• Ce texte est la trame d'un billet d'humer radio "Grain de Poivre" diffusé le vendredi 30 septembre 2016 pour le Positif Morning de Phare FM.

    Le bonheur, ça fait peur. Un titre étonnant, non ? On s’imagine le contraire au premier abord. Mais, c’est un titre qui m’a été inspiré d’une interview de Frédéric Lopez, l’animateur télé, entre autre de « Rendez-vous en terre inconnue » au micro de la journaliste Isabelle Morizet dimanche dernier, sur une radio « périphérique » comme on disait, il fut un temps…

    Lopez Morizet

    Frédéric Lopez parlait du succès et à l’inverse aussi des échecs de certaines de ses émissions. Il constatait que toutes celles où figurait le mot « bonheur » dans le titre n’avaient pas rassemblé le public attendu. Et il ajoutait cette réflexion que lui avait faite son ami Gérard Jugnot à ce propos : « Dans Rendez vous en Terre inconnue, tu montre le bonheur, et dans ces autres émissions, tu l’expliques ». Autrement dit : « C’est normal, réfléchir au bonheur, ça fait peur »

    Frédéric Lopez se rendait compte que les téléspectateurs aimaient des émissions comme « Rendez-vous en terre inconnue » parce qu’ils observaient le bonheur et ça leur déclenchait des émotions, qui font du bien. Et ça les gens aiment. Mais des émissions où l’on parle, ou l’on réfléchit, où l’on est amené finalement à travailler, à construire son bonheur, et bien ça… ça fait peur !

    Bon, sincèrement je ne me préoccupe pas plus que ça du succès ou non des émissions de Frédéric Lopez, quoi que, globalement j’aime assez bien. Mais ce qui m’interpelle là, c’est que ce constat est valable dans beaucoup de domaines aujourd’hui dans la société, et cela touche même les croyants et l’Église. Nous sommes dans une époque où l’on aime connaître des émotions. On fonctionne, on carbure à l’émotif.

    Voir une célébrité dans un environnement totalement improbable, dans un décor de rêve, et observer en même temps, un peu de façon voyeuriste quand même,  des tribus de l’autre bout du monde, tellement loin de nos habitudes et pourtant transpirant le bonheur, ça nous re-booste et on kiffe, comme on dit, cette fois-ci, aujourd’hui.

    Alors, ne me faites pas dire que les émotions ne sont pas bonnes. Au contraire ! C’est très bon et on en a besoin. Mais on a besoin aussi de réfléchir au bonheur, à la vie, à la foi. Ne pas être juste des passifs-voyeurs, mais des acteurs, des penseurs, des bâtisseurs. Généralement, on aime le testimoniale, écouter des témoignages de vies transformées, d’expériences bouleversantes.  Et moi le premier… Mais oh combien il est difficile d’intéresser pour se poser, écouter, réfléchir, aller plus loin.

    Redonnons de l’équilibre à tout ça. Ne basculons pas d’un côté ou d’un autre d’ailleurs. Mais cherchons cette justesse nécessaire entre émotion et réflexion, voyeur et acteur.

    Ne marchons pas juste par le cœur mais aussi par la tête.

    Ce commentaire me rappelle le poème de mon enfance, signé Paul Fort : Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite… Alors, au lieu de nous affaler simplement dans nos canapés pour juste regarder à distance afin d’être ému et trouver ça joli, décidons de courir tous vite, vite, vite…

    Parce que le bonheur… ça ne doit jamais faire peur !

    Grain de poivre

    Pour écouter la version radio : Grain de Poivre 30 septembre 2016


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  • Comment ne pas être horifié par cet attentat innommable, perpétré hier 7 janvier 2015, dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo à Paris ? Si une idéologie extremiste haineuse porte l’action de ces terroristes jusqu’à l’’impensable, il y a aussi plus globalement cette question de la liberté artistique et de la place de l’humour comme cible visée. 

    J’ai pu constater dans certaines réactions depuis hier midi (je ne parle pas là de celles de fous-furieux légitimant ces actes odieux), que tout en exprimant leurs réprobations, apparaissent aussi certains relents exprimants leurs soucis avec des dessins passés de ces artistes qui les auraient offensés dans leurs convictions, leurs engagements. Il n’y a pas je crois, deux poids, deux mesures dans cette question. Pas non plus, me semble-t-il (j’exprime là en effet une pensée personnelle), de limites à la liberté artistique et à celle de l’humour… tant que ceux-là ne deviennent pas un support contestable à l’incitation à la haine, à l’exclusion et à la violence.

    Dieu est humour - caricature - dessin humoristique

    Notre belle langue française nous permet de jouer avec les mots et pouvoir ainsi faire se répondre ou se confondre les mots amour et humour. Ce dernier justement trouverait ses racines dans celui de humeur avec l’aide de nos voisins britanniques. L'humeur, du latin humor (liquide), désignait initialement les fluides corporels (sang, bile…) pensés comme influençant sur le comportement. Pour nous conduire à l’entendre donc comme un trait de caractère de la personnalité… J’aime alors me rappeler cette vérité fondamentale biblique qui dit que Dieu est amour et la faire se métamorphoser avec celle qui dirait que Dieu est humour. N’y voyez-là aucun blasphème (enfin, vous en avez le droit après tout…) mais ma lecture des textes fondateurs de ma foi chrétienne me conduisent à l’entendre aussi ainsi. Humour du Père, du Fils et de l’Esprit dans leurs actes, leurs paroles, leurs silences… un humour pas toujours compris, pas souvent accepté (voilà là encore un trait caractéristique de l’humour… et de l’amour)… mais pourtant présent ou induit. Volontairement, je n’entrerai pas là dans un exposé précis de textes (ce n’est pas l’objet de cet écrit). Des articles existent déjà sur le sujet et je me réserve la possibilité d’en faire un plus détaillé, peut-être, dans l’avenir. Même quand l’humour égratigne, interpelle, remet en question et peut me secouer… il joue alors aussi un rôle aimant et équilibrant dont notre société humaine à besoin éternellement.

    L’autre aspect du sujet touche à la liberté artistique que je ne cesserai de défendre. Ceux qui me connaissent, m’entendent ou me lisent le savent déjà ! J Un chapitre tout entier de mon livre « Malléable, pour tout recommencer », intitulé Développer son potentiel créatif, évoque ces emprisonnements qui se mettent souvent en place pour délimiter l’œuvre de l’artiste. Et nos concepts religieux, tellement souvent loins de la foi, viennent s’engouffrer avec force dans ces ornières dangereuses.

    Liberté artistique - dessin de Plantu

    Mon Dieu est celui de la grâce et de la liberté. Qu'il m'appelle à vivre selon certains principes auxquels je choisi d'adhérer est une chose mais, pour autant, il ne me donne pas le droit d’imposer à mon prochain ce qu’il peut ou ne peut pas faire. Il m’encourage à être témoin de sa grâce, à être indicateur du chemin qu’Il est lui-même pour ma vie, à encourager, à relever, à aimer… et comme aimer sans laisser l’autre libre ?

    C'est en paraphrases que je conclurai ces lignes... paraphrase d'un slogan publicitaire et paraphrase d'un texte du Nouveau Testament :

    L'humour & la liberté... ça fait du bien là où ça fait mal !

    Supposons que je parle les langues des hommes et même celles des anges : si je n'ai pas d'humour, je ne suis rien de plus qu'un métal qui résonne ou qu'une cymbale bruyante. Je pourrais transmettre des messages reçus de Dieu, posséder toute la connaissance et comprendre tous les mystères, je pourrais avoir la foi capable de déplacer des montagnes, si je n'ai pas d'humour, je ne suis rien. Je pourrais distribuer tous mes biens aux affamés et même livrer mon corps aux flammes, si je n'ai pas d'humour, cela ne me sert à rien. L'humour ne fait rien de honteux. Il ne cherche pas son intérêt, il ne se met pas en colère, il ne se souvient pas du mal. Il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il se réjouit de la vérité. L'humour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L'humour ne disparaît jamais.  (Adapté avec amour du texte d’1 Corinthiens 13.1-8


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  • Canal + m'a offert, cette semaine, l'occasion de découvrir un film espagnol de 2011 que je n'avais pas eu l'occasion de voir encore, "Un jour de chance". C'est sans aucun à-priori, ni même sans avoir regardé la thématique du film que je me suis installé devant la télévision...

    UN JOUR DE CHANCE

    Voici le pitch : Roberto, agent publicitaire sans travail, vient de passer plusieurs entretiens d'embauche sans le moindre succès. Déprimé, il décide de ne pas rentrer chez lui... Une nostalgie maladive l'incite à retrouver les lieux de ses premières semaines de mariage. Or, l'endroit est devenu un site de fouilles archéologiques. Au cours de sa promenade, Roberto finit par chuter dangereusement et se blesse grièvement au point d'être immobilisé...

    Finalement, cette histoire permet au réalisateur espagnol de nous livrer une satire sociale sur les dérives des médias mais plus généralement sur une société devenue hyper voyeuriste. Pour ce qui est de l'aspect cinématographique, ce film ne me laissera pas un souvenir inoubliable, même si certaines approches sont bien trouvées. On appréciera par exemple le choix de faire se dérouler la majeure partie du film dans une sorte d'arène romaine, avec un public représentant la société dans sa plus grande généralité avec ses yeux, ses smartphones, les flashs des appareils photos et autres caméras qui ont remplacé la plèbe romaine se délectant de la violence, du sang et de la mort. L'effet visuel recherché devient ainsi de plus en plus saisissant et développe un sentiment de gêne nous amenant à nous sentir nous-même partie prenante de cette foule quelque peu perverse. On regrettera par contre le choix du réalisateur d'osciller entre cette satire sociale et une sorte de farce burlesque, naviguant trop entre premier et second degré, entre cynisme total ou mélodrame naïf.

    Mais ce film a néanmoins le grand intérêt de nous donner une fois de plus à réfléchir sur ce à quoi nous sommes confronté chaque jour au travers des médias... Cette avidité permanente de réagir frénétiquement à l'événement, en plus encore quand le drame est présent. Regarder ce film aujourd'hui, à l'heure de l'emballement autour de Dieudonné (je ne m'aventurerai pas là à en parler d'avantage même si ce sombre personnage ne m'inspire que dégout et peine), à l'heure des paparazzades Élyséennes (entre autre), face à une trash-tv en plein développement, aux chaines info cherchant le scoop, le sensationnalisme, usant de logos catastrophiques et de musiques angoissantes pour faire monter la pression... et à toutes sortes d'autres choses mêlant voyeurisme, perversité, magouilles, bizness et misère sociale, vous donnera sans doute de vous poser et peut-être de chercher à vous positionner autrement, refusant d'être l'un de ceux qui lèveront ou baisseront le pouce à la fin du spectacle.

    Il y a d'autres attitudes possibles, d'autres chemins. Je le crois. Nous ne sommes pas pris dans une spirale infernale ou rien ne peut m'en sortir. Salma Hayek (l'épouse de Roberto qui refusera l'appât des euros dans cette sombre histoire) nous y invite et devient l'exemple à suivre... le refus de céder est une attitude glorieuse quand le courant vous emporte vers la destruction. C'est un défi qui nous est lancé chaque jour... très similaire finalement à celui que le Christ nous lance lui-aussi en nous appelant à marcher dans ses pas et à ne pas nous conformer au monde, mais à l'éclairer et lui donner du goût.

     

    Titre original : La chispa de la vida

    Réalisation : Álex de la Iglesia

    Scénario : Randy Feldman

    Acteurs principaux : José Mota, Salma Hayek

    Pays d’origine : Espagne

    Sortie : 2011

    Durée : 95 minutes

    UN JOUR DE CHANCE

     

     

     

     

     


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