur, dans un monde en furie où on ne sait plus à quoi se fier et vers qui se tourner. Il y a une réflexion d’ailleurs très pertinente sur la puissance de l’engrenage qui se manifeste dans ces circonstances ou la normalité s’efface. On pourrait là se souvenir des paroles néotestamentaires de l’apôtre Paul… « Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas ». Enfin, impossible de parler de Kings sans évoquer la jeunesse, car c’est dans leurs yeux que les événements se présentent à nous. C’est au rythme de ces adolescents, pris dans un vrai tourbillon tant de leurs sentiments et émotions, que de ce qui leur est imposé par les autres, que nous avançons comme marchant sur une corde tendue prête à rompre brutalement. Et l’on peut passer ainsi d’une scène d’apparition tendre et lumineuse d'une fille pas comme les autres (Rachel Hilson) devant les yeux ébahis et amoureux de Jess (Lamar Johnson) à la traversée nocturne et enfumée faisant de Los Angeles un décor de film d'horreur ou apocalyptique de ces deux mêmes protagonistes.

    kings   kings

     

    Deniz Gamze Ergüven confirme là ses talents et sa grande justesse en termes de casting et direction de jeunes acteurs (comme avec Mustang) à qui elle réussit parfaitement à faire porter sur leurs visages cette effroyable violence d’une adolescence brisée par les événements. 

     

     


    votre commentaire
  • Le film Marie Madeleine, fraichement sorti sur les écrans français et toujours à l’affiche de bon nombre de cinémas, offre une relecture des derniers jours de Jésus-Christ. Cette histoire maintes fois racontée nous est présentée ici sous l’angle différent d’une femme terriblement moderne et incarnée avec force et vérité par la magnifique Rooney Mara.

     

    Marie Madeleine

    Marie Madeleine est un puissant portrait imaginé de l'une des figures spirituelles les plus énigmatiques et sans doute incomprises de l'histoire. Le biopic biblique raconte le cheminement de Marie, une jeune femme à la recherche d'une nouvelle façon de vivre. Contrainte par les hiérarchies et les inégalités de genre de l'époque, Marie défie sa famille traditionnelle de rejoindre un nouveau mouvement dirigé par le charismatique Jésus de Nazareth (Joaquin Phoenix). Elle trouve rapidement sa place à côté de lui et de ses disciples, au cœur d'un voyage qui les mènera à Jérusalem.

     

    Avec Marie Madeleine, le réalisateur australien Garth Davis, après son film Lion, nous rappelle combien le texte biblique, et l’Évangile en particulier, s’offre à nous dans la liberté. Que celui qui a des oreilles entende… et comprenne… et raconte à sa façon, dans sa manière d’imaginer le récit conté en y mettant les images, en comblant les vides… comme le faisaient tous ceux qui écoutaient les paraboles de Jésus. C’est cet aspect qui ressort sans doute en premier lieu car, il faut le dire, c’est avant tout une extrapolation réussie du récit biblique qui nous est proposée. Alors bien sûr, tout cela est inspiré de divers moments particuliers des évangiles canoniques ou apocryphes que l’on perçoit mais sans se préoccuper de l’exactitude des détails, de la chronologie ou autre historicité mais en imaginant et en construisant ainsi une belle histoire, beaucoup plus proche du film d’auteur que du péplum et résonnant avec une vraie contemporanéité et sans tomber non plus dans la facilité des sous-entendus dont on a pu avoir l’habitude autour de Marie Madeleine.

     

    Marie Madeleine 

    Le producteur Iain Canning explique ainsi les choses : "Nous avons senti que la perspective féminine de la vie et de la mort de Jésus était une nouvelle façon d'aborder les choses et qu'elle éclairerait aussi les problèmes contemporains."Et la productrice Liz Watts ajoute : « L'Histoire peut être interprétée et c'est une histoire que nous racontons, mais nous voulons qu'elle soit très respectueuse de la foi des gens. »

     

    On peut ressortir un certain nombre de pistes intéressantes dans ce récit ainsi proposé :

     

    - Il y a cette compréhension diverse qui existe au sein même des disciples concernant Jésus et de « son projet ». Cela renforce d’ailleurs cette possibilité offerte de réinterprétation des textes cinématographiquement. Si plusieurs s’attendent à une venue du « Royaume » sur Terre, à du miraculeux, à du sensationnel… parfois, comme ici avec Judas, pour répondre aussi à des besoins intimes et personnels, Marie elle reconnaît que le « Royaume » doit commencer en nous-mêmes. Ce message est tout autant révolutionnaire aujourd'hui qu’à cette époque et mérite d’être rappelé, nous introduisant dans une forme active, impliquante et engageante de la foi. À propos de Judas, joué admirablement par Tahar Rahim, il est d’ailleurs intéressant d’envisager sa personne et son attitude autrement. La complexité de tout individu est telle que, là encore, l’ouverture à une liberté d’interprétation est possible et même utile.

     

    - Marie Madeleine dépeint aussi une femme qui est déterminée à obéir à son appel à suivre Jésus - quoi que le monde puisse penser et quelques soient les obstacles qui viennent sur le chemin.“Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde qu’une femme prit et sema dans son champ”. Telle est la première phrase de Marie Madeleine que l’on entend en voix off, alors que, dans une scène marquante qui reviendra plus tard, l’héroïne du film s’enfonce lentement dans les eaux du lac de Tibériade. Le réalisateur a remplacé à dessein par “femme” le terme “homme”, que l’on retrouve dans la plupart des traductions du verset 31, chapitre 13 de l’Évangile de Matthieu.Un film qui revalorise clairement le rôle des femmes en général dans l’essor du christianisme, ce qui peut s’avérer important pour les femmes dans les Églises d’aujourd’hui, les encourageant à se sentir pleinement membres de leurs communautés. C’est donc un sujet intemporel là encore. J’ai personnellement aussi apprécié de voir la manière dont le réalisateur imagine l’implication de Marie au sein du groupe, propulsée par Jésus comme celle qui devient ses mains et sa voix pour propager la Bonne Nouvelle aux autres femmes. Détail on ne peut plus intéressant surtout quand on pense aux freins existants à cette époque dans les « relations sociales » permises entre hommes et femmes. 

    jesus

    - Et puis il y a Jésus… Son portrait dans Marie Madeleine nous met au défi de penser à quel genre de Messie il était vraiment, et quel genre de royaume il est venu apporter. Mais aussi il nous offre une façon de le voir, au sens propre du mot, différemment, loin des clichés habituels. Un Jésus qui peut rire mais qui laisse apparaitre aussi sa douleur, sa fatigue, sa peine, sa colère. En gros… voilà un Jésus qui a du caractère, ce qui manque terriblement trop souvent à sa représentation classique… et ça j’aime !

     

    Avec son esthétique très raffiné, une présence musicale d’une qualité remarquable et son rythme lent Marie Madeleine est un film que l’on peut considérer comme contemplatif mais aussi percutant qui souffle en tout cas un fort vent de liberté qui fait du bien et peut nous bouger sur nos lignes idéologiques sclérosantes. 


    votre commentaire