• Ce dimanche 25 juin 2017 à 10h, l’émission dominicale « Présence Protestante » nous conduisait à la découverte d’un culte de l’Église Hillsong Paris, condensé en moins de 30 min (coup de chapeau d’ailleurs à la production et réalisation et en particulier à Marie Orcel et Christophe Zimmerlin). Le Théâtre Bobino devient en effet Temple protestant chaque dimanche pour de longues heures puisque plusieurs cultes y sont célébrés par cette Église.

     

    HILLSONG PARIS

    Présence Protestante propose, en plus de documentaires et émissions de plateau, une fois par mois, un culte, en direct ou différé, correspondant à la diversité d’expression et d’ecclésiologie de la Fédération Protestante de France. Déjà le mois dernier, le service proposé se déroulait à Toulouse dans une expression fédérative mélangeant avec intelligence les formes et les genres. Mais avec ce culte de cette communauté typique d'une expression contemporaine évangélique très en vogue actuellement, le curseur a sans doute été poussé un peu plus loin… et cela éveille en moi un sentiment de joie et de confiance en l’avenir.

    Si le protestantisme est connu pour sa diversité, nous tombons hélas souvent dans la caricature facile mettant d’un côté les historiques et de l’autre les modernes, les évangéliques venant s’opposer à une tradition luthéro-réformée… au sein de chaque tradition d’autres oppositions… libéralisme face à une certaine orthodoxie, charismatiques vs évangéliques plus « classiques »… et arrêtons-nous là car sinon la déclinaison pourrait être longue. Caricatures donc mais hélas aussi parfois véritables disputes devenant luttes intestines avec une violence verbale ou scripturale désastreuse. Mais ce matin et malgré tout ça, je suis dans la joie et confiant…

    diversité

    Je me souviens d’un slogan utilisé lors d’un rassemblement des Protestants de l’Ouest de la France, il y a une quinzaine d’années à La Rochelle : « Notre diversité est notre richesse ! » Ce matin, elle éclatait une fois de plus sur les écrans de ma télévision et j’étais heureux et confiant…

    Ô oui, il y a encore du chemin à faire… et j’imagine bien les réactions épidermiques de certains en visionnant cette demi-heure, appuyant leurs réactions sur tels ou tels autres aspects que je ne voudrai volontairement préciser là… attitudes finalement similaires aux semblables réactions d’autres quand le culte nous invite à entrer dans un temple où la forme et le fond sont fondamentalement différents. Personnellement et de par mes fonctions et divers engagements, j’ai appris à prendre plaisir de l'état où je me trouve... enfin surtout des moments partagés dans telle ou telle autre communauté, à aimer échanger avec des collègues de traditions très différentes… et tout ça même bien au-delà du seul protestantisme (!). Alors oui, bien évidemment, je me sens plus à l’aise ici que là, plus en adéquation théologique avec cette approche qu’avec l’autre, mais en même temps c’est souvent de ceux dont je suis le plus éloigné (en apparence) que j’apprend le plus et élargis alors l’espace de ma tente (Rassurez-vous mes piquets sont bien plantés). Comme le rappelle justement les parole de Jésus-Christ, en ouverture du verset de l’Évangile du Jour (Matthieu 10.26) et dans sa traduction tirée de Parole de Vie : « N’ayez pas peur des gens ! ». Oui la peur nous éloigne, nous fige, nous fait perdre la joie et nous ronge notre espérance… Et moi, précisément ce matin, à l'inverse, je veux choisir la joie et la confiance !

    n'ayez pas peur des gens


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  • L’actualité, avec son lot de tensions et souffrances constantes, provoque chez bon nombre d'entre nous une certaine sensation de fatigue, de raz-le-bol et l’impression que rien ne tourne bien rond. En tant que chrétiens, nous pouvons nous rassurer en nous rappelant que « Dieu est toujours sur son trône ». Mais en voyant le monde sombrer dans un profond chagrin, nous pouvons nous questionner : « Dieu fait-il un break ? » ou encore « Dieu est-il vraiment au contrôle ? ». 

    emmanuel

    Noël nous rappelle alors que Dieu s’est incarné. Il est venu jusqu’à nous. Emmanuel… Dieu est avec nous et pour nous !

    Le prophète Esaïe a manifesté son espoir en Dieu, certain qu’il délivrerait son peuple dans une période de profondes turbulences. Alors que les royaumes du nord et du sud combattaient amèrement, les laissant dans le même temps vulnérables aux attaques ennemies et la ruine ainsi certaine, Dieu leur a promis un Sauveur : « C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici que la jeune fille est enceinte, Elle enfantera un fils Et lui donnera le nom d'Emmanuel. » (Esaïe 7.14)

    Aujourd'hui, nos communautés et le monde plus généralement font encore face à des combats horribles et à des divisions amères. Les images des réfugiés syriens se sauvant d’un génocide nous inondent et provoquent peine et sentiment d'impuissance. Les attentats dévastateurs et inhumains se multiplient. Une crainte globale quand à l’avenir se développe. Un repliement sur soi, à titre individuel ou étatique s’installe… Et, plus simplement, nombreux sont ceux qui se sentent accablés dans leurs propres vies personnelles. Comme au temps d’Esaïe, nous attendons donc un mouvement de Dieu.

    Et Noël est là ! Il nous rappelle l'espoir d'Israël dans la venue d’un Messie pour sauver, pardonner et reconstruire. Et résonne ainsi au fond de notre cœur ces autres paroles du prophète : « Le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière. Pour ceux qui vivent dans le pays de l'obscurité, une lumière se met à briller. » (Esaïe 9 : 1)

    Ce Noël peut nous interpeller aujourd’hui sur la nécessité d’entrer dans la présence de Dieu pour faire face à la réalité de nos vies et du monde, aussi laid puisse-t-il paraître. L'Esprit souffle afin de nous conduire à abandonner notre confusion, nos ressentiments, notre colère, nos craintes et inquiétudes… Dieu recherche la profondeur de notre cœur pour que nous tournions nos visages vers la lumière éternelle. Oui… notre monde a désespérément besoin d'Emmanuel !

    Bien que nous nous débattions au milieu de circonstances douloureuses, d’échecs personnels et d’événements traumatiques du monde, Emmanuel est venu. Et nous ne devons pas perdre espoir. Même dans les plus grandes souffrances… maladies chroniques, dépendances, décès d’un bien-aimé, chômage, tensions financières... Dieu est là ! La Bible nous le rappelle : « Sois sans crainte, Car je t'ai racheté, Je t'ai appelé par ton nom : Tu es à moi ! Si tu traverses les eaux, Je serai avec toi, Et les fleuves, Ils ne te submergeront pas ; Si tu marches dans le feu, Tu ne brûleras pas, Et la flamme ne te consumera pas. Car je suis l'Éternel, ton Dieu, Le Saint d'Israël, ton sauveur. » (Esaïe 43.1-3) Dieu est avec ceux qui sont dans la guerre, la souffrance, les génocides, la famine, les migrations et chaque autre horreur connues de nos frères et sœurs en humanité. Et nous pouvons être sûrs que Dieu s'oppose à ceux qui commettent le mal. 

    Plus nous connaissons Jésus, plus nous nous rendons compte que nos vies sont entremêlées avec celles de ceux qui sont autour de nous. Comme l’a écrit l’auteur et théologien américain Frederick Buechner : « La compassion est parfois l’ultime possibilité pour ressentir ce qui se passe dans la peau de l’autre. Comprendre qu'il ne peut jamais vraiment y avoir quelque paix et joie pour moi tant qu’il n’y en a pas finalement pour l’autre aussi. » En regardant les situations désespérées d’autrui comme au-travers des yeux de Jésus nous sommes conduits alors dans les profondeurs de la réalité de notre être : Resterons-nous alors empêtrés dans des « Pourquoi, Dieu ? Pourquoi ? » ou en sortirons-nous, en nous positionnant dans la sécurité qu’il nous offre, en demandant : « Qu’est-ce que Seigneur, tu m’appelles à faire ? » 

    Emmanuel nous appelle à aimer Dieu et nos voisins de notre plus grande force. Vivre par la foi signifie que nous devons progresser dans des actes courageux de compassion. Face aux diverses échéances politiques, je crois qu'il est plus important que jamais d’entendre le besoin d'être Église. Mettre de côté les divergences politiques et théologiques. Se positionner sérieusement dans nos vies de prière, notre ministère et dans l'engagement auprès des veuves, des orphelins, des immigrés, des réfugiés et de chaque personne marginalisée dans nos nations. À propos de la crise des réfugiés Syriens, Rich Stearns, président de World Vision, écrit : « Nous ne devons jamais perdre notre capacité à nous sentir outragé quand des êtres humains sont tellement durement abattus, et nous devons alors savoir transformer cet outrage en action. » Il nous invite à prier, donner et élever nos voix pour ceux qui subissent la guerre, particulièrement ces familles qui fuient Alep en Syrie.

    Alep

    Le bébé né d’une vierge dans une étable, il y a quelques 2.000 ans, garantit que Dieu est pour nous, pas contre nous. Dieu voit. Dieu prend soin… Emmanuel est venu pour nous racheter ainsi que notre monde brisé de toutes parts. Et nous pouvons être assurément certain qu'il est aux commandes de tout ce qui est présent et tout ce qui est à venir.

     

    Inspiré d’un article de Amy R. Buckley (auteur, oratrice et activiste américaine) paru dans Relevant Magazine


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  • L'Église Protestante Baptiste de Poitiers (EPB86) a démarré début janvier des rencontres au travers de 7 groupes de quartier répartis dans et autour de la ville. L'occasion pour ses membres ou amis de se retrouver simplement pour partager ensemble chez les uns et les autres. Afin de donner une dynamique à ses premières rencontres, le choix a été fait de tous travailler avec un même support : Une série de 7 vidéos de 10min intitulée LE PLAN, conçue et animée par Vincent Smetana, un artiste belge devenu un ami de notre communauté chrétienne de Poitiers. Au cœur de cette série, une métaphore particulièrement riche... Dieu devient architecte !

    Après avoir réfléchit à la question du projet (Puis-je identifier mon projet de vie ? Comment un architecte peut-il y trouver éventuellement sa place ?...), nous somme rentrés cette semaine dans le vif du sujet en posant nos pieds sur LE TERRAIN.

     

    LE PLAN Vincent Smetana

     

    Qui dit construction, passe par le choix d'un terrain. C'est souvent d'ailleurs la première grande difficulté dans tout projet immobilier. Pour ce qui est du genre de construction évoquée dans notre parcours en question, le terrain est forcément trouvé... il s'agit bien sûr de nos vie. Si dénicher le bon terrain n'est donc pas une difficulté en soi, d'autres complications peut vite apparaitre...

    Les mots de Smetana (et la magnifique réalisation qui porte les propos "élégants et profonds", soit dit en passant) et les riches échanges qui ont suivit dans mon groupe de quartier hier soir, m'ont permis encore de réfléchir à tout cela. Oui, tout d'abord, chaque projet de vie est différent, chaque construction (ou rénovation, réparation, ajout de pièces...) l'est donc également. Pas besoin d'avoir le même terrain, de chercher à reproduire, à cloner... il y a un terrain : le mien... il y a MA vie. Et quand j'y retrouve Dieu, le grand architecte, alors c'est CE terrain qui devient son terrain d'action. 

    Une autre chose qui a surgit de nos discussions et qui est pour moi véritablement fondamental dans la marche chrétienne, est l'importance de ne pas nier la réalité de notre terrain. Une tendance qui se manifeste hélas trop parfois et qui provoque beaucoup de dégâts, de déceptions, de frustrations, d'incompréhensions. Considérant qu'une fois Jésus-Christ accueilli dans notre "cœur" (comme on dit !) tout repart à zéro... le terrain est neuf... tout va bien... je fais fi de la réalité de ce que je suis véritablement. Mais finalement cette remise à zéro du compteur que l'on retrouve évoquée par exemple dans le Nouveau Testament (" Aussi, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu'une réalité nouvelle est là. " (2Corinthiens 5,17)) ne parle pas d'une élimination pure et dure d'un passé et d'une sorte de redémarrage sur un terrain neutre et vierge (c'est aussi une mauvaise interprétation de la "Nouvelle Naissance") mais elle évoque la grâce divine qui désormais, au travers de Jésus-Christ en nous, ne permet pas au péché de nous séparer de Dieu, ni même d'être accusé spirituellement de ce qui a été. Ce verset parle d'un paradigme qui change, de valeurs transformées, de réalités nouvelles... Mais pour ce qui est de ma vie, de mon passé, de mes expériences, de mes galères et de mes succès, de ma culture, de mes racines... tout reste là et demeure et m'accompagne, heureusement finalement ! Tout ce qui a été (bon et mauvais, joies et souffrances) m'ont conduit à être là aujourd'hui et à être aimé et ami de Dieu. Le nier, c'est empêcher paradoxalement la transformation possible, et c'est aussi se mettre en grave danger en construisant sans tenir compte de ce qui est là en-dessous et demeure, que je le veuille ou non.

    Il y a ce que je perçois, ce que je connais de moi et de mon histoire... mais il y'a aussi tout ce qui est de l'orde de l'invisible, ce que j'ai oublié ou enfoui. Il y a aussi ce que je refuse de voir ou de reconnaitre. Et là, entrer dans la relation avec ce divin architecte, lui donner notre confiance, c'est aussi s'ouvrir à sa parfaite et totale connaissance du terrain qui est le mien et sur lequel une construction solide va pouvoir démarrer ou continuer. Château, phare, hôpital, cabane, appartement ou villa, abris ou relai... qu'importe ou du moins lui sait ce qui est bon pour moi et ce qui est bon pour ce terrain !...

    La suite dans 15 jours... avec LE CHOIX !

    Plus d'infos : EPB86 - 7 Groupes de quartier

     

    Visionnez le Trailer de la série LE PLAN de Vincent Smetana

     

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  • Je vous propose pour ouvrir cette rubrique "spiritualité" un extrait de mon livre "Malléable" où j'aborde la question du potentiel créatif que nous avons besoin de développer. Cet extrait s'inscrit, bien entendu, dans un développement plus long sur l'importance de s'ouvrir à aux recommencements dans nos vies, comme aussi une façon de vivre concrètement la seigneurie de Christ et par là-même de s'épanouir pleinement.

     

    Couverture Malléable

     

     

    Le paradoxe de la liberté emprisonnée

     

    S’il est un domaine où la question du recommencement prend particulièrement sens, il s’agit bien de l’art. L’évocation du potier nous a d’ailleurs déjà introduit dans cet univers. À chaque instant, l’artiste doit être prêt à remettre sur le métier son ouvrage. Il se doit, face à chaque toile blanche, face à chaque page vierge, face à sa matière première ou à son instrument, d’être dans la liberté du recommencement permettant à l’inspiration de se manifester. Tout enfermement, quel qu’il soit, devient obstacle, devient frein au potentiel créatif de s’exprimer. Combien d’artistes passent par cette sensation de blocage ! Dans la plupart des cas, une rapide analyse de la situation permettra de déceler des éléments d’enfermement parfois évidents ou d’autre fois, plus subtils mais tout autant castrateurs. Ce peut être le besoin de rentabilité, un travail sur commande, une situation émotionnelle ou un environnement étouffant... 

     

    Au risque de vous surprendre, j’ai pu constater que la rencontre avec la foi, et plus simplement la conversion pouvait aussi devenir obstacle à la création pour l’artiste. C’est un paradoxe et même une forme de scandale pour moi ! 

     

    Cette rencontre avec le Christ Libérateur devrait au contraire ouvrir les portes et fenêtres de notre vie, apporter un renouveau et une fraîcheur inégalée, celle de la présence de l’Esprit. Elle s’entend aussi comme un élargissement de nos horizons et par voie de conséquences, de l’inspiration créatrice. C’est également le développement de cette semence dans notre cœur de la nature même du Dieu Créateur. 

     

    Alors pourquoi ce sentiment inverse ? Celui d’une inspiration canalisée, d’une qualité de l’œuvre qui périclite.

     

    Ôtons tout de suite de notre pensée que cela soit voulu ou produit par le Seigneur, comme une forme sous-entendue d’abaissement ou d’humiliation. Si cette théologie peut convenir à certains, permettez-moi de ne pouvoir la concevoir dans l’image que j’ai de mon Dieu... ce Dieu d’amour, plein de grâce, de perfections absolues et infinies. Ce Dieu Créateur qui se pose et contemple son ouvrage à la fin de chaque étape pour prendre plaisir et trouver cela bon. Celui qui donne talents, qui inspire la beauté des couleurs, des sons, des mots, qui qualifie les meilleurs artistes pour travailler à la construction de son temple et continue de le faire chaque jour dans l’édifice qu'est son Corps dans ce monde, l'Église. Non ! Dieu aime la beauté et la recherche en tout et pour tout - une beauté qui dépasse souvent notre sens courant, nos critères et nos codes - il ne peut prendre plaisir à nous limiter dans le potentiel créatif qu’il a lui même placé au fond de notre âme.

     

    Alors, si la faute n’est pas à chercher de son côté, cela nous conduit à nous retourner vers nous-mêmes. Pourquoi cette tendance à la médiocrité ? Avec une triste conséquence... celle d’amener à ce que très peu d’artistes croyants soient finalement reconnus comme tels et puissent influencer par leurs œuvres ce monde qui en a pourtant tant besoin.

     

    Nos prisons religieuses

     

    La raison première se trouve dans cette idée d’enfermement que j’évoquais précédemment. Une prison dans laquelle nous pouvons nous installer, celle de conceptions spirituelles étriquées et pernicieuses. Le simple qualificatif juxtaposé de ‘‘chrétien’’ à toute forme d’art devient réductrice et, qu’on le veuille ou non, atteint l’artiste. Avec cette désignation - ce n’est pas uniquement un problème de vocabulaire, rassurez-vous, ou du moins  ‘‘inquiétez-vous’’ serait sans doute plus approprié - vient s’ajouter tout un chapelet d’idées reçues où le travail de ‘‘l’artiste chrétien’’ doit prendre telle ou telle forme, ne pas exprimer ou dire ceci ou cela, rechercher à déclencher tel type d’émotion et éviter à tout prix telle autre, s’exprimer ici mais surtout pas là... Être toujours accompagné d’explications, de paroles bibliques (voir du nom de Jésus) pour que la compréhension du spectateur puisse se manifester. Se voir cautionner par tel ministère, affublé d’un label quelconque qui garantira à chacun la ‘‘spiritualité’’ de l’artiste et de son travail...

    Désolant à mes yeux mais surtout emprisonnant et tellement à l’opposé de la liberté nécessaire pour créer !

     

    Un autre phénomène est l’enfermement dans des modes.  L’ensemble du milieu artistique est inévitablement concerné. Il apparaît clairement que cela ne conduit que très rarement à la révélation de véritables artistes. Il produit  plutôt des phénomènes éphémères, souvent marionnettes d’un système où seul l’argent et la rentabilité compte. Et le cas échéant, malgré tout, la véritable dimension artistique se réalise une fois que l’artiste arrive à se détacher de ce qui l’a conduit sur le devant de la scène. Un exemple flagrant est celui d’Olivia Ruiz qui s’est fait connaître par le biais de la première édition de la Star Academy (sans toutefois la gagner... justement à cause de certains aspects non-conformistes qui pouvaient déjà apparaître). Après un temps où elle disparut des attentions médiatiques, elle revint avec son premier album extrêmement original, loin des sentiers battus, où sa véritable personnalité apparaissait et c’est là qu’elle gagna ses lettres de noblesse artistique et commença sa carrière. Je me souviens avoir été heureux de la retrouver ainsi car ses prestations sur les ‘‘primes’’ de TF1 m’avaient laissé penser que se cachaient là de sacrés talents à découvrir autrement. 

     

    On pourrait supposer que ces phénomènes de mode n’aient pas de raison d’atteindre l’artiste qui porte en lui des convictions chrétiennes. Hélas, le monde évangélique est pourtant on ne peut plus sensible à cette pratique qui va bien au-delà d’ailleurs de la dimension artistique et touche aussi les pratiques ecclésiales, les ministères et les Églises elles-mêmes... qu’il s’agisse de courants de l’Esprit, je vous l’accorde, mais force est de constater qu’il s’agit bien souvent de courants bel et bien liés à notre humanité et à nos faiblesses !

     

    Pour ce qui est de l’art, ce fonctionnement hyper-sensible aux modes, aboutit à un appauvrissement flagrant. Il se produit une sorte d’uniformisation de la création pour pouvoir être reconnu, vendre un peu, et avoir l’impression d’être dans le coup ! Dans la musique, un artiste croyant doit quasi-forcément enregistrer de la ‘‘louange’’ et (je ne citerai pas de nom, mais mes propos s’appuient sur de nombreux exemples) se retrouve à devoir s’excuser quand il enregistre ou interprète une chanson qui sort de ce registre. Et même, en se cantonnant simplement à la musique dite de louange, vous allez avoir pendant x années des copies conformes de tel groupe francophone qui a bien marché, puis x autres années des albums dans le genre de tel groupe anglophone hyper cool (lui même fortement inspiré d’un autre groupe séculier référence), puis enfin x années dans le genre de telle communauté australienne qui fait fureur actuellement mais elle même sans doute déjà dépassée par la nouvelles ‘‘idole’’ montante. Cela pourra en faire sourire certains, j’imagine, mais c’est hélas un constat qui reflète je crois assez bien la réalité à laquelle nous nous heurtons depuis un certain temps. Loin de moi l’idée de critiquer ceux qui deviennent références et qui souvent d’ailleurs ont été eux-mêmes innovant en leur temps. Mais comment pouvoir être libre pour développer son potentiel artistique si je dois me conformer à un style, à une mode et finalement à un travail commandé d’avance ?

     

    Réveillons-nous et innovons !

     

    L'innovation est un changement dans le processus de pensée visant à exécuter une action nouvelle. Elle se distingue d'une invention ou d'une découverte dans la mesure où elle s'inscrit dans une perspective applicative. Bien que semblant être un terme ‘‘moderne’’, il date du dix-huitième siècle. Un mot emprunté au bas latin "innovatio", qui signifie renouvellement. L'innovateur est donc "celui qui renouvelle".

     

    Une autre expression, utilisée elle principalement dans le monde de l’entreprise, est le ‘‘management de l'innovation’’. C’est en fait la mise en œuvre des techniques et dispositifs de gestion destinés à créer les conditions les plus favorables au développement d'innovations. Ce management peut prendre des formes variées selon le contexte. Mais il doit mettre en œuvre différents dispositifs pour sensibiliser les collaborateurs à l’importance de l’innovation… et donc dans le contexte de l’Église, il s’agira de la sensibilisation des ‘‘pierres vivantes’’… chacun en particulier.

     

    Finalement, c'est la manière dont une Église va gérer sa capacité à innover qui va la rendre innovante ! Par définition, l'innovation se fonde sur une idée originale. On ne peut pas innover sans idées nouvelles. Mais l'innovation réside principalement dans la capacité à transformer ces idées en application et, si possible, en succès. 

     

    On pourrait dire aussi que c’est avant tout un état d’esprit. En jouant sur les mots, le développement de l’écoute du St Esprit, doit ainsi faire naître cet ‘‘état d’Esprit’’. Aux premiers instants de la création, l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux… ou comme dit Chouraqui, le souffle d’Elohîms planait sur les faces des eaux. Et c’est à partir de cette mouvance, que la Création va démarrer ! Dieu innove dans son quotidien, dans son existence. Par amour, il dit et la chose s’accomplit. La coopération de la Trinité, là encore, montre comment dans un groupe, nous sommes appelés à être participants les uns les autres pour favoriser l’innovation.

     

    J’aimerais encourager tous ceux qui sentent en eux ce besoin de créer, à entrer dans un véritable réveil créatif et artistique. Laisse parler tes talents, sois prêt à t’engager sur des sentiers nouveaux, ne cherche pas à imiter, ressembler mais développe ce que le Seigneur a mis en toi... Utilise les mots qui viennent, quels qu’ils soient... Ose innover si justement ton chemin t’y conduit et sois prêt à affronter le monde dans lequel tu te trouves avec authenticité et vérité.

     

    L’évangile de Jean, au chapitre huit nous rappelle : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples; vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »

    Cet appel à chercher et connaître la vérité prend sans doute un sens particulier dans cette perspective artistique. La vérité a en effet à voir avec la beauté, celle de l’acte créateur, de ce Dieu qui fait toute chose bonne en son temps. Celle qui s’oppose au mensonge de la contrefaçon, d’un regard méchant et laid. La vérité touche aussi à la vie et à la nécessité, cette soif qui est en nous. Les pulsions qui déclenchent alors l’inspiration sont porteuses de vérité, celle de ma vie, de mes entrailles, de ce que je suis. Et si l’Esprit de Vie qui est en moi a cette liberté de s’exprimer, d’être vrai en moi alors je deviens moi-même libre par le jaillissement créatif qui peut naître. Et le recommencement est sans cesse une exigence naturelle et vraie. Car chaque instant, chaque événement, chaque émotion me fait être différent, m’oblige à remettre l’ouvrage sur le métier et allant jusqu’à me placer tout entier, telle une offrande, dans les mains du divin artiste.

     

    Quel bonheur quand ce potentiel créatif commence à se développer, quand je suis prêt à innover, quand je ne me sens plus prisonnier de contingences, d’exigences de toutes sortes mais véritablement LIBRE, ENFIN LIBRE ! Ce bonheur qui peut envahir mon être, me rapproche un peu plus de mon Dieu, et rejaillit sur l’autre... lui aussi bénéficiaire, pour autant qu’il soit sensible et disponible à ma vérité.

    Dessin de Martine Bacher

    "Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage" N. Boileau

    4ème de couv Malléable


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